L’AS Monaco Basket voit (très) grand

Grâce à l’apport financier de son mystérieux mécène ukrainien, Monaco est devenu l’un des clubs les plus tendances du basket français. Portrait.

© Photo WSM/Colman

© Photo WSM/Colman

Débarqué de Nationale 2 l’été dernier avec l’envie de goûter aux play-offs, Monaco a subitement changé de dimension avec l’arrivée d’un généreux « supporter » : Sergei Dyadechko. Résident monégasque, passionné de basket, l’Ukrainien permet aujourd’hui à la Roca Team de se (re)découvrir de très hautes ambitions, vingt-deux ans après avoir quitté la Pro A.

Recrues aux CV clinquants, salaires et organisation dignes de la Pro A, Monaco mène la vie de château et se prend à rêver. Portrait du secret le moins bien gardé de la Côte d’Azur.

Les Promesses de l’ombre

Au centre de toutes les discussions, présenté à demi-mot comme étant le « patron » du club alors que son statut demeure informel, Dyadechko décide de tout mais reste dans l’ombre. Une attitude compréhensible à plus d’un titre.

Consciente de s’être trouvée la poule aux œufs d’or, à l’instar de Dmitry Rybolovlev pour la section football, l’AS Monaco Basket met les petits plats dans les grands et avance prudemment, de peur que l’homme d’affaire ne prenne la fuite. Simple « supporter » dévoué pour les uns, « sponsor » généreux pour les autres, Sergei Dyadechko est en possession d’un jouet dont il peut disposer à sa guise. Reste que le propriétaire de la banque « Soyouz », à la différence de son homologue russe du football, ne se voit pas propulsé à la tête d’un club sans n’avoir jamais mis les pieds dans le monde du sport auparavant.

Sergei Dyadechko avec le trophée de champion d'Ukraine.

Sergei Dyadechko avec le trophée de champion d’Ukraine.

Proche de Sergueï Bubka – lui-même résident de la Principauté –, Dyadechko est également l’heureux propriétaire du BC Donetsk, club fondé par la légende du saut à la perche en 2006. Académie de basket, vision d’avenir, finances XXL, Donetsk gravit les marches deux par deux jusqu’à l’obtention du titre national, en 2009. Trois années après sa création, le club du Donbass est au sommet, au plus fort des emmerdes.

Fondateur de Rodovid Bank, Sergei Dyadechko est mêlé à l’un des plus gros scandales financiers à l’Est de Berlin. Au bord du précipice début 2009, la banque est nationalisée in extremis par l’Etat ukrainien et est mise sous perfusion, à coups de milliards d’euros. Entre arnaques de petits épargnants et maquillages de compte, personne n’en sort indemne. Pas même Bubka, président de la banque au milieu des années 2000 et tête d’affiche des campagnes de pubs.

Malgré ce, choisi par Dyadechko himself alors que d’autres coachs avaient reçu des offres plus importantes en provenance de Fontvieille, Savo Vucevic ne tarit pas d’éloges sur l’Ukrainien.

« Nous n’avons pas beaucoup parlé du projet du club mais c’est un fan de basket. Il adore le basket, il a déjà un club en Ukraine. C’est bien d’avoir des gens qui ont la possibilité d’investir dans le basket, qui aiment le basket et qui connaissent le basket. C’est un homme charmant », nous déclarait le coach franco-monténégrin.

Un homme charmant, peut-être. Mais un homme en danger de mort, plus certainement. Visé par un attentat à la bombe, témoin du meurtre de son garde du corps, Dyadechko a fui l’Est de l’Europe avec femme et enfants début 2012, pour trouver refuge sur les bords du Rocher.

Souhaitant ne pas faire de vagues, l’homme d’affaire se fait discret mais poursuit ses activités à plusieurs milliers de miles de Moscou et du BC Donetsk, club dont il est toujours propriétaire après avoir annoncé son démantèlement (avorté) courant 2010. Aujourd’hui heureux « premier supporter » de l’AS Monaco Basket, le multimillionnaire de 38 ans peut assouvir sa passion et reconstruire un club trop longtemps oublié dans les soubassements du championnat français.

