Beugnot : « La Grèce reste dangereuse »

Greg Beugnot décrypte pour nous le parcours de l’équipe de France et analyse le face à face avec la Grèce.

BasketSession : Quel bilan tirez-vous du deuxième tour de cet Euro pour l’équipe de France ?
Greg Beugnot : On ne peut être que satisfait. Les gens ont un petit peu focalisé par rapport au match de l’Espagne où Vincent Collet a beaucoup sollicité les joueurs du banc pour les remettre en confiance et surtout les remettre en rythme pour la fin de compétition. Il y avait vraiment une grosse volonté de faire récupérer Noah et Parker des petites blessures. Donc c’est évident que nous n’avons pas eu le visage de l’équipe de France que nous avons connu tout le second tour, qui est faramineux, puisque battre la Lituanie chez elle ce n’est pas une mince affaire, c’est un match d’une intensité défensive assez remarquable. On est dans la continuité de ce qu’on a vu, c’est-à-dire une équipe très solidaire, qui croit en elle, bien hiérarchisé avec un énorme investissement défensif et surtout une qualité de jeu offensif maintenant qui nous permet de passer outre les stratégies des coaches adverses. Le seul handicap, c’est que maintenant nous sommes dans les matches à mort subite, et que là, la hiérarchie est un petit peu remise à plat. Sur ces matches-là, si vous avez le malheur d’être en panne d’adresse, ou d’avoir le doute à un moment ou à un autre, ça peut éventuellement mener à des désillusions. Mais par rapport aux renseignements que j’ai sur l’équipe, elle est très motivée. On a cette frustration depuis des années de perdre contre la Grèce, la Grèce est certes amoindrie, mais elle reste toujours une équipe dangereuse à jouer en quart. Mais aujourd’hui on ressent en interne une équipe revancharde, qui a vraiment l’envie de s’investir énormément sur ce match-là pour se qualifier. Si tel était le cas et que ça se solde par une victoire pour l’équipe de France, après honnêtement, il faut jouer sans pression, il n’y a plus rien à perdre puisque vous jouez les meilleures nations européennes qui font presque partie maintenant des meilleures nations mondiales.

BasketSession : Est-ce que vous avez encore vu une évolution dans cette équipe de France entre le premier et le deuxième tour ?
GB : Dans l’investissement et dans l’impact défensif, oui. Dans la qualité de jeu offensive, on a une meilleure gestion parce que nous avons un grand Tony Parker. Et pas un grand Tony Parker dans le scoring, parce que ça c’est une qualité qui lui est propre, mais dans le leadership, dans la confiance qu’il amène à ses coéquipiers. Ça faisait partie de l’évolution que devait avoir Tony avec l’équipe de France et je trouve qu’il l’assume à merveille. Et c’est surtout défensivement où je trouve qu’on commence à avoir une qualité de défense qui nous permet d’être positionnés en anticipation et non pas en réaction. On a commencé le premier tour où, contre certaines équipes, nous étions plus dans la réactivité que dans l’anticipation, alors qu’aujourd’hui il y a dû avoir une certaine prise de conscience et de confiance par rapport à la défense. Nous arrivons à faire jouer les équipes comme nous voulons et nous ne subissons pas, ce qui était le cas quand même quand nous avons joué la Serbie où nous avons fait un très gros match d’attaque, mais défensivement nous étions un petit peu dans la réactivité. Alors qu’aujourd’hui je trouve que la défense est bien en place, elle est gênante, elle est dense, on a de vrais athlètes qui sont aériens, qui travaillent très bien dans les lignes de passes, donc qui cassent le rythme adverse, qui volent des ballons. Au niveau du secteur intérieur, nous avons une densité qui permet de ne pas trop perdre de rebonds défensifs. On a donc, je trouve, sur la deuxième partie un impact défensif plus important.

BasketSession : Est-ce que ce n’est pas, justement pour l’équipe de France, encore plus important d’être dans l’anticipation défensive ?
GB : Par rapport à la vitesse d’exécution que l’on peut avoir sur le jeu rapide et le jeu de transition, c’est à mon avis une des conditions fondamentales pour pouvoir battre les grosses nations. Jouer que 5 contre 5 demi-terrain, il y arrive un moment où il y aura peut-être cette petite faiblesse récurrente que l’on peut avoir sur les tirs extérieurs. On peut avoir à un moment ou à un autre quelques handicaps dans les gestions offensives, par contre, si on peut s’appuyer sur la défense pendant les 40 minutes du match, honnêtement, on arrivera à faire douter les adversaires. Mais attention, parce que la Grèce adore jouer les possessions assez longues, et faire douter l’adversaire défensivement, donc c’est là qu’il sera important d’être en anticipation pour casser les timings adverses et faire douter les Grecs, et ne pas subir leurs longues gestions offensives.

BasketSession : Au second tour, il y a de nouveaux joueurs qui se sont imposés (Nando De Colo, Kévin Séraphin), c’était important que d’autres s’imposent avant d’attaquer les quarts ?
GB : Je pense que c’était la force de l’équipe de France, et on a eu même Charles Kahudi qui a fait de très bonnes rentrées, qui a été énorme. On a eu un Kévin Séraphin assez surprenant, parce qu’aujourd’hui malgré son jeune âge, c’est un des pivots futurs de l’équipe de France, Nando De Colo qui a retrouvé des sensations au moment le plus important et c’est très bien qu’on puisse avoir un scoring différent. Je suis persuadé que Vincent a essayé contre l’Espagne de remettre en confiance ses deux meneurs Steed Tchicamboud et Andrew Albicy, de leur apporter du rythme parce qu’ils ont été beaucoup sollicités, et d’éviter une éventuelle blessure d’un joueur majeur, il faut absolument anticiper des problèmes de fautes ou de fatigues ponctuelles. Donc c’est bien qu’on ait pu s’appuyer sur notre banc de touche sur le deuxième tour. Je pense que le banc de touche a fait la différence puisque les stratégies adverses étaient de vouloir complètement arrêter le jeu de nos ailiers Batum et Gelabale, d’arrêter le jeu et user le jeu de Tony Parker et surtout d’essayer de contrôler la densité physique avec Noah. Et quand on a des éléments qui sortent du banc et qui apportent de la fraîcheur et de l’impact, ça apporte des soulagements et des solutions à l’équipe de France. Mais on sera quand même obligés d’avoir nos titulaires, et nos joueurs majeurs à haut degré de performance pour essayer d’aller chercher une médaille.

