Andrei Kirilenko : « Je suis un joueur différent »

Auteur d’un fantastique début de compétition, Andrei Kirilenko pense que l’équipe de Russie n’a jamais été aussi complète.

C’est toujours un plaisir de pouvoir croiser Andrei Kirilenko… du moins quand on ne doit pas l’affronter sur le parquet. Souriant, disponible et réfléchis, il a accepté de répondre à nos questions concernant son état de forme tonitruant, l’ambiance au sein de l’équipe de Russie et les raisons qui l’ont poussé à signer à Minnesota. Entretien.

BasketActu : Comment tu te sens pour l’instant ? Tu as l’air en grande forme.
Andrei Kirilenko : (Large sourire) Je suis un joueur différent des autres (rires). Je ne suis pas le genre à créer des situations, mais je sais les exploiter (rires).

BasketActu : On a l’impression que le jeu FIBA te donne l’occasion d’être plus toi-même qu’en NBA, non ?
AK : J’ai surtout un rôle différent. Mon rôle n’est pas le même en équipe nationale qu’en club, que ce soit en NBA ou avec le CSKA. Mais je n’ai jamais été un scoreur qui met beaucoup de points, je suis un joueur polyvalent qui peut aider à donner du liant à l’équipe, en défense comme en attaque. Je m’occupe des petites choses et j’essaie d’aider mon équipe à mieux jouer.

BasketActu : Est-ce que tu penses que le fait de revenir à Moscou t’a permis de redevenir un joueur plus complet ?
AK : Je pense que oui. Le jeu en NBA et en Europe est très différent, tu ne peux pas dire que l’un est meilleur que l’autre, même si le niveau est un peu plus fort en NBA. C’est comme quand tu joues des sélections nationales comme la Corée ou la Chine, leur jeu est très différent du notre et parfois tu n’arrives pas à comprendre ce qu’ils font. Tu te demandes parfois « Pourquoi ils font ça ? », mais c’est leur jeu. Ils courent et ils shootent, ils courent et ils shootent. Tu as parfois envie de leur dire « Allez les gars, c’est bon maintenant, arrêtez un peu » (rires). Même chose pour l’équipe d’Espagne. Elle a une très bonne alternance intérieur-extérieur. Les Etats-Unis sont ultra athlétiques et les équipes sud-américaines jouent un basket hyper physique et engagé. Chaque équipe a son propre style, son propre parfum. C’est pour ça que les Jeux Olympiques sont aussi passionnants.

BasketActu: Comment ça se passe avec David Blatt ?
AK : David fait un excellent travail avec nous. Je pense que, grâce à lui, l’équipe de Russie a un visage et il sait exactement comment tirer le meilleur de notre équipe. Il nous a dit « Ok, on n’a pas de très grand scoreur, on n’a pas ceci on n’a pas cela, mais on va jouer un basket collectif et on va très bien défendre », il sait comment faire en sorte que la mayonnaise prenne.

BasketActu : Viktor Khryapa et toi avez la spécificité de pouvoir faire beaucoup de choses sur le terrain, est-ce que tu penses que le style de coaching de David est celui qui vous convient le mieux ?
AK : Je ne saurais pas dire. J’ai joué pour beaucoup de grands coaches et je ne pourrais pas te dire lequel était le meilleur. J’essaie de prendre le meilleur de chaque coach que j’ai rencontré. J’ai eu énormément de chance quand je vois les entraineurs que j’ai eus. Ça a commencé par Vladimir Kondrashin, qui a gagné les Jeux Olympiques en 1972, puis Gomelsky qui les a gagnés en 1988, Jerry Sloan qui était avec la Dream Team et maintenant je vais avoir la chance de jouer pour Rick Adelman qui est un super entraineur (très enthousiaste).

BasketActu: Comment c’était avec Kondrashin ?
AK : C’était vraiment une mentalité à part. Il est de l’époque de l’Union Sovétique. C’est une expérience presque spirituelle. Il se fiche de la façon dont tu joues, tout ce qu’il te demande, c’est de tout donner. Cette approche des choses t’aide à être prêt à chaque match. Tu peux jouer horriblement mal mais quand même te donner à fond et être prêt à mourir pour la balle ou même à mordre un adversaire (rires). Je ne suis pas un mec vicieux, mais je joue le plus dur possible.