Après avoir passé les premières semaines à essayer se renforcer à coups d’euros, comme ce fut le cas avec les arrivées trop tardives de Milutin Aleksic – ex-ailier de Donetsk – et de Dan McClintock, Monaco solidifie ses fondations et construit pour durer.

Le nouvel Eldorado

Jean-Michel Sénégal mis au placard tel Dusko Vujosevic époque CSKA Moscou, les rouge et blanc ont revu leur fiche et se sont dotés d’une organisation d’un standing Pro A. Si le Président Arnaud Giusti est resté au sommet de l’organigramme pour conserver l’identité monégasque du club, Yann Boisson a récemment pris les commandes du secteur sportif. Ancien manager général de la JDA Dijon, le personnage est respecté et a pour lui une très bonne connaissance du monde du basket.

« Il a été mon GM pendant pratiquement plus de deux ans à Dijon. C’est quelqu’un qui connait très bien le basket. Je n’ai que des choses positives à dire sur lui car je trouve que c’est quelqu’un qui fait le maximum pour ses joueurs et son club », nous confiait il y a peu Laurent Sciarra à son sujet.

logoASMBHomme fort du club bourguignon pendant plus de dix ans, Boisson sait tirer les bonnes ficelles et fait son retour sur le devant de la scène après être resté longtemps en retrait. Ambition, connaissance du basket, esprit de revanche, des « atouts » également partagés par Savo Vucevic.

« Je suis très motivé. Peut-être même plus motivé que jamais ! Vu tout ce qu’il s’est passé avec Antibes… J’ai eu deux ans de repos forcé, j’ai pris de l’expérience. Avec Monaco, on peut faire quelque chose de très grand », nous lâchait sans trembler le tacticien.

Les objectifs sont d’ailleurs clairs : la Pro B de suite, la Pro A dès que possible. De là à mettre Monaco dans les candidats à la wild card Pro A en fin de saison prochaine, il y a qu’un cap à ne pas franchir dans l’immédiat; car à l’instar du Bayern Munich, les Azuréens voient (très) grand mais ne veulent pas pour autant brûler les étapes.

Auprès du Bien Public, Anthony Christophe, le meneur de la Roca Team, pointait en avril dernier la principale carence du club : le manque de soutien populaire.

 « Il y a bien quelques inconvénients. Le fait de jouer devant 200 personnes à domicile m’a un peu perturbé en début de saison. Mais, contre Orchies le week-end dernier, il y avait 900 spectateurs dans les gradins ».

Un problème de taille en vue d’un retour express en Pro A dont les dirigeants ont d’ailleurs conscience.

« Gagner les matches est important mais il faut aussi conquérir le public. C’est très important. Cela fait plus de 20 ans que Monaco n’a pas connu le haut niveau et pour retrouver ce haut niveau, il faut avoir un public. Il faut donc séduire le public, produire un basket qui va lui plaire », nous expliquait Savo Vucevic.

Située dans le complexe du Stade Louis 2, la salle Gaston Médecin n’est pas prête de remplir ses 2 500 sièges mais, en attendant, le club fait fureur auprès des joueurs, toutes divisions confondues. Carlos Cherry, le meilleur meneur de la NM1 2012-13, se lâchait d’ailleurs sur le club monégasque lorsqu’un journaliste espagnol l’interrogeait sur Twitter sur les salaires en Pro A.

« Il y a des Français qui ne gagnent rien, il y a de la misère même en Pro A. Sauf les étrangers dans les équipes… ça fait peur. Monaco c’est de la FOLIE !!!! »

Et pour cause. Selon nos informations, plusieurs joueurs percevraient plus de 10 000 euros par mois. Derrick Obasohan, la recrue star, approcherait les 200 000 euros annuels. Trajets en avion, hôtel et restaurant les soirs de victoire, Monaco profite de la participation financière de son généreux « donateur » et de ses avantages fiscaux pour dérouler le tapis rouge. De quoi convaincre Jonathan Tornato de refuser des offres en provenance de Pro B. De quoi rendre jaloux pas mal de joueurs Pro A.

Joueurs stars en divisions inférieurs, étrangers référencés, finances quasi illimitées, organisation parfaite, Kinder placardé sur le devant des maillots, la Roca Team semble donc bien partie pour faire un retour en fanfare. A moins que Sergei Dyadechko ne s’en aille…

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Comments
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Commentaires (12)

  1. Qiou

    Leurs tenues c'est des Roca Wear?

