Carnet de bord : la France au tapis, l’Espagne impressionnante

Thomas Drouot était aux premières loges pour assister à la dure défaite des Français en demie-finale.

Tout au long de l’Euro U20, Thomas Drouot (Paris-Levallois), coach espoir de l’année présent sur place à Bilbao, vous propose ses résumés de matches mais également ses analyses et ses coups de cœur, et livre son regard d’insider sur la compétition.

Match de classement 5ème à 8ème place : Allemagne/Monténégro

L’Allemagne remporte ce match sans suspens 80 à 61, nous allons vous présenter les deux joueurs allemands et les deux joueurs monténégrins qui nous semblent les plus intéressants.

Côté monténégrin, le leader de l’équipe est Bojan Dubljevic. Il tourne à 22 points sur le tournoi. Le jeu monténégrin est basé sur lui avec une recherche importante du jeu intérieur. Les relations intérieur-intérieur de cette équipe sont très efficaces. Dubljevic maîtrise le démarquage intérieur aussi bien au cœur de la raquette que poste bas. De plus, ses mains en or lui permettent de ressortir des ballons très propres pour ses extérieurs. Il est avant tout performant en poste 5, il a un jeu dos au panier très efficace et est capable de finir main droite et main gauche. Cependant, il paraît capable de jouer poste 4. Il possède un shoot fiable à 5 ou 6 mètres et il peut partir en dribble sans problème.

Autre joueur monténégrin, le meneur Nikola Ivanovic. Il est né en 1994, ce qui en fait le joueur le plus jeune du tournoi. L’été dernier, il participait à l’euro moins de 16 qu’il a dominé avec 23 points, 5,5 rebonds et 5 passes de moyenne. Au cour de cet Euro, il est le premier meneur et le deuxième scoreur de cette équipe monténégrine avec 9,4 points.

Son jeu nous fait penser à celui de Namanja Nedovic, le meneur serbe. Il est fort sur le drive, capable de finir au contact des joueurs intérieur. Son shoot reste encore à travailler.

Côté allemand, le poste 5 Daniel Theis a montré de très belles choses. Doté de qualités athlétiques largement au dessus de la moyenne, il a eu une grosse présence au rebond (8,6 rebonds de moyenne) et termine fréquemment des contre attaques. Offensivement, il possède un tir fiable à 5 mètres et un tir crochet main droite efficace (12,8 points de moyenne). Il manque encore d’automatisme sur ses mouvements intérieurs. Ce jeune joueur (né en 1992) a très peu d’année de basket derrière lui, et doit encore s’étoffer physiquement.

Autre joueur allemand, le shooteur Mathis Mönninghoff. Cet ailier de 1,99 m s’est mis en valeur grâce à une belle adresse à 3 points (43,5% sur un gros volume de tirs). Il possède également des qualités de vitesse intéressantes. Le joueur de Gonzaga est le deuxième marqueur de cette équipe allemande avec 10,6 par match.

Match de classement 5ème à 8ème place : Lettonie/Turquie

Les Turcs remportent ce match grâce à une grosse réussite dans le dernier quart. Pourtant, pendant les trois premiers quarts, c’est l’équipe lettone qui nous a le plus séduit. Sans véritable hiérarchie, cette équipe a montré un très bon état d’esprit et une grosse combativité.

Cette équipe propose un jeu très agréable. Il s’appuie tout d’abord sur un jeu de transition efficace avec des intérieurs comme Mareks Mejeris qui possèdent de vraies qualités de course. Leur jeu de passe est très efficace, les Lettons utilisent toujours une ou deux passes de transfert entre deux fixations ce qui donne un jeu très aéré.

Sur jeu placé, ils recherchent beaucoup les intérieurs poste bas grâce à des écrans « petit grand » ligne de fond. Fréquemment, les postes 5 cherchent à recevoir la balle short corner et font face au panier afin de tirer ou de renverser le jeu. Les intérieurs lettons étant plus petits, ils jouent très rarement dos au panier.

Autre situation souvent utilisée, un double écran tête de raquette. Le meneur choisit un côté et le poste 5 roule dans la raquette pendant que le poste 4 s’écarte. Le plus souvent, le poste 4 reçoit la balle tête de raquette et renverse ou drive.

Les Lettons utilisent aussi des situations d’écrans non porteurs, ils arrivent à enchainer avec beaucoup de rythme ce qui leur permet d’avoir une bonne circulation de balle et de créer des espaces.

Par contre, ils ont été en difficulté sur l’attaque de la zone 1-3-1 proposée par les Turcs dans le dernier quart. Cette défaite peut aussi être expliquée par une baisse physique suite au gros match d’hier. De plus, l’énorme passage de Hüseyin Köksal avec 14 de ses 25 points dans ce quart.