BasketActu : Avec qui est-ce que tu t’entends le mieux dans cette équipe ?
AK : Je dirais Viktor (Khryapa), mais tout le monde se sent très proche des autres. On n’a pas de groupes dans cette équipe. Si on fait un truc, on le fait tous ensemble. On ne cherche pas à faire les choses comme ça consciemment, mais c’est comme ça que ça se passe.

BasketActu : Vous faites quoi pour passer le temps, vous jouez aux cartes ?
AK : (Avec un sourire dédaigneux) On n’aime pas les cartes, personne ne joue à ça dans notre équipe. On regarde la télé ensemble, on joue aux jeux vidéos, l’autre jour on est allé voir l’équipe féminine jouer.

« J’ai toujours aimé le style de jeu de Rick Adelman. Il a un parfum européen »

BasketActu : Qu’est-ce qui t’a décidé à signer aux Timberwolves ?
AK : Je cherchais à retourner en NBA et les Wolves m’ont contacté en me disant qu’ils cherchaient quelqu’un au poste d’ailier. J’avais vu pas mal de leurs matches l’an dernier et ils avaient l’air d’être une équipe vraiment intéressante : Ricky Rubio s’est épanoui, Kevin Love est devenu une superstar… Et j’adore Rick Adelman ! Depuis l’époque Sacramento, quand je suis arrivé en NBA, j’ai toujours aimé le style de jeu qu’il proposait. Il a un parfum européen, je trouve. C’était une chance à saisir pour moi parce que je pense qu’il peut vraiment trouver comment m’intégrer à son système. C’est un plaisir de jouer dans un cadre comme celui-ci, parce que tout est orienté vers l’équipe plutôt que l’individu. En plus il y a déjà des Européens dans l’équipe et Alex (Shved) va y aller aussi. D’ailleurs j’ai dit à Alex « Je suis coincé avec toi maintenant » (rires). J’ai eu d’autres offres qui avaient l’air intéressantes, mais quand tu vois le style de jeu que ces équipes développent, je trouve que c’était trop tourné vers le jeu individuel. Moi j’aime le collectif.

BasketActu : A ces Jeux, vous êtes nombreux à être issus de la même génération, avec Boris Diaw, Tony Parker et d’autres. Vous restez en contact ?
AK : (Grand sourire à nouveau) Oui, il y a aussi Pau (Gasol), Calderon et Navarro. Je joue ces gars depuis plus de 15 ans. Je connais Tony depuis qu’on a 13 ans, c’est un plaisir de retrouver ces mecs avec lesquels j’ai grandi. On s’est joué en jeunes, à l’Euro, au Championnat du Monde, aux JO, en NBA… « Où que j’aille je tombe toujours sur vous les gars » (rires). C’est super.

BasketActu : C’est une génération complètement folle.
AK : Oui et tu peux aussi rajouter Manu Ginobili, même s’il n’est pas Européen, il a joué un moment en Europe.

BasketActu : A l’Euro 2007, vous étiez arrivés avec un statut d’outsider et ça vous avait réussi. Cette année, vous avez dû passer par les qualifications, est-ce que tu sens le même type d’énergie au sein de l’équipe ?
AK : On a une super énergie et une très bonne alchimie, mais on n’aime pas regarder en arrière. Si on devait rejouer un même tournoi coup sur coup, je suis sûr que les résultats seraient différents. C’est pour ça que c’est intéressant, parce que tu ne sais jamais qui peut sortir victorieux. Bien entendu, l’équipe américaine a plus de chances que quiconque de finir championne, mais quasiment toutes les autres sélections peuvent se battre les unes les autres. En 2007, on avait été champions d’Europe, on était content, et l’année suivante aux JO 2008, on n’avait gagné qu’un seul match et on était rentré à la maison. Là on a déjà fait mieux, on a gagné deux matches (rires).

BasketActu : Vous avez une équipe très intéressante, notamment grâce à la taille de vos joueurs, vous êtes grands à tous les postes.
AK : Je pense que cette année on a vraiment un roster très complet. Des meneurs, des intérieurs, des joueurs extérieurs. Tous nos joueurs sont polyvalents et peuvent remplir plusieurs rôles. On a parfois un 5 où tout le monde fait au moins 1,98 m et où tout le monde peut porter la balle ou passer. C’est un gros atout pour le coach, ça lui donne beaucoup de flexibilité.

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Commentaires (3)

  1. AND11

    Il a complètement raison sur Minny et Adelman. Les Wolves étaient l'une des équipes, si ce n'est l'équipe la plus collective la saison dernière. Un fossé sépare le jeu de cette équipe de celui de OKC ou Miami.