Beugnot : « Notre équipe peut même aller au bout »

Greg Beugnot livre la troisième et dernière partie de son analyse du premier tour et trace des perspectives pour la suite.

BasketActu : Qu’avez-vous pensé du banc sur le premier tour ?
Greg Beugnot : Ce que j’aime bien déjà, c’est que le banc bouge ! On n’a pas un banc amorphe. On a un banc qui, même s’il sait qu’il va être sollicité un peu au compte goutte, bouge. Quand il y a des paniers, il bouge, au temps-mort, il encourage, on sent cette forme de solidarité. On ne sent pas de « star-system » qui nous a pénalisés pendant un moment parce que les titulaires pensaient qu’ils étaient indispensables et les remplaçants pensaient qu’ils devaient jouer plus. C’est pour ça que créer la hiérarchie n’est pas évident. Ça veut dire que le discours est bien passé, que tout le monde a le même objectif : réaliser leur championnat d’Europe collectivement. Ça veut dire qu’ils croient en l’équipe, en la hiérarchie. Ils sont tous capables, à mon avis, d’apporter quelque chose. Mais ce qui est peut-être un mal pour un bien, c’est qu’aujourd’hui certaines personnes n’ont pas dû comprendre pourquoi Vincent Collet avait dû faire son effectif comme ça. Mais je pense que Vincent est parti du dicton « Il y a trop de chefs et pas assez d’indiens » et que, dans ce cas-là, ça peut être préjudiciable à une équipe. Alors qu’aujourd’hui les indiens, quand ils rentrent sur le terrain, ils font très bien leur travail, ils apportent un plus. Le petit Kahudi hier quand il rentre, il fait ce qu’il doit faire. Ils ont trois, cinq, dix minutes pour prouver en fonction de leur prestation, mais il n’y a pas ce doute. Ils sont sur la touche, ils sont motivés, et ce qui est très intéressant pour nous, c’est que quand les titulaires sont sur la touche, ils aident les remplaçants sur le terrain. Ils communiquent beaucoup, il y a une espèce de confiance qui est en train de naître. Si chacun reste à sa place on peut faire un très beau Championnat d’Europe.

BasketActu : Qu’attendez-vous du second tour ? Quelle sera la clef ?
GB : Il va y avoir certainement deux cas de figure. C’est à dire s’il on bat la Turquie et que l’on est plus ou moins qualifié, est-ce que Vincent ne va pas utiliser les deux derniers matches, pour peut-être sensibiliser certains joueurs qui ont moins joué ? En quart, en demi, on aura peut-être besoin d’avoir tout le monde en confiance et surtout tout le monde en rythme… Mais est-ce qu’on peut délaisser un match et éventuellement le regretter après parce qu’on ne tombera pas sur le bon adversaire en quart de finale ? Quand une équipe a la dynamique, ce qui a l’air d’être le cas aujourd’hui – parce que je suis d’accord avec eux, la chance a l’air de tourner de notre côté, puisqu’auparavant la pièce avait l’air de tomber toujours du même côté et du mauvais -, est-ce qu’il faut casser cette dynamique-là ? Je n’en suis pas sûr. Ça va être un cas de figure. Mais est-ce qu’on va gagner le premier match contre la Turquie ? Parce que la Turquie revient de très loin, elle n’a plus rien à perdre, elle n’aurait pas dû se qualifier, la Pologne aurait dû se qualifier à ses dépens. Est-ce que ça ne va pas être non plus le match le plus dur ? La Turquie n’a rien à perdre, les autres équipes, comme la Lituanie, l’Espagne nous craignent peut-être. Je pense qu’on ne peut pas anticiper. Il va falloir laisser le groupe agir, voir comment l’équipe se comporte, comment la Turquie est. Et après, en fonction de ça, je pense qu’il faudra respecter les choix de l’entraîneur, parce que je pense que les choix, s’ils sont faits, seront en parfait accord avec les joueurs, les titulaires, il y aura un échange. On verra si les titulaires ont besoin d’un peu de repos ponctuellement, ou si l’équipe préfère rester sur la dynamique et essayer de finir à la première place pour sortir du groupe en tête pour les qualifications en quart et avoir la « plus faible équipe » des quarts.