1ère demi : France/Italie

Bon début de match des français, avec un 12 à 6 au bout de 5 minutes. Mael Lebrun, Wilfried Yeguete, Evan Fournier et Léo Westermann ont marqué côté français contre Nicolo Melli et Andrea De Nicolao côté italien. Mais Lebrun, qui a bien tenu Alessandro Gentile, a déjà deux fautes et a laissé sa place à Axel Toupane. Les Italiens passent alors un 7 à 0 aux Français avec le premier panier du match de Gentile. Westermann auteur d’un bon premier quart répond à 3 points ce qui permet à la France de rester devant (20 à 18) jusqu’à une minute de la fin de ce premier quart. Cette dernière minute sera italienne avec un 5 à 0, 1 lancer de Gentile, un panier à 2 points de Riccardo Moraschini et un panier au buzzer de Andrea Traini clôtureront ce 1er quart. La France n’est pas dans ses standards offensifs mais c’est avant tout dû à une grosse réussite italienne. Les Français ont réussi à contenir Gentile (3 points) mais cela a libéré des espaces pour les autres. Côté offensif, bon premier quart avec du rythme et une bonne présence au rebond offensif.

Au cours du deuxième quart l’avantage reste toujours aux Italiens avec un écart qui varie de 4 à 8 points. Côté français, Fournier se met en avant avec 8 points (13 à la mi-temps). Gentile commence à monter en régime avec 5 points au cours de ce quart mais aussi 2 belles passes décisives, il est bien aidé par Achille Polonara (6 points). Les français sont en difficulté défensivement avec 42 points encaissés à la mi-temps, ceci à cause d’une grosse adresse des italiens (65% à 2 points et 50% à 3 points) et d’une certaine naïveté (2 fautes sur des tirs à 3 points qui donnent 6 points aux italiens). Un bon Fournier et un Yeguette en réussite (7 points) permettent aux Français de rester à 5 longueurs.

Dès le début de ce troisième quart la France refait son retard 42 partout au bout de 2 minutes de jeu. La France passe même devant grâce à un dunk de Lebrun (50 à 48). Dans la suite de ce quart, les deux équipes se rendent coup pour coup avec un écart maximum de 3 points pour les Italiens et 5 changements de leader. Le quart se termine par un panier d’Andrea De Nicolao qui donne l’avantage à l’Italie 57à 56 et qui provoque en prime la quatrième faute de Westermann. Lebrun qui réalise une belle prestation (4 points dans ce quart) étant aussi à 4 fautes, la France a du mal. Gentile inscrit 5 points dans ce quart et Polonara 6. Côté français la marque est bien repartie.

Le quatrième quart commence idéalement avec une bonne défense de Henri Kahudi sur Gentile et un beau drive à gauche de Joffrey Lauvergne qui inscrit 2 points et redonne l’avantage à la France 58 à 57. C’est le moment choisi par Gentile pour prendre les choses en main avec 5 points de suite. Avec le panier à 3 points de De Nicolao, l’Italie passe un 8 à 0 aux Français. La France se met à déjouer, la balle circule mal et on compte uniquement sur des exploits individuels. Fournier et Westermann prennent leurs responsabilités mais avec peu de réussite. De l’autre côté De Nicolao est intenable et Moraschini inscrit un tir à 2 points au buzzer d’une possession qui fait très mal. Les Italiens prennent alors 9 points d’avance à 2 minutes de la fin. Les 7 points de Gentile au cours de ce quart et la bonne défense italienne ont eu raison des français (66-77).

Les Italiens ont réalisé un match plein avec de la réussite aux tirs et une défense par moment très performante. Même Gentile s’est investi dans ce domaine. Il aurait fallu un gros match de l’équipe de France pour venir à bout de ces Italiens mais avec 37,9% de réussite aux tirs (contre 49,1% pour l’Italie) la mission était impossible. Et pourtant les Français ont été vaillants avec notamment 19 rebonds offensifs.

Il est important que la troupe de Jean-Aymé Toupane se remobilise afin de décrocher la médaille de bronze aujourd’hui.

2ème demi : Espagne/Russie

L’adversaire de l’Italie en finale sera l’Espagne. Les Russes auront tenu une mi-temps. Le score était de 37 partout au bout de 18 minutes de jeu et de 44 à 39 pour l’Espagne à la mi-temps. Les espagnols se sont appuyés sur un Nikola Mirotic impressionnant auteur de 19 points dont de nombreux paniers sur jeu dos au panier et sur Joan Sastre auteur de 11 points. Les Russes ont bien résisté grâce à une marque bien répartie avec 6 joueurs à 5 points ou plus et une grosse adresse à 3 points dans le deuxième quart (4 paniers dont 2 de Ruslan Tumanov).

