Abdel Raho : « Shest Hustler c’est vraiment d’abord une famille »

En club ou avec Shest Hustler, Abdel Raho met toujours sa polyvalence au service de l’équipe. Il revient pour nous sur sa carrière et détaille ses ambitions.

BasketActu : Est-ce que tu peux nous parler un peu de ta carrière ?
Abdel Raho : J’ai commencé sérieusement au centre de formation de Poissy-Chatou, à l’époque, en Pro B. J’ai joué pendant trois ans en espoirs, et je faisais aussi le banc pro, j’ai fait quelques petites apparitions. Ensuite j’ai été aux Etats-Unis, à New York, dans une Junior College qui s’appelait Globe Institue of Technology. J’ai joué une année avec Christopher Cologer, on a joué ensemble une année, puis il est parti à Saint-Joseph. Moi je suis rentré, j’avais signé dans une Fac du New Jersey, mais avec les attentats, je n’ai pas pu y retourner après être rentré en France. Etant donné que je ne pouvais pas retourner aux States, j’ai signé à Orléans qui était à l’époque en Nationale 1 avec qui je suis monté en Pro B l’année suivante. Après j’ai un peu bourlingué, j’ai été en Espagne, en Belgique, au Maroc. Sinon en France, j’ai joué à Liévin en N1, j’ai fait une pige à Saint Quentin en Pro B, et quelques équipes en N2. On va dire que dans ma carrière, j’ai fait un peu de N2, N1 et Pro B… Au Maroc, c’était de la division 1, mais c’est du niveau N1 bas de tableau. J’ai aussi joué avec l’équipe nationale du Maroc. J’ai fait le Championnat d’Afrique en Egypte en 2003 et quelques matches avec la sélection mais je n’ai pas été aux derniers Championnats d’Afrique. Cette année, je joue à Rueil Malmaison en N2, on est premier et on va essayer de jouer nos chances pour monter en N1.

BasketActu : Tu as des regrets de ne pas pouvoir avoir eu la chance de retourner aux Etats Unis ?
AR : Des regrets, oui et non. Des regrets, oui, parce que je ne sais pas, peut-être qu’en étant resté aux Etats-Unis, ma carrière aurait peut-être suivi une autre direction. Et des regrets, non, parce qu’il ne faut jamais avoir de regrets dans la vie. Il faut avancer, les choses arrivent comme elles arrivent. Il faut relativiser, positiver. Aux Etats-Unis, ça aurait pu bien, très bien se passer, parce qu’en plus j’étais bien coté là-bas à l’époque.

BasketActu : Comme tu dis, tu as un peu bourlingué partout, tu décrirais comment ces différentes expériences ?
AR : L’Espagne j’ai bien aimé, j’aime bien l’Espagne, tout le monde sait que le championnat espagnol est fort. Je ne parle pas de l’ACB, je n’ai pas joué en ACB, mais même les catégories inférieures, le niveau est déjà élevé, si on fait une comparaison avec un championnat français, une N1 Française et une espagnole, la N1 en Espagne est plus forte. En Belgique, à part la première division, derrière les moyens ne sont pas terribles, les infrastructures ne sont pas comme ailleurs. Au Maroc, c’est le championnat du bled, c’est l’Afrique, mais il y a des clubs comme le Raja (Casablanca), c’est des clubs « structurés ». Il y a des clubs pas mal comme Tanger derrière qui sont arrivés. La France, on connait tous…

