Présentation Bundesliga (Allemagne) : Fast and Furious

Coup de projecteur sur la Bundesliga. Le championnat allemand monte en puissance et entend bien se faire une place parmi les grands d’Europe.

audi-dome-large-bayernBEST KEPT SECRET

White, Burrell, Rice, Bell, Bryant, Peacock, Gavel, Brooks, Taylor, Redding… Non, il ne s’agit pas de la liste des joueurs appelés par David Stern lors de la récente draft NBA, mais des dix meilleurs marqueurs de la dernière saison de Bundesliga, le championnat allemand de basket. Tous de nationalité américaine, ces obsédés du panier évoluent dans un certain anonymat. Il faut dire que le championnat allemand a longtemps été considéré comme une ligue de seconde zone. Un terrain de jeu idéal pour permettre aux américains débarquant en Europe de se familiariser au jeu FIBA. Au-delà des frontières germaniques qui serait en mesure d’évoquer David Bell, le meneur-scoreur du Phoenix Hagen ? Quelques supporters de Reims peut-être, qui l’auraient vu planter 22 points de moyenne lors des 9 matchs qu’il disputa sous les couleurs du Reims Champagne Basket lors de la saison 2007-2008. Et Bryant ? Non, non, pas Kobe… mais John ! Le Californien, MVP des deux dernières saisons de BBL, fera son apparition sur les parquets d’Euroligue l’an prochain. L’occasion pour la nouvelle recrue du Bayern Munich de rappeler aux sceptiques qu’il avait fini sur les talons d’un certain Blake Griffin pour le titre de meilleur rebondeur NCAA lors de son année senior à Santa Clara (14,2 prises par match contre 14,4 pour Griffin). Elles ont beau ne pas être très connues sur la scène européenne, les gâchettes du championnat allemand sont à prendre très au sérieux. D’ailleurs, qui connaissait Bobby Brown il y a un an ? Qui se doutait qu’au sortir d’une saison maîtrisée à Oldenburg, le meneur américain éclipserait totalement Bo McCalebb dans le cœur des tifosi toscans ?

L’EFFET BAYERN

« C’est certainement l’un des projets les plus intéressants qu’il y ait eu en Europe au cours des dix dernières années, et nous espérons que ça va booster la compétition. »

Voilà la réponse en 2011 de Thomas Stoll, manager d’Ulm, lorsqu’on lui demandait de commenter la promotion du Bayern Munich en BBL. C’est peu dire que l’arrivée de l’ogre bavarois dans l’élite a agi comme un catalyseur pour les équipes habituées à jouer le haut de tableau. En accueillant une cylindrée du calibre du Bayern, la Ligue a mis la main sur la locomotive qui lui faisait défaut, aussi bien du point de vue économique que sportif. Uli Hoeness, président du club, est à la manœuvre depuis 2008 avec pour objectif affiché de retrouver la gloire passée (2 titres de champion dans les années 50 et une coupe d’Allemagne à la fin des années 60). Pour parvenir à ses fins, il a nommé en 2010 Dirk Bauermann (9 titres de champion d’Allemagne en tant que coach) à la tête de l’équipe et recruté les joueurs qu’il fallait pour permettre au Bayern de franchir les paliers les uns après les autres (Steffen Hamann, Demond Greene, Darius Hall, Jan Jagla…). Comme à Munich on ne fait pas les choses à moitié, le club a emménagé à l’Audi Dome, une salle ultra moderne de 6.700 places.