BasketActu : Même s’il est encore tôt, est-ce que vous pensez que cette équipe a le talent et le niveau pour réaliser un coup à cet Euro ?
GB : Oui, elle a le talent, elle a tout. Le seul problème c’est qu’il y a la réputation, et les équipes que l’on va jouer ont une grosse réputation et ont déjà obtenu du respect, ne serait-ce que par rapport au corps arbitral. On a vu hier que, dans les moments difficiles, on avait tendance à ne pas favoriser l’équipe de France. Ça peut avoir une incidence. Par contre, si la mécanique se met en place, que la France est dominatrice et quelle continue d’évoluer comme elle l’a fait là, je pense qu’on obtiendra le respect et qu’il y aura peut-être pas d’incidence extérieure comme ça. Donc il y a des problèmes qui peuvent intervenir dans l’évolution, la rentabilité de notre équipe de France parce qu’aujourd’hui je les trouve très sereins, il ne faut donc pas focaliser par rapport à ça. Après, il va y avoir la pression du résultat, mais nous avons quand même des joueurs expérimentés. En général, si nous ne partons pas dans tous les travers, qu’on s’appuie sur le collectif, on a prouvé qu’on avait un collectif bien en place, des joueurs de valeur et un banc qui pouvait nous amener. Honnêtement, quand on a cette sérénité-là, on peut aller au bout des compétitions, ça va se jouer sur des détails, sur un panier loupé, un panier marqué, des lancers francs, une faute bête, ça a été encore le cas hier sur certains joueurs du banc. Mais si on est capable d’analyser tout ça, de progresser, c’est le plus haut niveau européen, et il est souvent plus dur d’être champion d’Europe qu’olympique, on connaît la qualité du basket européen. Aujourd’hui, ce serait très important pour le basket français, c’est très évident. Ce serait une vraie récompense pour des joueurs qui, depuis des années, même s’ils ont de très grosses sollicitations à travers leurs championnats comme les joueurs NBA, souhaitent venir en équipe de France, sont fiers du maillot, souhaitent représenter le pays… Si c’est pour faire des prestations individuelles et qu’ils ne gagnent pas, c’est catastrophique et là ils ont l’air d’avoir un état d’esprit, d’être ensemble, d’être une vraie équipe, montrer une belle image du basket français. Si c’est ça, le respect faisant par rapport à la prestation des matches notre équipe peut même aller au bout.

BasketActu : Quel bilan global tirez-vous de ce début d’Euro ?
GB : Des surprises, les grosses nations sont là à 90%, surprise avec la Finlande, la Géorgie, qu’on n’attendait pas aussi bien. Une surprise technique par rapport à ce qu’on voyait avant dans les autres championnats d’Europe : beaucoup plus de jeu rapide, beaucoup plus de jeu en première intention. On avait tendance à avoir des championnats d’Europe où, au départ, on fermait le jeu, on défendait à mort pour rentabiliser la rentabilité adverse, alors que maintenant les équipes se livrent, jouent. C’est un jeu beaucoup plus ouvert, certainement parce que l’on a beaucoup plus de qualités sur tous les postes, dans toutes les équipes nationales et qu’on a les meilleurs joueurs représentés. Mais il y a une forme de volonté dans le coaching, d’utiliser le jeu rapide, de transition, ce qui n’était peut-être pas souvent le cas avant. C’est une belle évolution technique, pour nous coaches qui sommes dans les clubs, parce qu’il y a une tendance internationale sur un jeu comme ça. Ça veut dire que le temps des défenses « blockhaus » est un peu révolu et qu’il faut aller vers cette orientation-là qui, certes, ne sera peut-être pas exploitée au niveau de l’Euroleague parce qu’il y a beaucoup d’équipes qui ont du vécu et qui ont conservé leur potentiel et qui seront toujours des équipes entre guillemets un peu défensives. Mais dans la globalité aujourd’hui, on voit de très, très bons matches, et les équipes jouent crânement leur chance, alors qu’avant, il y avait de la démission dans les têtes et, là, personne ne lâche, ce qui est très intéressant. On a une belle qualité de jeu et on a surtout des joueurs qui croient en leur équipe nationale et c’est la plus belle image que l’on puisse donner, si des jeunes regardent la télé aujourd’hui, ce sont de belles valeurs et c’est à cultiver et à conserver.

BasketActu : D’où vient cette évolution ?
GB : Je pense que c’est la qualité des joueurs. Les coaches ont certainement plus de volontés de laisser jouer les joueurs parce qu’on a moins de joueurs égoïstes, on a plus de joueurs qui s’appuient sur le collectif, même si certaines équipes ont encore besoin de la prestation offensive de certains joueurs, comme l’Italie par exemple. Mais il y a du mieux, le jeu est moins haché, il y a plus de première intention. Ce qui veut dire que les coaches ont confiance et que les joueurs, s’ils ont une opportunité, joueront sinon ils joueront pour leurs coéquipiers. Il y aura moins de jalousie, plus de désir de faire briller l’autre dans certaines situations… Les coaches laissent donc certainement plus de liberté et développent ce jeu-là. Avant, c’était peut-être un peu trop hiérarchisé sur un ou deux leaders offensifs et on fermait le jeu. Les joueurs avaient des responsabilités défensives et très peu en attaque. Aujourd’hui, on a des équipes qui jouent collectivement très, très bien au basket.

