Carnet de bord : La France déroule, le phénomène Nedovic

Thomas Drouot, revient sur la large victoire des Français face à la Russie et sur la pépite serbe Nemanja Nedovic.

Tout au long de l’Euro U20, Thomas Drouot (Paris-Levallois), coach espoir de l’année présent sur place à Bilbao, vous propose ses résumés de matches mais également ses analyses et ses coups de cœur, et livre son regard d’insider sur la compétition.

1ER MATCH : Croatie/Serbie, match de classement 13ème à 16ème place

Dans ce mini championnat à 4, la Serbie a fait un grand pas vers le maintien en groupe A avec sa victoire sur le fil face à la Croatie 80 à 79. Dans ce match serré, les meneurs de jeu ont eu un rôle primordial. Focus sur ce poste de jeu dans ces deux sélections.

Côté serbe, les choses sont claires, il y a le premier meneur Nemanja Nedovic et son remplaçant Niksa Nikolic. Celui-ci ne rentre en jeu que pour de très courtes périodes afin de faire souffler le titulaire, il a joué 4 minutes en première mi-temps et 30 secondes en deuxième. Il faut dire que le titulaire du poste est un client : il est le leader de cette équipe serbe. Ce meneur de 1m96 possède une grande maîtrise des fondamentaux. Il peut tout faire : tirer à 3 points (8 /20 depuis le début du tournoi), tirer à 2 points après dribble et finir proche du cercle grâce à de grosses qualités athlétiques. Il termine cette rencontre contre la Croatie avec 27 points à 11/18, 7 passes et 3 rebonds. Il a eu à gérer toutes les fins de possession de son équipe et a naturellement eu la balle de match entre les mains. Son important temps de jeu fait qu’il se gère en défense où il pourrait mieux utiliser ses qualités de vitesse et de puissance.

Côté croate, l’entraîneur a à sa disposition deux meneurs aux profils très différents. Le temps de jeu est partagé entre ces deux joueurs et le titulaire du poste n’est pas toujours le même. D’un côté Ivan Mikulic qui est un meneur gestionnaire, très bon passeur (6 passes) notamment sur les lectures sur pick n’roll, qui sait également prendre ses responsabilités (11 points) quand son équipe a besoin. De l’autre, Roko Rogic qui est un « joueur à risques ». Rogic est très souvent décisif soit en prenant lui même le tir (efficace sur le tir à 3 points et le tir drop) soit en faisant une passe décisive. Lors de cette fin de match serrée le coach croate a fait confiance à Rogic. Celui-ci inscrit le panier pour passer à +2 à 1 minutes 30 de la fin sur un tir drop. Il perd ensuite une balle importante qui permet à la Serbie d’égaliser. A 12 secondes de la fin, il délivre une magnifique passe à Domagoj Bubalo ce qui permet à la Croatie de reprendre l’avantage de 2 points. Malheureusement pour lui, il commet une faute sur Nedovic qui marque à 4 secondes de la fin. Cela lui permet de donner la victoire à son équipe en convertissant son lancer franc.

2EME MATCH : Allemagne/Turquie, match de la poule F

Victoire sans difficulté des Turcs 71 à 49. Pourtant, les deux équipes ont joué jusqu’au bout afin de bénéficier du meilleur point-average en prévision d’une égalité à 3. La principale explication à cette large victoire est la domination physique des Turcs. Les statistiques aux rebonds illustrent cette domination. 56 rebonds à 26 pour les turcs. Les Turcs ont pris 28 rebonds offensifs alors que les Allemands seulement 17 rebonds défensifs. Chiffre encore plus parlant, le pivot turc Furkan Aldemir a pris à lui tout seul 1 rebond de moins que toute l’équipe allemande avec 15 rebonds offensifs et 10 rebonds défensifs.

