Aboudou’s Brothers : « Moustapha Sonko, c’est notre famille »

Comme pour Ilian et Vasco Evtimov, chez les Aboudou, le basket est une histoire de famille. La fratrie Aboudou nous dit tout.

UPDATE : A l’occasion du derby bourguignon, on vous ressort l’interview croisée des frères Aboudou faite avant le match aller en octobre dernier.

28.10 : Si le Dijon-Chalon de ce soir fera office de derby bourguignon, ce sera aussi l’occasion de retrouver Lens et Jordan Aboudou. Les deux frères s’affrontent mais avant cela entretien.

BasketActu : Comment vous décriveriez-vous ?

Jordan Aboudou : Lens est un très gros compétiteur. Mais c’est quelqu’un qui va toujours à gauche, jamais à droite qu’il soit n difficulté ou pas. C’est un grand bosseur, il a beaucoup travaillé son shoot. Et il peut mettre une grosse intensité en défense. En dehors, du terrain, il est très protecteur avec moi et c’est quelqu’un qui ne se prend jamais la tête. Mais il n’est pas assez détendu à mon goût. Il rigole mais pas comme moi. Tu me connais, moi je suis un fou. Alors que lui il est réservé, il est plus dans son monde à lui.

Lens Aboudou : Niveau basket, il est grand athlétique. Pour son âge il a déjà un corps assez développé. Il y a toujours des trucs à bosser, il faut encore qu’il travaille son tir, sa lecture de jeu, le dribble, mais c’est des choses qui viennent avec le temps, l’expérience, les heures de travail. C’est un joueur qui a un gros potentiel.

BasketActu : Etes-vous proches ?

Lens : Forcément, on a grandi ensemble. On ne se parle pas si souvent que ça au téléphone, mais avec tout ce qui est BBM, messages… Nous avons toujours le temps de se glisser des petits mots. On reste toujours en contact même si on se voit moins souvent mais on a toujours l’occasion de se retrouver pendant les vacances, pendant les fêtes…

Jordan : Il ne vient jamais chez moi parce que c’est une feignasse. C’est souvent moi qui me déplace en fait.

BasketActu : Comment avez vous commencé le basket?

Jordan : On a commencé à Stains dans la ville de nos grands-parents.

Lens : C’est notre tante qui faisait du basket qui nous a amené voir son entraineur. A l’époque nous étions poussins. J’avais 9 ans et Jordan 8, elle nous a amené comme ça nous voulions juste essayer. On a fait un entrainement, ça nous a plus et nous avons continué et c’est parti de là.

BasketActu : Votre rapport avec votre père?

Lens : Il a toujours été là derrière nous pour nous pousser, nous motiver… L’été, on a l’occasion de bosser avec lui, il nous fait travailler parce qu’il veut qu’on réussisse. Il nous donne toujours des petits conseils. Moustapha Sonko est un très bon ami à lui et il est aussi derrière nous. Je pense qu’il sait que nous pouvons y arriver donc il est toujours derrière nous. Autant quand nous faisons de bons matchs que quand on en fait des mauvais où ils nous remontent le moral. Il nous dit de nous accrocher car même si sa reste d’abord une passion et un sport c’est un métier qui n’est pas facile.

Jordan : Il ne vient pas nous voir jouer parce qu’il joue encore. Il est en N2 à Alfortville. Mais il appelle tout le temps avant le match et souvent dans la semaine. Il veut savoir comment ça se passe, il donne des conseils d’avant-match. Ce sont souvent les mêmes : « Donne le meilleur de toi-même », « Ne te prends pas la tête », « Mets à profit tes qualités ». Moustapha nous appelle souvent aussi, il nous a un peu pris sous son aile puisque c’est le meilleur ami de notre père. C’est d’ailleurs lui qui nous représente. Tout ça, Thierry Zig, Moustapha Sonko, c’est notre famille. L’été, on bosse beaucoup avec lui et Thierry Zig, sur nos fondamentaux individuels. Et on fait aussi beaucoup de travail physique et corporel.

BasketActu : Qu’as-tu travaillé cet été par exemple ?

Jordan : Avec Thierry, j’ai bossé ma dextérité. Et avec Mouss, mon shoot. La gestuelle, la courbe du ballon. Mais je n’ai pas fait du shoot en série. J’étais à 1m du panier, je devais envoyer la balle en cloche et ne faire que des switches. Et je reculais au fur et à mesure. J’ai senti une progression mais je continue de le travailler avant et après l’entraînement.

BasketActu : Votre père vous appelle souvent donc ?

