Angelo Tsagarakis : « J’ai joué un mois avec une blessure »

Mardi soir, les joueurs de Bourg ont créé la surprise en s’imposant face à Poitiers en huitièmes de finale de la Coupe de France.

Angelo Tsagarakis, passé par le Paris Levallois après son cursus universitaire, s’impose comme un leader dans cette équipe de Pro B. Auteur de beaux cartons comme contre Reims où il aligne 27 en 31 minutes, le franco-grec analyse avec nous la saison de Bourg.

BasketActu : Début de saison difficile, là vous revenez bien. Quel bilan de saison fais-tu jusqu’à maintenant ?
Angelo : On a eu un problème à l’allumage et on a eu des difficultés en début de saison. Il fallait que l’on trouve notre rythme et c’est quelque chose qui a été dur à gérer. La JL Bourg est un club ambitieux qui veut retrouver la Pro A. Donc les gens n’étaient pas satisfaits des résultats de début de saison. On arrive tant bien que mal à redresser la barre mais ça a mis du temps. On a trouvé nos réponses en fin d’année 2010. Là, depuis Janvier 2011, on ressemble à l’équipe qu’on devrait être. Ça se traduit par de la stabilité, notamment à la mène avec Dean Oliver. Sa blessure a retardé son adaptation mais il a pris le rythme. On n’a pas eu de bol, on change trois fois de meneur, derrière c’est difficile de trouver une cohésion sur le terrain. Dean commence à être dans son basket, il fait parler l’expérience. C’est un meneur qui fait jouer l’équipe avant out. Du coup, on a trouvé un meilleur équilibre intérieur-extérieur. La balle bouge mieux et dans la globalité, chacun trouve son rôle. Chacun s’identifie mieux à ce qui se passe au sein du groupe. Et faut pas oublier que la victoire aide au moral. Les matches à venir vont faire office de matches de playoffs pour nous. On joue toutes les équipes qui sont au-dessus de nous.

BasketActu : Vous avez ressenti une pression particulière vis-à-vis du public et des autres équipes ? Vous étiez attendu en début d’année après votre saison précédente.
Angelo : Je ne pense pas, on a une équipe de mecs qui ont de l’expérience. Je pense surtout qu’on a mal géré l’effort nécessaire au quotidien. Les équipes qui viennent chez nous n’ont aucun complexe et on paye cash notre manque de lucidité. On a souvent été réactif et non pas pro-actif. On se retrouvait souvent en difficulté à devoir rattraper 18 ou 15 pts et on allait mourir à 4-5 pts dans le money-time. Quand on regarde bien, toutes nos défaites se sont jouées à 7 pts ou moins. A part contre Fos, on n’a jamais pris de raclées. On meurt au bout de l’effort et c’est frustrant parce qu’à chaque fois, on se disait que si on avait jouait aussi bien dès le début, on n’en serait pas là.

BasketActu : Et justement, à force de courir après le score match après match, vous savez qu’il faut bien entamer les rencontres suivantes.
Angelo : Je pense qu’au bout d’un moment, on a eu à faire à de la crispation. A la maison, on avait pas de problème à développer notre jeu. Mais à l’extérieur, on était à la recherche de victoires pour compenser notre mauvais début de saison.C’est le sens propre du concept « avantage du terrain ». Chaque équipe arrive plus confiante à domicile. A l’extérieur, il faut partir avec une mentalité de guerrier.

BasketActu : En arrivant à Bourg, tu t’es vite retrouvé à la tête de l’équipe avec un statut de leader. Comment l’as-tu vécu ?
Angelo : On a en quelque sorte trois capitaines dans l’équipe, des leaders vocaux : Jesse Delhomme qui est LE capitaine de base, Cédric Ferchaud qui est le joueur le plus expérimenté et moi-même. Moi, c’est le genre de situation qui me convient parfaitement. C’est intrinsèque à ma personnalité, c’est quelque chose de naturel. Je n’ai pas de responsabilités particulières à part être moi-même et apporter un soutien positif à mes coéquipiers. On est là pour communiquer les objectifs collectifs et se dire les choses en face. Jesse a vraiment le rôle de capitaine alors que moi, au même titre que Kévin Corre, je suis plutôt un leader par l’exemple et pas la voix. Mais dans le bon sens. On n’est pas là pour s’aboyer dessus mais on est là pour montrer notre envie, notre détermination et notre inspiration à se mettre les tripes par terre, avancer pour gagner des matches.Quand je suis arrivé, je n’avais pas de rôle défini. je devais être le plus performant possible. Mon rôle était d’apporter de la défense, de la percussion, de l’agressivité offensive mais aussi de la création.

BasketActu : On sent que les choses peuvent vite tourner dans le classement.
Angelo : Le championnat Pro B est complètement affolant cette année. En une victoire, tu peux te retrouver propulsé à la 4ème place. Et dans le cas contraire, tu peux te retrouver dans la zone rouge de relégation. On est neuvième ex-æquo mais à trois matches seulement du 3ème.