En 2012, voyant que le discours de Bauermann ne passait plus auprès des joueurs, le bon Uli l’a remplacé par Svetislav Pesic. Un très grand nom du coaching. Même s’il a échoué en mai dernier aux portes de la finale contre le futur champion Brose Baskets, le Bayern a obtenu une wild card des mains de Jordi Bertomeu pour la prochaine édition de l’Euroligue. Le recrutement estival témoigne de l’ambition et du savoir-faire des Bavarois : acheter ce qui se fait de mieux au niveau national. Quatre ex-joueurs de l’Alba Berlin évolueront ainsi du côté de l’Olympiahalle (12.200 sièges) : Deon Thompson, Heiko Schaffartzik, Nihad Djedovic et Yassin Idbihi. Pour sa ligne arrière, Munich a signé Bryce Taylor (Artland Dragons) et Lucca Staiger (Ludwigsburg), tandis que John Bryant jouera pivot. Cerise sur le gâteau : l’arrivée de Malcolm Delaney en provenance de Kiev. Pesic a par ailleurs été prolongé pour deux saisons supplémentaires.

VIVE L’EUROPE !

Sur le front intérieur, le Bayern devra lutter avec ses concurrents habituels : Brose Baskets, Ratiopharm Ulm, EWE Oldenburg, l’Alba Berlin, et même les Artland Dragons. La compétition semble ouverte même si avec son recrutement trois étoiles le Bayern semble d’ores et déjà avoir remporté la course à l’armement. Mais Brose Baskets ne semble pas prêt à passer les armes, en témoignent les arrivées dans les rangs du champion en titre de Zack Wright et Novica Velickovic. A une plus grande échelle, la saison de BBL qui commence s’annonce comme un tournant : de bons résultats des clubs allemands engagés en Euroligue (Brose Baskets et Bayern Munich) scelleraient définitivement la montée en puissance du championnat teuton dans la hiérarchie européenne. En bref, il n’y a plus qu’une marche à franchir pour que la BBL monte officiellement sur le podium des ligues européennes. A priori briller en Europe est dans les cordes de nos voisins d’outre-Rhin. Et ce n’est pas Angela Merkel qui dira le contraire. En 2010, Göttingen (alors en BBL et depuis descendu en seconde division) remportait la finale de l’Euro Challenge. Bamberg enregistrait des victoires de prestige contre le Pana et Malaga lors de l’édition 2011-2012 de l’Euroligue, tandis qu’en 2013 l’Alba Berlin se qualifiait pour le Top 16 de l’Euroligue.

LA RÉVOLUTION EST EN MARCHE

Le temps de jeu moyen des joueurs allemands est passé de 17% en 2006 à 31% la saison dernière grâce à l’introduction d’un quota « allemand ». Depuis le début de la saison 2012-2013, chaque roster doit inclure au moins 6 joueurs allemands, alors que ce quota n’était que de 2 joueurs en 2006. Les équipes ayant confié le plus de responsabilités aux joueurs allemands lors de la dernière cuvée sont les LTi Gieβen 46ers (37% de temps de jeu pour les allemands – l’équipe a fini dernière du championnat, oups), Ulm demi-finaliste des derniers Play Offs (37%), les Phantom Braunschweig (35% – 14ème en saison régulière) et le Bayer Munich (35% de temps de jeu pour Hamann et ses compatriotes) éliminé en demi-finale. L’introduction de ce quota et les temps de jeu conséquents des joueurs allemands (même au sein des clubs jouant les premiers rôles) témoignent de la volonté conjointe de la Ligue et des dirigeants de clubs de donner des responsabilités aux joueurs locaux et va favoriser à moyen terme l’éclosion au plus haut niveau d’une nouvelle génération très aguerrie, avec en ligne de mire l’objectif de placer l’Allemagne parmi les meilleures nations lors des compétitions internationales. A suivre…

Par Jonathan Michaut

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Comments

Commentaires (3)

  1. John

    Merci pour ce bel article qui met enfin en lumière la montée en puissance du championnat allemand. La ligue s’est calquée sur le football allemand: construction de salles modernes, priorité au jeu offensif, un lien social s’est tissé via FACEBOOK et Twitter donc l’interactivite est permanente. D’ailleurs quand on voit le site minable de la LNB comparée à la BBL… On prend de plus en plus de retard sur eux sur quasiment tous les sports collectifs. En Allemagne, la culture du sport est bien plus importante qu’en France, la preuve le taux de remplissage dépasse les 85%…