Lens : Après chaque match il y a un coup de téléphone. Il m’appelle après chaque match pour savoir comment ça c’est passé, savoir si nous avons gagné… Ça fait toujours plaisir d’avoir son père au téléphone après un match que ce soit après une victoire ou une défaite.

BasketActu : Qu’est ce qui vous a permis d’en arriver là?

Lens : C’est avant tout le travail, ça ne vient pas comme ça.

Jordan : Ouais voilà, l’entraînement, notre père et Mouss. Personnellement, Greg Beugnot m’a énormément appris. Je n’ai jamais vu ça et je n’oublierai jamais. Il m’a beaucoup apporté et je sais que ce n’est que le début.

BasketActu : Votre meilleur souvenir ensemble ?

Jordan : Moi c’est les vacances l’été dernier dans le Sud avec des potes. Basket l’aprèm et sortie le soir.

Lens : Moi, ce sont les années où on a joué ensemble, On n’a pas souvent gagné. Les meilleurs souvenirs avec lui, je pense que c’est en cadet. On a fait trois ans dans la même équipe.

Jordan : Ouais en cadet on a eu de bonnes années mais moi je n’en garde pas un bon souvenir. En fait, l’année avec Jean-Marc Dupraz, en cadet région, ça se passait vraiment bien. Mais le reste, c’était autre chose…

BasketActu : Quelle est la plus grosse qualité de l’autre ?

Jordan : Comme je l’ai dit plus tôt, c’est un compétiteur qui ne lâche rien. De le voir jouer comme ça avec cette attitude, ça me fait quelque chose. En dehors du terrai, sa plus grosse qualité, c’est le fait qu’il soit protecteur avec moi. Dès que j’ai un problème il est là et il ne laissera jamais personne me faire souffrir.

Lens : C’est un extérieur de grande taille déjà. Il a un gros physique par rapport à son âge et par apport aux joueurs du championnat. Il n’y en a pas deux comme lui en Pro A. C’est ça sa première qualité. En dehors des terrains, sa plus grosse qualité c’est que c’est un gros déconneur. Il ne se prend pas la tête, il est toujours à rigoler s’amuser.

BasketActu : Son pire défaut ?

Lens : Je pense qu’il a tendance à s’énerver vite, il est un peu comme moi, nous avons un peu le même caractère. En dehors du terrain son plus gros défaut, j’ai toujours dit que c’était un radin !

Jordan : Haha ! Alors moi il m’énerve quand je lui parle et qu’il ne m’écoute pas. Je lui pose dix fois la même question et je finis par lui dire « Lens ! » et il me dit « Mais quoi ? ». Mais le pire, c’est quand il mange. Je déteste quand il mange parce qu’il fait du bruit avec sa bouche.

BasketActu : La chose la plus marrante sur l’autre ?

Lens : Ce qui m’a fait rire c’est le première fois qu’ on m’a dit qu’on l’appelait Balou. J’ai bien rigolé ce jour-là.

Jordan : Moi c’est quand on le chambre avec mon pote Mohamed. Un jour, il était habillé d’une manière ! On s’est acharné sur lui. Il avait un jogging Domyos et des baskets Rev Run là. Il était habillé comme un clodo mais il mettait en valeur son caleçon Beats. Et c’était ça le plus drôle. Sur Facebook, tout le monde était mort de rire. On l’a trop taillé.

BasketActu : Un surnom pour l’autre ?

Jordan : Je l’ai toujours appelé Lens mais ses potes l’appelle John Moutarde.

Lens : Moi je l’ai toujours appelé Jordan, Jojo ou Jo. Balou c’est plus quand il est arrivé à Chalon.

BasketActu : La plus grosse connerie que Jordan ait faite ?

Lens : Il en a fait!!! Je crois que c’était au collège, il y avait son bulletin qui n’arrivait pas à la maison. Et mon grand-père se demandait pourquoi il n’arrivait pas et en fait Jordan avait intercepté son bulletin. Il l’avait brulé parce qu’il avait eu des salles notes !

BasketActu : A quel niveau vous voyez-vous arriver ?

Jordan : Je ne peux pas dire mais j’espère pour lui qu’il ira le plus haut.

Lens : Franchement, je pense qu’il peut arriver en NBA. Après, ça va demander beaucoup de travail, mais je pense qu’il a un avantage, il a déjà le physique et les qualités athlétiques pour. Si tu as déjà ces deux atouts la, quand tu arrives là-bas ils te font travailler, je pense qu’il peut y arriver.

BasketActu : Un conseil ?

Jordan : De ne jamais lâcher et de toujours croire en lui mais je sais que c’est déjà le cas. Il peut avoir une très belle carrière.