BasketActu : Quels ont été les conséquences du recrutement à l’intersaison ?
Angelo : La difficulté a été de trouver une stabilité. Ça prend du temps d’intégrer un nouvel élément dans une équipe. Surtout quand cette personne à un rôle aussi important comme ça l’a été pour notre meneur. Quand on joue à ce poste, il faut connaître les caractéristiques de chacun, c’est quelque chose qui se fait avec le vécu. Donc quand un mec débarque de son avion, ce n’est pas évident.

BasketActu : On vous sent beaucoup mieux depuis janvier. La trêve hivernale vous a fait du bien ?
Angelo : La trêve hivernale nous a aidée, c’est certain. On avait besoin d’un break psychologique, on avait besoin de reposer nos organismes, moi le premier. On a enchaîné 21 jours d’affilés, j’en ai pâti physiquement. J’étais cramé et la trêve est arrivée à point. A la suite de ça, on est reparti plus frais mentalement. Nouvelle année, on a laissé derrière nous tous les tracas passés. Pourtant, on n’a pas commencé 2011 dans la facilité. On recevait Nanterre pour notre premier match de l’année. Ce n’est pas un petit encas pour se remettre dans le bain, il a fallu être au taquet dès la reprise. On venait de gagner un match improbable à Dijon où on remonte nos 18 pts de retard pour s’imposer. Et on confirme avec une grosse victoire sur Nanterre. On a laissé quelques matchs en chemin, notamment celui contre Antibes où le facteur malchance s’invite. J’ai eu une intoxication alimentaire la veille, Dan Coleman venait de se blesser. Sans vouloir refaire le match, je pense que ça ne se serait pas passer de la même manière si on avait été en forme. Donc voilà, la trêve nous a permis de repartir sur de bonnes bases dans nos têtes.

BasketActu : Tu sembles avoir passé un cap ces derniers temps. 27 pts contre Reims, 20 contre Clermont. Qu’est ce qui a changé ?
Angelo : Rien n’a changé. Si on retourne en arrière, je mets 16 pts en 16 minutes contre Charleville, 15 à Rouen, 17 contre Antibes… La fin de la première phase a été compliquée pour moi parce que physiquement, j’étais mort comme je l’ai dit. Du coup, j’ai eu une baisse de forme sur le terrain. Mais ce que personne ne sait, c’est que j’ai joué un mois avec une blessure.

BasketActu : Quel genre de blessure ?
Angelo : En fait, j’ai eu une élongation au mollet qui a entraîné quelques tendinites aux adducteurs et comme je compensais, ça me tirait dans le dos… Mes performances ont pris un coup et j’ai fait deux matchs d’affilés à 0 pt. Je n’ai jamais fait ça de ma vie, ce n’était pas évident à gérer. J’ai une personnalité qui fait que j’aime relever les défis. Là, il faut qualifié une équipe en playoffs et c’est le genre de challenge qui me plaît. Quand Coleman s’est blessé, ça a été une belle opportunité pour moi de relever ce défi et de prendre mes responsabilités. Mon temps de jeu a changé et je n’attaquais plus les matchs de la même manière. Je suis beaucoup plus confiant.

BasketActu : Dans quel état d’esprit avez-vous entamé votre huitième face à Poitiers mardi soir ?
Angelo : Conquérant ! On était motivé, on voulait bien jouer parce qu’après les huitièmes, ce sont les quarts et on se retrouve face à de grosses cylindrées de Pro A donc c’est toujours très intéressant. C’est une source de motivation de pouvoir taper une équipe de Pro A et on voulait continuer sur notre bonne dynamique. On s’est concentré sur notre jeu et on a préparé le match sérieusement sans réfléchir ni se poser de questions. On savait qu’ils allaient être agressifs dès le début et nous enfoncer pour entrer dans la gestion de match. On a pris le contrôle du match en première mi-temps et on n’a rien lâché. Poitiers n’a pas abdiqué et est resté le match. Ils ont fait le run pour revenir mais on n’a pas relâché l’effort.

BasketActu : Quel a été la clé du match ?
Angelo : La cohésion collective. Tout le monde a apporté, même les petits jeunes Da Silveira et Sanchez qui ont fait une belle partie. Collectivement, on a été dans l’effort défensif. on n’a pas triché. Le match a été abordé sérieusement et on était appliqué. En plus, on n’avait pas vraiment l’avantage du terrain parce que la salle était à moitié vide donc on n’a pas eu le droit à l’ambiance de folie et tout. Mais on ne s’est pas démobilisé quand Poitiers a durci son jeu.

BasketActu : En vous qualifiant, vous tombez contre Chalon et tu retrouves ton grand ami JBAM en quarts de finale. Y’a de l’appréhension ?
Angelo : Pour l’anecdote, on s’est envoyé un texto le matin du match et je lui ai dit : « Bon tu comprends que si on gagne chacun de notre côté, on se retrouve en quarts ». Et Michel m’a répondu comme à son habitude : « Ouais mec. » Tout simplement (rires). On avait tous les deux en tête la possibilité de se retrouver en quart donc il y avait une motivation personnelle supplémentaire. Chalon, on les a déjà joué en pré-saison, ils avaient la même équipe. Ce sera une belle opportunité de jouer un match contre une grosse équipe de Pro A. Et la vérité sera celle du terrain. On ne se fait pas d’illusion mais on part sans complexe. On jouera notre chance en toute simplicité et le public répondra présent parce que c’est quand même un derby.