Pendant la deuxième mi-temps, Mirotic et Sastre continuent leur démonstration. Mirotic nous présente un colloque sur le jeu dos au panier, il finira à 37 points dont 15/20 à 2 points et Sastre nous démontre ses qualités de shooteur (4/7 à 3 points) mais aussi de driveur, il terminera la rencontre à 23 points. Ce duo marque au final autant que toute l’équipe russe réunie. En effet, les russes n’inscrivent que 21 points en deuxième mi-temps, une adresse à 3 points perdue (0 panier à 3 points inscrits) et un jeu brouillon (19 balles perdus au total). Seul Pavel Antipov grâce à 5 points dans le dernier quart atteint les 10 points inscrits.

Cette équipe espagnole possède deux joueurs exceptionnels qui ont tous les deux étés en réussite ce soir. Leurs coéquipiers l’ont bien compris et ont tout fait pour les mettre en valeur.

L’Espagne et l’Italie se sont déjà rencontrées dans ce championnat avec une victoire de 4 points des espagnols, mais demain cela sera un autre match avec une grosse pression sur l’Espagne devant un public de plus en plus nombreux.

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Comments

Commentaires (23)

  1. barbara

    toujours ce problème de réussite. à niveau quasi-égal ça fait la différence. mais cette équipe a vraiment les moyens de décrocher une médaille de bronze

  2. el gaucho

    Face à la Russie on peut l'espérer quoique…

    C'est vraiment dommage pour hier… Mais très beau parcours quand même…

  3. OscarAbine

    Ouais, mais ce qui est globalement préoccupant, c'est que cette équipe, comme les U19 feminines ou les U18 garçons présente exactement les mêmes caractéristiques : grosse défense athlétique mais qui peut être rapidement sanctionnée par les fautes et, face à un joueur d'exception, ne suffit plus ; grosse présence aux rebonds ; pas mal de pertes de balle ; et, surtout, un manque d'adresse, à 2 comme à 3 points, effarant. Ca passe face à des équipes pas vraiment meilleures, mais dès que le niveau en face est plus important, ça coince. C'est exactement comme ça que les U18 ont perdu contre les espagnols (quant aux françaises, elles sont simplement tombées sur des australiennes beaucoup plus fortes qu'elles).

    Va vraiment falloir voir à faire quelque chose au niveau de l'adresse. Et varier les schémas de jeu : Fournier 22 shoots, Westermann 15 tirs, c'est du grand n'importe quoi. C'est pas "prendre ses responsabilités", c'est surtout oublier tout jeu collectif. Et surtout c'est totalement improductif quand tu rentres même pas un tir sur trois…

  4. el gaucho

    Un illuminati chantait récemment le génie de Toupane, il a pas été flagrant hier soir.

    Mais faut voir le côté positif des choses, on était tenant du titre, on peut ramener le bronze…

    Je remarque par ailleurs que chez les Espagnols, Mirotic, Sastre, Franch, Simeon sont des habitués de l'ACB… En France, à part Fournier et Westermann(et encore)…

  5. Patrick

    On a vu une équipe de basket d' un côté et des champions d' athlétisme de l' autre.

    Aucun jeu collectif, une non connaissance absolu du pick dans le basket français que ce soit en attaque ou en défense.

    Quasiment aucune remontée de balle rapide; pour aider la défense adverse sans doute, etc.

    Victoire totalement méritée pour l' Italie.

    Pourquoi n' y a-t-il pas de cerveaux dans le basket français? On pourrait peut-être embaucher un entraineur espagnol?

  6. Alamo

    Quelle bêtise le commentaire de Patrick mais tellement répandu en France, ça fait gerber.

    Opposer athlétique à cerveau, continuez dans ce sens, c'est oublier comment jouent les USA, comment joue la lithuanie et la Russie dans une certaine mesure et même la Grèce parfois.

    Mais bon, que la bêtise prospère, on ne lui en voudra pas.

  7. OscarAbine

    Faut se calmer, là !

    L'équipe de "bourrins", elle finit quand même troisième de l'Euro U20 ! Pas mal pour des mecs qui "savent pas jouer au basket" et des entraîneurs "nuls"…

    Et faut arrêter avec les "athlétiques" contre "intellectuels" (surtout quand en sous-titre, ça donne "noirs" contre "blancs"…).