Lens : Continuer d’être sérieux comme il le fait ces derniers temps et de continuer à bosser.

BasketActu : Est ce que vous vous souvenez du premier match que vous avez joué ensemble?

Lens : Non, par contre je me souviens d’un match que nous avons fait contre Franconville en minimes parce que j’ai encore la cassette. C’est l’un des matchs les plus anciens dont je me rappelle.

Jordan : Le premier c’était en minimes à St Denis. C’était en demi-finale de la Coupe du 93 contre Noisy-Le-Sec. Et je m’en rappelle parce que Lens a mis son premier dunk en match. Un gros tomar 1 pied 2 mains vers la fin du match.

BasketActu : Le premier match que vous avez joué l’un contre l’autre?

Lens : C’était il y a deux ans. Lui il arrivait à Chalon, moi à Dijon. On était en espoir. C’est la première fois que nous avons joué officiellement l’un contre l’autre et c’était à Chalon. On a perdu après prolongation si je me souviens bien. Je me souviens particulièrement de mes stars et des siennes aussi. Il avait fini à 16 pts, et moi à 20 points et 14 rbds.

Jordan : On les avait bien tabassé, ça il ne le dit pas hein !

BasketActu : Comment on vous arrête sur un terrain ?

Lens : Une fois qu’il est lancé c’est un peu dur de l’arrêter. Si c’est quelqu’un qui est un peu plus rapide, vivace que lui, c’est possible de l’arrêter mais après franchement, une fois qu’il est lancé c’est un peu compliqué de l’arrêter. C’est toujours compliqué d’arrêter quelqu’un de 1m98 et de plus de 100 kilos qui arrive sur vous.

Jordan : Pour Lens, il suffit de le mettre à droite (rires).

BasketActu : Lequel est le plus fort ?

Lens : Je ne sais pas trop comment répondre, nous ne sommes pas vraiment au même poste. Si je me base sur les faits, la dernière fois que nous avons fait un contrat, c’est moi qui ait gagné. Je sais qu’il dira le contraire, qu’il n’a pas compté le score, mais moi j’ai des témoins qui étaient là. C’est moi qui ait gagné la dernière fois que nous avons joué un contre un ! Après ce que je lui souhaite c’est d’être meilleur que moi. Si l’un est meilleur, ça poussera l’autre à se surpasser et à être meilleur que l’autre, ça fait une espèce d’émulation. Ça ne peut qu’être bénéfique pour les deux.

Jordan : Bon alors, on a fait un 1vs1 cet été. Le premier, je ne l’ai pas pris au sérieux et il m’a battu. Et après je l’ai battu donc c’est donnant-donnant.

BasketActu : La fois où l’autre t’as le plus impressionné ?

Jordan : Moi c’était lors de sa dernière année cadet à Levallois. Le match contre Le Havre, il les a défoncés. Mais cette saison, il mettait des 40 pts, 30 pts et en espoir il taffait aussi.

Lens : Je dois dire que c’était récemment. Cet été quand on s’est entrainé ensemble puis pendant la préparation quand j’ai vu qu’il avait fait des matchs à 17 pts, 15 pts… Ça m’a impressionné parce que je me suis dit qu’il était en train de montrer l’étendu de son potentiel parce qu’à chaque fois on parle de potentiel mais il y en a plein à qui on a dit qu’il en avait et qui n’ont rien fait. Ce n’était que de la préparation, mais ça m’a quand même impressionné.

Jordan : J’avoue que pendant la pré-saison, Greg m’a tellement mis en confiance, j’étais libéré.

BasketActu : La chose que vous préférez chez l’autre ?

Jordan : Sa gentillesse.

Lens : Comme j’ai dit c’est quelqu’un que quand tu es avec lui, même si ta vie est pourrie tu sais que tu va passer un bon moment avec lui, que tu vas rigoler. Il est toujours en train de déconner. Même quand il faut être sérieux des fois c’était son problème aussi. Maintenant ça va il a compris.

BasketActu : L’importance que vous avez l’un pour l’autre dans votre progression et vos carrières ?

Jordan : Pendant les entraînements, il est toujours là pour me défoncer et me rentrer dedans pour que je réussisse.

Lens : Étant l’aîné, forcément je me dit qu’il faut que je sois meilleur que lui et que forcément il va me pousser à me surpasser et à me dire que s’il avance comme ça moi aussi il faut que j’avance. Ça reste mon frère. Quand tu as ton frère qui fait le même sport que toi, forcément ça aide.

BasketActu : Vous vous imaginez côte à côte en équipe de France ?