Trois joueurs turcs ont illustré cette domination physique :

– Furkan Aldemir (2m07) avec ses 25 rebonds et 17 points. Son pourcentage à 2 points (5/13) n’est pas bon pour un joueur intérieur mais à plusieurs reprises, il prenait lui même son rebond offensif avant de marquer. Ses 5 paniers ont d’ailleurs été marqués après rebond offensif. Il a marqué le reste de ses points sur lancers francs. De plus sa défense sur les intérieurs allemands a été très performante.

– l’ailier Hüseyin Köksal a dominé ses adversaires directs. Il a lui aussi réalisé un double-double avec 15 points et 12 rebonds dont 5 offensifs. Köksal était beaucoup plus costaud que ses adversaires, il a montré une activité défensive impressionnante tant sur l’homme que dans les aides. Il a inscrit la plupart de ses paniers sur pénétration en étant très efficace dans les finitions au contact des joueurs intérieurs allemands. Joueur très complet, il a aussi donné un coup de main sur la montée de balle lorsque son équipe en avait besoin.

– le poste 4 Sertac Sanli (2m12) a lui aussi pesé sur ce match même si les chiffres sont moins parlants (7 points, 5 rebonds et 2 contres) à cause d’un temps de jeu limité par les fautes. Sa taille a gêné les allemands comme le montre ses 2 contres. Offensivement, il préfère évoluer en périphérie où son adresse extérieure est un vrai danger.

Quand on pense que le coach turc peut encore compter sur Dogukan Sonmez (206) et Ugur Aksoy (205) qu’il n’a pas utilisé…

3EME MATCH: Grèce/Ukraine, match de la poule F

Ce match arbitré par Régis Bardera, représentant français sur cet Euro n’avait plus d’enjeu. A cause de la victoire de 22 points des Turcs sur les Allemands, la Grèce était éliminée de la course aux quarts de finale. Ce match nous a tout de même permis d’observer deux équipes aux styles très différents.

D’un côté les Ukrainiens, qui ont développé un jeu rapide très efficace notamment grâce aux courses pleines axes de leur poste 4 V’Yacheslav Bobrov qui terminera la rencontre avec 18 points à 8/11 dont 4 dunks sur contre attaque. Les meneurs de jeu ukrainiens ont remonté la balle le plus vite possible afin de trouver des solutions de tirs avant que la défense grecque ne soit en place. Ils ont ainsi trouvé des paniers faciles mais ils ont aussi perdu quelques ballons. Même lorsque le jeu rapide n’était pas possible, ils ont beaucoup joué sur transition afin de ne pas stopper leur circulation de balle ce qui a permis à Andriy Lebedintsev (12 points) et à Oleksandr Lypovyy (10 points) de trouver des couloirs de 1 contre 1.

De l’autre côté, les Grecs ont monté la balle en marchant. Jouant pratiquement à chaque attaque une situation de pick n’roll en essayant de trouver le joueur laissé libre par la défense adverse. Dimitrios Katsivelis s’est montré efficace dans ce domaine avec 22 points et 5 passes. Ils ont aussi eu une recherche importante des « mismatch » soit après changement défensif soit à cause d’un rapport de force inégal entre deux joueurs du même poste. Par exemple, les extérieurs grecs ont essayé à plusieurs reprises de poster Olexandr Mishula (arrière ukrainien très frêle) lorsqu’il était sur le terrain.

Cette opposition de style a donné lieu à un match serré grâce à une belle remontée des Grecs, ils remportent le quatrième quart 31 à 18 et viennent échouer à 6 points des Ukrainiens.

4EME MATCH : France/Russie match de la poule E

L’enjeu est simple, le vainqueur de ce match terminera à la première place du groupe E.

