Charles Kahudi, l’homme de l’ombre

Peu utilisé par Vincent Collet, Charles Kahudi a pourtant un vrai rôle en équipe de France. Découverte d’un joueur de devoir et de son quotidien avec les Bleus.

Kahudi

« J’suis l’un de ces hommes de l’ombre cachés dans les coins sombres, coincés hors des lieux sobres. » Discret, calme, réservé au premier abord, Charles Kahudi est un homme de l’ombre. Le natif de Kinshasa n’a passé que 41 minutes sur le parquet depuis le début de la Coupe du Monde en Espagne, soit un temps de jeu moyen de 8 minutes par rencontre. Ses statistiques ? 2,6 points et 1,4 rebond. Un homme de l’ombre. Un homme du banc. Il n’est pas le premier que l’on remarque. Il n’a pas la cote de popularité d’un Tony Parker, d’un Boris Diaw ou d’un Nicolas Batum. Oui mais voilà, l’équipe de France, il la côtoie depuis 2010. Il était déjà du voyage Lituanie lorsque les Bleus ont décroché une médaille d’Argent à l’Eurobasket. Il est l’un des douze membres de l’équipe historique sacrée championne d’Europe en Slovénie l’an passé. Il est l’un des meilleurs joueurs du pays. Coupé par Vincent Collet en préparation puis rappelé suite à la fracture à la main de Nando De Colo, Kahudi est bien là. Il doit d’abord sa sélection à ses qualités défensives, lui qui est l’un des meilleurs stoppeurs du championnat de France.

"Le mental est plus important que le physique"

« C’est mon identité première en équipe de France. Je suis forcément attendu là-dessus. Le coach avait fait un choix différent de celui des années précédentes en prenant une option offensive (Evan Fournier et Edwin Jackson – NDLR). Je savais très bien que mon rôle pourrait être réduit du fait que l’on pouvait pratiquer un style de jeu un peu différent. Au final, on joue sensiblement sur les mêmes bases. Je ne me prends pas la tête sur mon apport. J’essaye de donner le maximum. Si jamais un soir je peux marquer, je le ferais, et si je ne marque pas et que je ne joue pas tant pis du moment que l’on gagne. C’est le plus important. »

Un homme au service de l’équipe. Il est plus facile d’idolâtrer les meilleurs marqueurs. Il est plus facile de mettre en avant les performances des plus grandes stars. Le sale boulot, les tâches défensives, les écrans, les faits et gestes qui ne se lisent pas sur les feuilles de statistiques reviennent aux hommes de l’ombre, aux joueurs de devoir. Mais que sait-on finalement de ces porteurs d’eau ? A-t-on vraiment conscience de leur rôle et des difficultés liées à leur mission ?

« C’est compliqué (d’être remplaçant) parce tu ne sais pas si tu vas jouer. Tu ne sais pas quand tu vas rentrer. Tu peux faire une mi-temps sans jouer et, d’un coup, on te met en jeu. Il faut rester prêt à tout moment. Le mental est plus important que le physique car il faut rester concentré sur 40 minutes. Tu peux rentrer sur deux minutes importantes ou tu peux ne pas rentrer. »

Vis ma vie de remplaçant

Charles Kahudi-BIG-950Derrière notre écran de télévision ou depuis notre tribune de presse, il peut nous être difficile de comprendre la force de caractère requise pour assurer ce rôle. « Rester prêt »… Le terme revient inlassablement dans le discours des sportifs professionnels. Mais concrètement, que signifie-t-il ?

« Selon moi, rester prêt, pour moi, c’est être à bloc et ne pas calculer à partir du moment où je mettrai les pieds sur le terrain. C’est être concentré sur les détails qui font que je peux apporter à l’équipe défensivement et offensivement. Je ne dois pas commencer à cogiter parce que je ne joue pas ou que je ne joue pas bien ou que je n’ai pas de ballon. Ce n’est pas important pour Charles Kahudi, c’est important pour l’équipe de France. »

« Rester prêt » est un processus psychologique. Une préparation personnelle qui réclame une attention de chaque instant.