Lens : Je n’irais pas jusque là. Pourquoi pas si nous en avons la chance. Mais à un étage inférieur dans la même équipe pourquoi pas. Ça peu être sympa de jouer dans la même équipe que son frangin.

Jordan : En tout cas, y’a encore beaucoup de chemin à faire.

BasketActu : Vous finirez votre carrière ensemble ?

Lens : Moi c’est quelque chose qui me botterai bien !

Jordan : Ouais parce qu’on rigolerait trop dans la même équipe !

BasketActu : Ce derby est encore plus spécial pour vous non ?

Lens : Pas tant que ça, c’est avant tout un match qu’il faudra gagner. C’est un match de championnat. Il est clair que c’est un derby, il y aura de l’attente mais par rapport à mon frère, ça reste un match de basket. Le fait qu’il soit là ne me met pas de pression. Je suis juste assez excité et ça fait toujours plaisir de retrouver son frangin sur un terrain de basket.

Jordan : Ouais déjà c’est le derby bourguignon et je joue contre mon frère. C’est important. En tout cas, quelque soit l’équipe qui gagne, ça va chambrer entre nous.

BasketActu : Un message à vous passer ?

Lens : Qu’il n’oublie pas sa carte bleue pour après le match ! Et que je l’aime.

Jordan : C’est toi qui va préparer le resto. Et je t’aime aussi.

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Comments

Commentaires (14)

  1. Daboss

    Mignon ;-)

    Et ça plaisir d'avoir des nouvelles de Moustapha Sonko, mon idole de Playground back in da days et un des 5-6 meilleurs meneurs français de mon point de vue

  2. Blackstone

    Je me souviendrais toujours de leur arrive a Levallois, Jordan etait minime il jouait meneur, je crois meme pas qu'il faisait 1m80, aprea il a pris une dimension physique impressionnante, mais il a toujours eu enormement de tallent! Lens c'etait clair que c'etait un scoreur naturel, tu lui donnes la balles et il met 2 pts quoi qu'il arrive, il a toujours eu des qualites athletique de dingue. Sa derniere annee cadet a levallois il etait inaretable. Aussi le fait d'avoir joue des leur plus jeune age avec Mouss et Thierry leur a donne une confiance en eu impressionnante, il ont jamais eu peur de rien! en tout cas ca fait plaisir de les voir la aujourd'hui meme si le chemin est encore long pour eux!

  3. AND11

    Est ce vraiment un objectif "d'arriver en NBA" ?

    Pour quoi ? Pour être 12ème homme, porter les bagages, les serviettes, et applaudir quand il y a un bel alley oop ?

    Laissez la NBA de côté, arriver en Euroleague serait déjà un authentique exploit.

  4. rolandfernandez

    quand tu regardes l'Astroballe, la salle est plus pourrie que presque toute les salles de NCAA, universitaires Bordel!!… En france, le basket est un sport pauvre. Normal que ça rêve de NBA. Normal aussi que les espagnols en rêvent moins vu le niveau de leur basket… Faudrai un jour que la ProA trouve une vrai place dans le sport français, avec des salles dignes de ce nom, des clubs dans dans grosses villes, des retransmissions télés, et qu'on dégagent les saltimbanques soi disant supporters qu’éclatent les oreilles de tous le monde pour créer une vrai ambiance, un vrai truc sympa.

  5. OscarAbine

    Spoutnik, tu sais, on peut très bien nourrir une famille sans être en NBA…

    Heureusement qu'on peut s'en sortir à moins de 1 million de dollars par an. Sinon, je suis pas sûr que, toi comme moi, on boufferait tous les jours à notre faim ^^

  6. soldi

    en tous les cas ,ces 2 garcons,ont l esprit de famille et ils s aiment

    ca fait plaisir.Le jordan hier a ete superbe,mais encore une fois,le potentiel c est une chose ,et l otimisr eest une autre ,le greg

    a bcoup d impact et bonifie ces bons jeunes,a dijon c est pas la meme

  7. Rahsaan

    Très bonne interview

  8. Gohn

    Plus besoin de faire de nouveaux articles, BA vous recycle ceux du match aller pour la phase retour :D

  9. kicanovic

    Quel footballeur ne rêve pas de jouer au Barça , Real , Milan , Manchester …

    Quel tennisman ne rêve pas de Rolland Garros , Wimbledon , ou autre Masters …

    Quel athlète ne rêve pas de JO ????

    Alors oui pour tout basketteur ambitieux le rêve c'est la NBA ..

    Ensuite les circonstances , le niveau atteint , les aléas feront que cela s'est avéré un bon ou mauvais choix sportif ( pas financier en tout cas , et pour un professionnel ca compte ) mais cotoyer les étoiles …………………… !!!