BasketActu : Peux tu nous parler de ton expérience avec l’équipe nationale Marocaine ?
AR : Quand j’étais au Maroc, je n’avais pas de club, et j’ai quand même été appelé par la sélection nationale. A l’époque, c’était un coach américain qui avait la sélection, Sterling Wright qui a joué en France, et qui est le beau frère de Jean-Louis Borg. Il était coach du WAC (Wydad Athletic Club Casablanca) et sélectionneur du Maroc. Il m’a appelé en sélection, j’ai fait les présélections, il avait bien kiffé, il m’a gardé et m’a proposé de jouer avec l’équipe du WAC. J’ai accepté, comme je ne connaissais pas le basket africain ça me permettait de préparer le Championnat d’Afrique en étant dans le contexte. J’ai donc signé au Wydad, et je suis resté 7 mois, et en même temps, j’étais sur place avec l’équipe du Maroc. On est parti en Egypte pour le Championnat d’Afrique. La CAN s’est bien passée, c’est une bonne expérience, tu représentes ton pays, tu joues contre d’autres équipes, d’autres nations. On a fini 6 ou 8ème avec une équipe composée de beaucoup de Français, on va dire les MRE, Marocains résidents à l’étranger. Il y avait Miloud Dahine, ils l’avaient rappelé à l’époque où il jouait encore. Il y avait aussi d’autres gars qui jouaient en N2 en France. On était 4-5 Français.

BasketActu : Ça te plairait de rééditer cette expérience ?
AR : Oui ! Pour tout joueur, ça plait toujours d’être appellé en sélection. Jouer avec l’équipe de ton pays c’est super. C’est la fierté, c’est le pays de tes parents, c’est aussi notre pays, souvent quand tu naies en France, tu te sens plus Français. Mais c’est la fierté de jouer pour l’équipe du pays de ses parents.

BasketActu : Et aujourd’hui, avec Rueil Malmaison, ça se passe comment ?
AR : J’étais à Saint-Brieuc en Bretagne, ces deux dernières saisons, et je voulais revenir sur Paris. Je voulais me poser sur Paris, comme je travaille ici à côté. On m’a proposé de venir jouer pour Rueil, ça m’a plu vue que c’est une équipe que j’appréciais déjà avant, je connais la plupart des joueurs. Mon intégration s’est bien passée. Cette saison nous sommes premiers, on a pris les commandes du championnat à partir de la 3ème ou 4ème journée, et depuis on est resté premier. On est en passe de faire les playoffs, on va jouer pour garder notre première place, pour pouvoir recevoir Vanves et peut-être que nous pourrons monter cette année. Ce serait bien pour le club, c’est un ancien club de Pro B qui veut retrouver le haut niveau.

BasketActu : D’un point de vue perso, comment tu te sens ?
AR : Je ne regarde pas trop mes stats, mais sinon, humainement et collectivement, que du positif. On peu toujours mieux faire, l’objectif, c’est de faire les playoffs, on les fait, après si on monte, ce sera mieux. Mon objectif c’est de monter, comme on dit l’appétit vient en mangeant. Maintenant que nous avons atteint l’objectif des playoffs, c’est objectif montée ! On va tout faire pour, après si on ne monte pas, je ne vais pas dire que ce sera une déception, mais si près du but ce serait dommage. Il faut tout faire pour monter et après nous verrons. Ce serait bien de regoutter à la N1.

BasketActu : Comment décrirais tu ton équipe ?
AR : C’est une équipe talentueuse, avec beaucoup de joueur talentueux individuellement, mais ce qui fait notre force c’est ce qui a toujours fait notre force cette saison, c’est notre collectif. Il n’y a pas quelqu’un qui tire la couverture à lui. On joue tous ensemble, les dix joueurs sur le terrain et même les jeunes qui sont dans l’équipe apportent, quand ils rentrent. Du premier joueur au dixième, tout le monde peux jouer. Nous somme une équipe soudée.

BasketActu : C’est quoi ton rôle dans cette team ?
AR : Cette année, c’est un peu particulier, parce que je joue à un poste auquel je ne jouais pas avant. Je suis un extérieur de formation et cette année je joue 4. Un 4 fuyant, un 4 qui joue comme un extérieur, mais après quand tu défend sur les intérieurs c’est pas pareil, c’est pas les mêmes déplacements non plus. Comme moi je joue beaucoup sur la vitesse, il me faut de l’espace pour jouer, et avoir un espace restreint ce n’est pas pareil. J’ai accepté de jouer à ce poste et ça ne me déplait pas quand je vois le résultat qu’on fait. Ça se passe bien, j’aime bien. C’est un retour gagnant sur pari comme on dit.