Début idéal des Français avec, comme souvent, une grosse défense mais surtout un jeu offensif efficace. Au bout de 2 minutes la France mène 10 à 3 avec déjà quatre scoreurs différents. Wilfrid Yeguette s’est montré particulièrement actif au cours de ce premier quart avec 2 points, 2 passes, 1 rebond et 1 faute offensive provoquée ainsi qu’une activité défensive impressionnante. Les premières rotations de Toupane n’ont pas fait baisser de niveau l’équipe de France qui termine ce quart par un dunk de Rudy Gobert sur l’avantage de 21 à 12. A noter que les Russes ont scoré exclusivement sur des tirs extérieurs et que les Français les ont poussé à plusieurs reprises au bout des 24 secondes.

Lors du deuxième quart, la défense agressive des Français sur pick n’roll a considérablement gêné les Russes qui ne pourront inscrire que 9 points en 10 minutes. De l’autre côté, nous avons eu le droit à un récital d’Evan Fournier avec des finitions acrobatiques proches du cercle et des tirs à 2 points après dribble. Il terminera cette mi-temps avec 17 points à 7/8 aux tirs. Il a été le finisseur d’un gros travail collectif des Français qui ont joué au cours de cette première mi-temps avec beaucoup de rythme, ce qui a permis la création d’espace pour des pénétrations. Ce deuxième quart se termine sur un beau tir à 3 points de Léo Westermann sanctionnant ainsi la défense russe ayant pris l’option de passer sous les pick n’roll. La France mène alors 38 à 21 et vient de réaliser une grosse première mi-temps.

Le troisième quart est plus équilibré avec le réveil de Pavel Antipov et de Ruslan Tumanov qui inscrivent 7 points chacun au cours de ce quart. Côté Français, Joffrey Lauvergne inscrit 6 points de suite pour la France grâce à d’efficaces mouvements intérieurs, le reste de la marque est bien reparti. Ce quart temps s’achève sur un tir drop de Westermann qui permet à la France de mener 58 à 40.

Dans le quatrième quart, les tricolores se relâchent. Ils retombent dans leurs travers en perdant leur rythme offensif. Fournier et Gobert alimentent la marque française puis Toupane profite de l’écart pour faire tourner son effectif. Le score de ce quart est de 12 à 17 et permet à la France de remporter ce match sans frayeur 70 à 57.

Pas de match demain, la France a maintenant rendez-vous pour les quarts de finale face à l’Allemagne vendredi à 14H.

Par Thomas Drouot

Retrouvez les récaps de la première journée et de la seconde journée.

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Comments

Commentaires (10)

  1. Niko

    Nice !

  2. el gaucho

    L'Allemagne, ça doit le faire…

    On a vraiment une belle équipe dans un Championnat qui ne manque pas de talents…

  3. OscarAbine

    Intéressant !

    Juste un truc : on dit "tear drop"…

  4. Gilou

    Par contre cela confirme que Ibaka à du soucis à se faire pour son avenir en équipe d'Espagne… Mirotic est vraiment un joueur extraordinaire !

  5. Testo

    La turquie a encore un bel avenir sur les postes intérieurs. Ils sont déja plutôt très fort avec Erden, Asik et autres Savas, et on peut voir que la relève est assurée avec Kanter et les autres. Ils feront encore mal dans l'avenir.

    Que ce soit chez les jeunes ou les vieux, la France batit vraiment son jeu autour d'une défense de fer. Ils sont vraiment les plus forts dans ce domaine. Dommage que l'attaque ne suive pas toujours (je parle pour l'équipe A bien sûr).

  6. syra

    Nedovic je l'avais vu au tournoi Nike organisé pendant le Final Four. J'ai pris une claque, le mec il fait absolument TOUT. Il a un drive de dingue et techniquement c'est ouf.

    Bon il flemmardait un peu en defense mais c'est une pepite !

  7. Soleilnevant

    Nedovic c'est un monstre, un physique hors normes, un jump de fou, un vrai joueur typé US quoi ! Un Derrick Rose, super baraqué, qui pénètre tout le temps ! En plus il a un super shoot, un super drive et une super vision de jeu. Je suis sous le charme.