BasketSession : Le match contre l’Espagne a beaucoup fait parler beaucoup… Qu’avez-vous pensé de ce match ?
GB : Je pense que je n’aurais pas fait autrement que Vincent Collet et je pense que le problème n’est pas dans le comportement des joueurs ce qui a pu être dit en France… Vincent a voulu absolument solliciter les joueurs remplaçants pour leur redonner confiance, et leur redonner du rythme. Et quand vous êtes en absence de rythme et c’est le cas en général pour les joueurs du banc qui sont amenés à jouer 5 à 10 minutes par match, il est bien évident qu’ils ont une dette physique par rapport aux autres. Et si on regarde les deux premiers quart temps contre l’Espagne c’est très cohérent, le seul problème c’est qu’il y a une explosion physique dès l’entame du troisième quart-temps et en général c’est logique par rapport aux joueurs qui ne sont pas sollicités plus de 20 minutes par match parce qu’ils n’ont pas cette base physique qu’ont les joueurs qui sont susceptibles et amenés à jouer tous les jours 20-30 minutes. Et je pense que ce n’est pas du « je-m’en-foutisme », loin de là. Je pense que les joueurs remplaçants qui ont été énormément sollicités ont eu cette dette physique dans le troisième quart-temps qui nous a été préjudiciable puisque dans le quatrième nous commençons quand même à retrouver de la qualité, mais il est trop tard. On a payé cash contre les Espagnols dans le troisième quart-temps. Ce n’est pas lié à la qualité des joueurs, c’est plus lié au fait qu’ils n’aient pas été assez sollicité et que, justement, Vincent a voulu utiliser ce match là pour leur redonner du rythme, du travail cohérent à travers les matchs puisque les entraînements doivent être plus ou moins allégés en fonction des objectifs dans la compétition. Donc ils ont certainement été déçus c’est sûr, le coach a dû être surpris de voir cette baisse physique et d’intensité dans le troisième quart temps, mais par rapport à sa stratégie, on voit bien que Tony Parker et Noah savent qu’ils ne vont pas jouer, les titulaires savent qu’à un moment ou un autre ils vont être remplacés pour les soulager. Donc ça a dû être débriefé, expliqué avec l’accord de tout le monde. Donc à partir de ce moment là, si cette petite vexation, cette petite frustration nous est bénéfique par rapport au fait que les gens ont pu penser qu’on avait vraiment délaissé le match volontairement, ça ne peut apporter que de la motivation et de la stimulation à ce groupe. Ce n’est peut-être pas plus mal. Je pense que l’écart a dû laisser quelques petites traces, que les joueurs sont orgueilleux et qu’à partir du moment où ils n’ont pas pu montrer leur vrai visage puisque la stratégie était de faire jouer d’autres joueurs, je pense que ça va encore plus souder le groupe.

BasketSession : Quel est votre pronostic pour le match Macédoine-Lituanie ?
GB : Ça va être la surprise, je vois mal les Lituaniens ne pas tout mettre en œuvre pour gagner ce match là, mais la Macédoine a été surprenante. Et la macédoine n’a rien à perdre du tout, personne ne les attendait à ce niveau. Ils ont emmagasiné un capital confiance énorme, il y a de la qualité dans le jeu. Il y a aussi par rapport à ce que nous avons vu une bonne hiérarchie dans l’équipe, ils ont des joueurs de devoir qui rentrent sur le terrain pour tout donner, ils ont leur joueurs majeurs qui assurent pleinement les rôles et qui sont aujourd’hui à un niveau de performance assez exceptionnel. Si la Macédoine aborde ce match avec la volonté de jouer les troubles fête, et de ne pas se mettre la pression, ils peuvent à un moment faire douter la Lituanie, mais c’est la Lituanie chez elle, c’est une équipe qui a déjà perdu un match contre la France, qui a certainement dû évoluer par rapport au constat d’échec contre la France dans ses stratégies, dans sa qualité d’approche des matches, dans la croyance en ce qu’elle fait. Donc l’outsider de ce Championnat serait la Macédoine, si on doit jouer sur les sites de paris, c’est sûr que ça peut être un gros rapport, mais la Lituanie chez elle quand même, si elle veut aller au bout, elle ne peut pas se permettre de faire un mauvais match contre la Macédoine. Mais attention à la Macédoine !

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Commentaires (1)

  1. OscarAbine

    J'aime beaucoup l'analyse du match face à l'Espagne. Intelligent et clair.

    Et bien vu pour la Macédoine ! ;-)

    Juste un bémol : lorsqu'on parle des remplaçants, on ne cite presque jamais Ali Traoré, qui fait pourtant un excellent tournoi, avec de belles choses en attaque et un apport défensif tout à fait honorable. Alors, oui, Séraphin est quelquefois surprenant (il a aussi fait des matchs très médiocres), mais Traoré apporte lui aussi beaucoup à l'équipe, il faudrait sans doute le dire plus, je trouve…