BasketActu : Quelle différence fais-tu entre la Pro A et la Pro B ?
Angelo : La plus grande différence, c’est l’intensité physique générale. Physiquement, c’est beaucoup plus éprouvant, l’impact, les chocs. C’est plus âpre qu’en Pro B. Ce qui est normal en soi, c’est une évolution logique. En Pro A, on est dans un championnat où c’est plus grand, plus costaud, ça saute plus haut. Mais la Pro B compte de forts éléments qui ont les moyens d’exister en Pro A. La différence se fait sur la quantité.

BasketActu : Que t’inspires le parcours du PL ?
Angelo : Je ne suis pas étonné de les voir en difficulté. Le plus dur pour un promu, ce n’est pas la première année. La première année, l’équipe vit sur l’énergie et l’engouement, ça galvanise les troupes. Mais le plus dur c’est de se stabiliser les années suivantes. Limoges n’a pas réussi à passer le premier cap mais le mal est beaucoup plus profond pour eux. Ce qu’il faut, c’est pérenniser la vie du club en Pro A. Le Paris Levallois est bien parti dans cette perspective donc tant mieux. Ça sera plus facile pour eux dans les années venir, ils vont pouvoir évoluer et monter un échelon. L’année dernière, c’était la cerise sur le gâteau même si je pense qu’ils n’ont pas utilisé leur potentiel à son maximum. Cette année, la blessure de David Noel leur a fait très mal. Ce n’est pas un hasard s’ils font un bon début de saison. C’est dans ce genre de situation qu’on se rend compte de la valeur de certains joueurs. David n’est pas un monstre statistique mais il facilite énormément le jeu pour son équipe. C’est un catalyseur. Il est très altruiste, il est difficile à défendre et peut scorer. Il a d’énormes qualités et c’est bien lui la pierre angulaire du collectif. Le PL a de fortes individualités comme Andrew, Lamont ou même Vasco qui vient d’arriver. Mais derrière tous ces joueurs, il faut une cohésion et quelqu’un pour combler les brèches comme le faisait Prosper Karangwa l’année dernière. Je leur souhaite vraiment de réussite parce que c’est un club que je porte dans mon cœur. Je suis simplement content qu’il ne soit pas dans la position de Limoges. Une fois que le cap sera passé, cette équipe sera vraiment dangereuse.

Tags :
Comments

Commentaires (8)

  1. bobby

    sympa de penser a limoges , mais ne t'inqiete pas nous aussi on se rappel de tes dernieres perf a beaublanc ))

    A l'an prochain j'espere pour voir l'evolution de tes chevilles !

  2. Quentin Mazalaza

    Continue comme sa Angelo, t'apportes du jeu a la JL et tu le fait très bien. Bonne chance pr le portel, j'y serais ;)

  3. Fat Kiné

    Proud of you…

  4. Bastien

    Un vrai tueur…encore 24 points en 30 minutes contre Le Portel ce weekend, histoire de faire honneur à l'article je suis sûr…

  5. Manu Gino

    Angelo porte la JL Bourg sur ses épaules depuis un mois et demi…si ils se qualifient pour les playoffs, faudra pas aller chercher bien loin pourquoi! 20 points @ Clermont et les 3 lancers-francs de la gagne quand la JL était à moins 2 (il reste genre une seconde sur l'horloge ou un truc comme ça), 17 contre Rouen le weekend d'après…27 contre Châlons-Reims…16 @ Charleville et 24 (7 sur 10 à trois points) contre Le Portel ce weekend. Sur les 8 derniers matchs, Bourg en gagne 7 (avec la victoire en coupe contre Poitiers), et la seule défaite (à Antibes) Angelo malade avec une intoxication alimentaire comme le dit l'article donc voilà…je pense que c'est particulièrement évocateur du renouveau de la Jeu.

    A Bourg on l'apprécie vraiment beaucoup, il a un gros mental et puis surtout il a un coeur énorme sur un terrain! Le genre de mec qui inspire le respect. On espère qu'il portera les couleurs de la JL pendant très longtemps mais vu sa deuxième partie de saison…la convoitise va grandir. Tant mieux pour lui

    Allez la Jeu!!

  6. Ousmagan

    Siii siiii, frai! Le ga il taffe au Quai chaque année avec le Boss!! Bon c quand que le Shest passe les demi!?

  7. Bastien

    Encore 30 points en 30 minutes ce weekend à Saint Vallier (9 sur 11 aux tirs, 7 sur 8 à 3pts)…pas sûr de le voir à Beaublanc la saison prochaine bobby ;-)