    Westermann "athlétique", c'est pas vraiment le premier qualificatif qui me vient à l'esprit. En revanche, bon joueur, oui, et du reste deuxième meilleur joueur français de cet U20.

    Après, oui, on manque sérieusement d'adresse. Et peut-être de collectif.

    Mais bon. Patrick, l'Espagne, t'enlève le phénomène Mirotic, tu crois qu'ils vont loin, même avec leurs entraîneurs ?

    Soldi : je vois pas le rapport entre Toupane joueur et Toupane entraîneur. Je sais pas ce que tu as contre lui mais ça en devient ridicule. Et le joueur de 2,22m qui n'a pas été sélectionné, il s'appelle POURCHOT, Cédric Ferchaud, c'est un poste 2 qui doit pas dépasser le 1,90m et qui a plus de 30 ans… Quant à dire qu'il aurait pu amener quelque chose, quand on voit qu'un Lauvergne habitué à la ProA a ramé, on se demande vraiment ce qu'aurait pu amener un très frêle Pourchot qui joue généralement en N1…

  8. SOLDI

    MEA CULPA ,pour mon erreur avec ferchaud,mais par moment tu as tendance a melanger les choses.j ai rien contre toupane ,mais l ayant connu joueur ,il n a jamais ete connu pour etre stratege ou tactique ,et a fortiori comme coach c est pareil(d ou le lien toupane joueur).Apres si lauvergne ,fournier n ont pas eu leur rendement habituel,ils ont peut etre ete mals utilises.toi qui est stats ,regardes les perfs des equipes espagnoles et tu me confirmeras ,que sur les 20 dernieres annees ,on peut prendre de la graine sur leur facon de jouer ,de coacher et de former,et ont tendance a privilegier le jeu d equipe .

    Je suis pret a parier ce que tu veux que notre edf A ,sera pas en demi finale des CE et qu encore une fois les espagnoles y seront .je n ai pas dit athletique contre intellectuels ,j ai evoque l esprit tactique,ou QI basket;A l insep ils devraient par moment privilegier de vrais joueurs moins physiques ,mais voulant faire jouer les autres avec le sens du basket .les ricains ont les 2 mais pas nous.

    CCL le bronze c est respectable ,quand meme mais c est dommage

  9. docomicro

    C'est vrai qu'avec cette génération on pouvais éspérer mieux. Mais on peut pas encenser Toupane pour son travail de l'année derniére et le descendre cette année.Honnètement le titre de l'année dernière tiens plus du miracle que d'autre chose. On ne peut le rendre responsable de la maladresse des joueurs.

    C'est vrai aussi que l'on peut fair eun paralélé avec le football oû on constate un deficite technique évidant de nos joueurs.

    INSEP jouer en national 1 c'est toujours mieux que de cirer le bancs de la PRO A. Et a voir les resultat des jeunes des 10 dernières annèes on peut les remercier du bon travail éffectuer.

    Pour conclure on devrait se rejouir de cette médaille et acheté des mouchoirs au monténégrains ( Mirotic aurait du jouer avec leux ) car c'est eux qui auraient du étre champion d'europe.

  10. Alamo

    @Soldi

    Je suis désolé mais la description faite par Patrick allait plus loin que celle que QI Basket.

    Mais je ne vais pas rentrer dans cette discussion stérile.

    Aujourd'hui on a une équipe qui finit 3e avec un style pas très rapide, pas très athlétique. L'utilisation en un contre un ou en flet de Fournier va à l'encontre de la plupart des remarques.

    Enfin la comparaison ultime avec l'Espagne, la Serbie etc…ne prend en compte, pour l'Espagne, que de l'histoire récente avec une génération géniale, mais qui n'a pas de successeur.

    L'équipe A entre en place et qui oserait dire que Diaw n'a pas de QI Basket? Batum n'a pas de QI Basket? De Colo n'a pas de QI Basket? Gélabale n'a pas de QI Basket?

    Et la liste continue. On ne peut pas résumer l'échec des équipes de france à une seule opposition entre athlétisme et QI. Cela fait partie d'une tradition, d'une culture de jeu. Beugnot, Monclar, Bilba pour moi ils jouent de la même façon: dur, physique et intelligent.

    Le déficit de shooteur de très grand niveau (désolé pour ferchaud &co) provient plus du fait que le style de jeu pratiqué en france laisse très peu de place à l'ingénierie d'angles ou de création d'espaces pour ces derniers. Sinon on tombe dans la caricature de créer des systèmes rien que pour les shooteurs.

    Enfin, bref…

  11. basketteurs

    Axel Toupane ( fils ?) alors je comprends mieux le pere il préparait l'an prochain pour la belle team de son fiston