"Tu peux passer 30 minutes sur le banc et te réveiller d'un coup pour entrer sur le terrain"

« C’est difficile nerveusement car il faut rester concentré. Il faut regarder les détails. Il faut aussi écouter car s’il y a un truc qui s’est passé avant et que tu fais la même connerie dès que tu rentres tu vas prendre cher. C’est vrai que ce n’est pas évident à gérer mais bon c’est un rôle. C’est déjà arrivé que le coach me dise de me tenir prêt parce qu’il aura besoin de moi dans certaines situations. Ce n’est jamais évident de gérer ces moment-là car tu peux passer 30 minutes sur le banc et un coup te réveiller et y aller mais c’est mon quotidien en équipe de France depuis 2010 donc je me suis adapté. »

Être un homme de l’ombre requiert un mental à tout épreuve. Mark Titus, ancien douzième homme des Buckeyes d’Ohio State (finalistes malheureux contre les Gators de Joakim Noah en 2007), a dépeint la vie d’un remplaçant du bout du banc dans un article pour Grantland. L’ancien joueur NCAA expliquait être arrivé au stade où il espérait…ne pas être appelé par son coach. Un avis que ne partage pas Charles Kahudi.

"On veut tous jouer, tu prends plus ton pied sur le terrain que sur le banc."

« La pression est réelle. Mais tu arrives à un point où tu n’as pas de pression à avoir. Quand tu es douzième homme, tu n’as pas de pression à avoir. Il n’y a pas une attente énorme sur tes épaules. On te demande juste de t’éclater sur le temps que tu auras. »

 

« Ce serait difficile de craindre de rentrer sur le terrain. On veut tous jouer. Quand tu es compétiteur et que tu bosses, tu veux montrer que tu bosses et que tu progresses. Tu as envie de jouer les grands matches, les petits matches… peu importe du moment que tu joues. On prend tous notre pied sur le terrain et pas sur le banc. Quand tu es remplaçant, tu prends moins ton pied que les titulaires. Je le sais car je suis titulaire dans mon club. Mais là c’est l’équipe nationale donc peur de jouer non au contraire, envie de jouer. »

de l’ombre à la lumière ?

KahudiCharles Kahudi est remplaçant en équipe de France, certes. Mais il est l’un des hommes clés de son club. Titulaire au Mans, il passait 27 minutes sur le parquet en moyenne la saison dernière (8,7 pts et 4,6 rbds). Il a remporté la Leaders Cup en février dernier. Il plantait même plus de 11 pts de moyenne il y a deux saisons. Il a été convié à trois reprises au All-Star Game de la Pro A. Si on ne le voit pas toujours sur le terrain sous les couleurs de l’équipe de France, il est capable d’avoir un impact sur le jeu à chacune de ses entrées. Ce pourrait être le cas contre l’Espagne, prochain adversaire des Bleus. La France ne partira pas favorite de ce quart de finale face à l’ogre espagnol mené par Pau Gasol et compagnie. Grande favorite de sa Coupe du Monde, La Roja impressionne depuis le début de la compétition mais elle a tout de même des faiblesses.

« Les Espagnols aiment beaucoup courir et jouer en première intention. Il faut essayer de les ralentir, il faut les toucher. Ils n’aiment pas quand on les bouscule. Ils pleurent un peu et l’arbitrage leur est parfois favorable. Il faut leur rentrer dedans et jouer sans complexe car l’on n’a pas à être complexé par rapport à eux. »

« Les bousculer »… qui mieux que Charles Kahudi peut assurer ce rôle ? Ne serait-il pas l’homme idéal pour apporter de la densité physique à la rencontre et éteindre du mieux possible l’une des pépites espagnoles ? A-t-il le profil requis pour cette tâche ?

« Oui c’est exactement ça. Mais tout ne dépend pas de moi. Je dois me tenir prêt mentalement plus que physiquement et si le coach fait appel à moi je donnerais tout ce que j’ai à donner pour ne pas avoir de regrets, en espérant que ça tombe dans le bon sens. »

Ses coéquipiers l’appellent « l’Homme. » Nous l’avons rebaptisé « l’homme de l’ombre », le temps d’un article. On ne parle pas souvent de Charles Kahudi. Il n’a pas joué la moindre minute contre la Croatie (en huitième de finale) mais il pourrait avoir un rôle important demain soir face à l’Espagne. Il pourrait faire la différence sur deux, cinq ou quinze minutes. Le temps d’une action, d’une séquence ou d’un quart temps. Histoire de se mettre en lumière… avant de retrouver sa place sur le banc. A l’ombre des strass et des paillettes.

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