BasketActu : Comment décrirais-tu ton jeu ?
AR : C’est difficile. Ce que je sais, c’est que sur le terrain j’aime bien un peu tout faire. Prendre des rebonds, faire des passes, marquer des points… J’ai pas de grosse force, c’est ça la faiblesse d’un joueur polyvalent, on ne peut pas dire qu’il est fort dans tel ou tel domaine quand tu peux un peu tout faire sur le terrain. Tu fais tout correctement et tu n’as pas vraiment de point fort ! Ma plus grosse qualité est que je pense collectif avant de penser à mes stats, je pense. Et mon plus gros défaut, c’est de penser un peu trop au collectif et de pas assez penser à moi. C’est un peu paradoxal, mais le basket c’est des individualités au service d’un collectif. Souvent il y en a qui pense trop à l’individualité, pour eux c’est que stats, stats. Mais bon, c’est compréhensible, on joue dans un milieu professionnel, où nous sommes juste jugés sur les stats. Normalement, les vrais connaisseurs du basket, savent que l’on peut être sur un terrain et apporter plus qu’uniquement des points.

BasketActu : En dehors des terrains, tu es comment ?
AR : Sur les terrains, déjà, j’ai soit disant une image de gars qui gueule, qui s’énerve… Je pense que c’est plus quelque chose de mal interprété. Quand je suis « énervé », c’est que je suis dans mon match, c’est comme ça que je me motive. Alors que si je suis calme, que je suis la vibe, le cours du match, je suis nonchalant c’est pas pareil. En dehors du terrain, je me ne prend pas au sérieux, je suis déconneur. Il faut en profiter qu’on soit sur où en dehors des terrains.

« Contre la Relève, on verra bien quelle équipe doit être respectée. »

BasketActu : Le street, ça reste important pour toi ?
AR : Le street ça représente les potes, la liberté. Ça représente beaucoup de chose, on a tous commencé au streetball à l’époque des BattleGrounds, bien avant ça il y avait l’adidas streetball, le NBA tour… On retrouve les potes l’été, on décompresse, on s’éclate… C’est des bons moments. Maintenant, en plus il y a le Quai 54, depuis quelques années.

BasketActu : Shest Hustler…
AR : Shest Hustler, c’est la famille ! C’est un groupe de pote, on joue ensemble l’été, on se fait des barbeuks, c’est une petite famille qui se retrouve pour jouer au basket et se faire plaisir. L’équipe des Hulsters, certains disent qu’ils ne voient pas de Hustler sur le terrain, mais on est des potes, on est là, on joue. Je trouve que dans cette équipe, il y a des rageurs dedans. Si tu regardes bien, les joueurs qui composent cette équipe, sont toujours des joueurs qui n’ont pas eu des choses faciles dans leurs carrières. Ils sont toujours allés chercher les choses ! On peut prendre JBAM comme exemple ! Il s’est battu pour avoir sa place en Pro A. Mais il y a aussi Teddy Maizeroi, il a eu plein de galères dans sa vie sportive et extra-sportive. Il y a aussi des Charles Michée, moi même, on est parti chercher les choses, on nous a pas apporté ça sur un plateau. Quand on joue au Quai ou ailleurs, on prend plaisir à jouer ensemble, on prend du plaisir. C’est d’abord une bande de potes.

BasketActu : L’équipe n’est elle pas a ton image, c’est a à dire complète ?
AR : Déjà les extérieurs, nous pouvons jouer à plusieurs postes, on peut monter la balle… Tout le monde peut jouer à deux, trois postes. Dans l’équipe, il y a aussi des intérieurs comme Christopher Cologer, qui est 4 et qui peut jouer 5, qui s’écarte beaucoup. JBAM peu jouer deux postes, mais sa force, c’est plutôt sous le cercle. L’année dernière, nous avons aussi récupéré Raphael DesRoses qui peut aussi jouer à plusieurs postes… Shest Hustler, ça ne s’arrête pas qu’à l’équipe du Quai, il y a d’autres joueurs qui ne sont pas là, parce qu’on ne peut faire une équipe qu’avec 10 joueurs. Il n’y pas que 10 joueurs dans cette équipe, il y a plusieurs personnes qui peuvent jouer dans l’équipe. Shest Hustler c’est vraiment d’abord une famille.