BasketActu : Il y a une équipe qui vous a plus particulièrement marqué sur le premier tour ?
GB : Honnêtement non, je trouve le niveau très homogène. Il y a beaucoup d’équipes avec des profils différents, c’est assez étonnant, mais le style de jeu est un peu le même. On exploite moins certaines phases que d’autres, mais des équipes qui ont tendance quand même à avoir un jeu complet en attaque. On n’a plus ces gros pivots défensifs qui ne servent à rien en attaque, on a des pivots qui peuvent jouer face au cercle, dos au cercle, en point de fixation… On a des jeux assez larges, quatre extérieurs, on a de moins en moins deux pivots lourds, on des 4 qui peuvent s’écarter, jouer des un contre un, adroit à trois-points. On a ce côté un peu plus aéré du jeu, mais c’est dû aussi à la volonté aujourd’hui de créer les espaces… Et comme aujourd’hui les défenses ont l’air d’être très opérationnelles, on a besoin, entre guillemets attention, parce qu’on ne va pas dire que le basket européen va ressembler au basket NBA, mais d’avoir qu’un pivot à l’intérieur et quatre joueurs extérieurs. C’est quand même un plus aujourd’hui par rapport à la qualité de formation que l’on a sur les poste 3 et 4 en Europe qui montrent toutes leurs qualités et leur talent. On a des intérieurs qui sont de plus en plus mobiles malgré leur taille. Toutes les équipes ont eu cette évolution là. Ce qui est assez marrant c’est que, malgré les responsabilités différentes qui ont été données aux joueurs, les styles de jeu sont presque tous les mêmes et ça fait beaucoup, beaucoup d’équipes qui peuvent prétendre gagner le Championnat d’Europe cette année.

BasketActu : Le mot de la fin ?
GB : Mon souhait serait que l’on ait une médaille, la plus belle possible. Ce serait très intéressant pour le basket français et ses retombées sur le championnat de France. Que l’équipe ne se prenne pas trop la tête, parce qu’elle a fait un très beau parcours, il ne faut pas qu’ils se mettent trop de pression, il y a de la qualité, c’est jeune, c’est bien hiérarchisé… Qu’ils aient la confiance, on le voit à travers les discours aujourd’hui, la confiance dans l’équipe et non pas à travers ses prestations. Que l’état d’esprit ne change pas, que même dans la difficulté on reste aussi serein qu’on l’a été hier par exemple, avant on avait tendance à partir dans tous les travers. C’est tout le mal que je leur souhaite, car c’est une très belle image qu’ils montrent du basket français, ça doit surprendre beaucoup d’observateurs étrangers qui avaient toujours l’impression – puisqu’on est le basket le plus athlétique d’Europe – qu’on n’est pas capable de jouer un vrai basket léché, et qu’aujourd’hui avec nos qualités athlétiques, on est capable de jouer sur de vrais fondamentaux de jeu, on a de bons fondamentaux collectifs, on commence à avoir de très bonnes alternances sur le jeu intérieurs-extérieurs, on ressemble à une vrai équipe… Aujourd’hui, je pense que des équipes vont commencer à nous craindre aussi, donc si on pouvait éviter de se mettre la pression et que l’on soit entre guillemets les gros outsiders du championnat d’Europe, ça nous permettrait peut-être d’aller au bout.

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Commentaires (6)

  1. JulienPsy

    Caviar time , quel bon dessert !!!

  2. Shrek

    Merci BS et Môssier Beugnot pour cette triple interview qui donne des infos, qui analyse et qui est mille fois plus appréciables que des brèves mal traduites et mal ficelées…

  3. Djigga

    PARFAIT !!!!

  4. roox

    Je crois terriblement en ce groupe.

    Toutefois, je vois 2 menaces possibles :

    1. L'EDF a la meilleure attaque de la compétition et c'est inattendu. J'espère que cela ne va pas pousser les joueurs vers trop de facilité.

    2. La 2ème menace est la conséquence de la 1ère : considérer que la défense est devenue accessoire.

    Or, c'est cette défense qui leur permet de scorer autant, et leur faculté à jouer vite devant.

    L'enjeu va donc être à mon sens la capacité à maintenir le niveau défensif le plus constant sur la durée du match et ce, particulièrement sur les shooters à 3 pts qu'on va rencontrer (cf difficultés contre la Lettonie ou la Serbie).

    Car à l'intérieur, on a des joueurs qui ont de grosses envies défensives.

  5. number4

    Bon ben il vous reste plus qu'à l'embaucher à plein temps

  6. Bruno

    Merci Merci Merci !!!