    Merci pour cet article, je ne savais rien de ce qu'il se tramait là-bas.

  2. No_D

    c'est sûre qu'à Monaco il n'y a pas de racailles ni de punk à chien, le risque d'émeute y est quasi nul mais… il y a une telle concentration de pourri au km2!

  3. Burt Cassander

    Ils n'ont pas de public (en n'en n'auront sans doute jamais) mais une fiscalité avantageuse. Un partout – balle au centre.

    @quiou : je pense que Roca Team est en référence au Rocher, surnom de la ville.

  4. Old School

    Autant je trouve ça génial les étrangers qui viennent investir dans les clubs français (PSG, pourtant je déteste ce club) mais Monaco quoi ! S'il y a bien une équipe sans coeur, c'est elle ! C'est du bling bling à outrance, pas de supporters, pas d'âme, aucun charme. Des clubs pourris par le frique, comme la ville.
    Séduire le public ? Y'a 1 monégasque de souche pour 10 millionnaires dans cette "ville". Y'a pas d'attachement, personne se dit je suis nait sur le rocher, ça restera ma ville de coeur, je supporterais ces équipes jusqu'à ma mort.
    Ils peuvent pas investir dans d'autres clubs de Pro A Pro B ? Y'a des villes prestigieuses avec un coeur aussi ! ASVEL, strasbourg, paris, reims, lille, nantes

  5. El Gaucho

    C'est quoi le sens de l'article? Que les mafieux, c'est mal… C'est sur mais quels sont les éléments concrets contre ce gus… A première vue, il ne semble pas plus malhonnête que Woerth ou Tapie… La justice de son pays…. Bah, vous connaissez le Far-East….
    Quand à l'équité sportive… C'est une invention de loosers ou de fauchés…. Pas équitable évidemment, mais le sport est à l'image de la vie, non ???

  6. Burt Cassander

    Qu'il mette des thunes dans le club tant mieux, mais sa position indéfini dans l'organigramme donne l'image d'un truc flou et bizarre. Surtout que tout le monde change rapidement de sujet quand la question est posée… Cela ne part pas sur des bases très saines en tout cas, c'est dommage.

    Sûrement une histoire de gros sous qui nous dépasse…

  7. PervisEllisonIsGod

    Article plein de sous entendus, c'est assez drôle

    en tout cas, que quelqu'un veuille injecter du Cash dans le basket en France, ça me plait bien ! la Fédé en profitera et la Ligue plus tard quand la Roca Team (je trouve le nom plutôt sympa) aura changé d'échelon.

  8. Nannos

    Comme quoi un mauvais article (ou un article basé sur des informations en grande partie erronées) peut soudain déchaîner la bêtise et la rage de certains.
    C'est surtout la jalousie qui motive les réactions des uns et des autres. Si l'auteur de l'article avait pris le soin de vérifier ses sources il aurait constaté que le budget de l'AS Monaco Basket est en phase avec les budgets des équipes qui briguent la montée en Pro B chaque année, chose dont le club ne se cache pas. Je pense que certains déçus ne doivent pas se priver de colporter la bonne parole…
    Pour ce qui concerne le reste qui n'a pas lieu d'être ici (un modérateur serait le bienvenu) je vous engage à vous renseigner un peu mieux sur la fiscalité de tous les pays européens avant de cracher sur Monaco. La France notamment fait des cadeaux fiscaux aux qataris avec vos impôts (et les miens!). Monaco n'est ni plus ni moins propre que ses voisins.
    Bien sportivement à tous

  9. ami de nannos

    et tous ces jaloux …..ils y pensent eux à leurs impôts avec lesquels certaines villes et clubs se permettent de faire venir des joueurs à l'aide d'emplois bidons dans les mairies et autres entités scolaires etc etc, alors laissez Monaco faire ce qu'ils font avec un budget qui n'est pas plus haut que celui des clubs ambitieux de NM1 et avec des salaires égaux à ceux de ces équipes, renseignez vous avant d'envoyer des affirmations qui ne font que masquer votre incompétence et jalousie: ALLEZ ROCA BOYS!!!!!