BasketActu : Gagner à nouveau le Quai, ça représenterait quoi pour toi ?
AR : On a déjà gagné le Quai une fois, mais c’était à l’époque où le Quai c’était vraiment basket. C’était pas le show toute la journée, et le reste du temps basket… On ne va pas en vouloir à Hamadoune, il fait son truc, on vient, on kiffe. C’est bien mais c’est vrai qu’il faut mélanger tous les styles. Des fois, j’ai l’impression, que le show en dehors du basket prend un peu plus le pas sur le tournoi en lui-même. Après on est là, on kiffe, nous les joueurs ont veut jouer… C’est sûr que certains viennent peut-être aussi pour ça, mais en premier lieu c’est du basket pas une boite de nuit.

BasketActu : Vous avez prévu un match caritatif au profit d’Haïti* contre la Relève, tu peux nous en parler un peu ?
AR : Je pense que c’est une bonne initiative, nous ne nous sommes jamais rencontrés au Quai. Ce sera une bonne occasion de le faire, surtout pour la bonne cause, un match de charité. Ce sera la fête, la Relève contre Shest tout le monde attend ce match, j’espère que ce sera un beau spectacle. C’est toujours important quand c’est pour une cause, en plus c’est pour Haïti, c’est toujours bien si les gens viennent nombreux. Et pour le match en lui même, jouer contre la Relève c’est bien, on verra vraiment quelle équipe doit être respectée.

BasketActu : Un petit message ?
AR : Il y a des gens qui disent la Relève, la Relève… Pour la Relève, il faut bien porter son nom, il faut relever quelqu’un, il faut lui prendre sa place… Pour porter le nom de la Relève, il faut relever, relever le niveau, sortir les gens…

* : Ce match de gala, organisé par l’association Lead By Example, se déroulera le 2 juillet 2011 au palais des sports Robert Charpentier à Issy les Moulineaux, afin de récolter des fonds pour construire une école à Haïti.

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Commentaires (3)

  1. Sticky Icky

    "On a déjà gagné le Quai une fois, mais c’était à l’époque où le Quai c’était vraiment basket. C’était pas le show toute la journée, et le reste du temps basket… On ne va pas en vouloir à Hamadoune, il fait son truc, on vient, on kiffe. C’est bien mais c’est vrai qu’il faut mélanger tous les styles. Des fois, j’ai l’impression, que le show en dehors du basket prend un peu plus le pas sur le tournoi en lui-même. Après on est là, on kiffe, nous les joueurs ont veut jouer… C’est sûr que certains viennent peut-être aussi pour ça, mais en premier lieu c’est du basket pas une boite de nuit."

    C'est bien qu'un des joueurs s'exprime sur ce qu'est devenu le Quai54…en plus cela va dans le sens des puristes même s'il reste diplomate vis & vis d'Hamadoun…

  2. Milissounga

    « On a déjà gagné le Quai une fois, mais c’était à l’époque où le Quai c’était vraiment basket…» : sans vouloir manquer de respect à Abdel Raho, c'était pas plutôt une victoire possible car le tournoi à cette époque était un peu moins huppé?

    Après, c'est sur que certaines dérives ou l'impression que le tableau soit déjà programmé n'aident pas non plus. Mais bonne chance pour la prochaine édition.

    Toutefois, très beau témoignage d'un gars qui dans ses propos nous montre pourquoi on aime tant le Basket.

    @Raho : on t'attend à Caen le 4 juin pour la revanche au QO, toi même tu sais.

  3. koco

    si si la famille