Le CSKA Moscou va piano e va sano

Montée doucement en pression, l’armada russe va se présenter au Final Four avec l’objectif d’oublier le douloureux souvenir d’Istanbul.

Mai 2012. Turquie, Istanbul, Sinan Erdem Dome. 61 – 60, Siskauskas manque de doubler la mise aux lancers à moins dix secondes de la fin. Spanoulis remonte le parquet et passe la boule chaude à Printezis qui, au prix d’un shoot Lior Eliyahouesque, offre l’Euroleague à Olympiacos. L’ailier lituanien part à la retraite la queue entre les jambes tel Antoine Rigaudeau, Alexey Shved et Andreï Kirilenko se réfugient à l’Ouest à l’instar de Noureev quelques décennies plus tôt, tandis que Milos Teodosic et Nenad Krstic se lancent bien malgré eux dans un remake de Good Bye, Lenin !

Arrivé au début de l’été sur le champ de ruine le plus cher de l’histoire du basket européen (presque 40 millions d’euros de budget), Ettore Messina a, contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, pris de gros risques en reposant le pied sur la terre de ses exploits passés. Ébranlé par l’échec madrilène, très vite placardisé à Los Angeles, l’Italien a fait le même pari fou que Phil Jackson à la fin des années 2000 : gagner pour la première fois avec une équipe en (semi-)reconstruction.

Messina, l’Affranchi

Réputé pour sa capacité à faire cohabiter les égos les plus imposants, Le Sicilien a très vite pris conscience de la tache monstre qui se présentait face à lui. Entre un Teodosic miné par une finale européenne ratée et une campagne estivale morose, et une presse venue mettre son grain de sel dans l’espoir de voir ses bronzés (Kaun, Ponkhrashov, Vorontsevich…) prendre de l’importance dans les rotations, le vestiaire plaqué or du vétuste Universal Sports Hall aurait très vite pu s’effondrer, tel que ce fut le cas sous l’ère Dusko Vujosevic. Toutefois, à l’exact opposé du sémillant coach serbo-monténégrin, Messina ne voue pas un haine maladive à l’individualisme.

« Le « je » vient toujours avant le « nous ». Les joueurs veulent de plus gros contrats, une plus longue carrière, ceux qui reviennent de blessure veulent prouver qu’ils peuvent jouer, les jeunes veulent la place des vieux, les vieux veulent garder leur place. Ils veulent que le public les aiment. (…) Tout ceci est naturel, et ça ne veut pas dire qu’un joueur a mauvais caractère », psychanalyse le tacticien dans son blog, entre deux citations de Maslow et Nietzsche.

« Je pense sincèrement que les joueurs ont juste besoin de voir qu’il y a un lien entre le succès de l’équipe et leur but personnel. S’ils ne comprennent pas ça, alors ils agissent comme un tas d’individualités. »

En bon cartésien, se fixant une feuille de route à suivre scrupuleusement, cet adepte de la négociation s’est d’abord attaché à construire une vraie relation de confiance avec son meneur de caractère, Milos Teodosic, à l’image de ce qu’il avait su réaliser avec Bulleri, Rigaudeau ou Papaloukas. Pas à pas, match après match, Messina a tissé sa toile, gagné la confiance de tous ses hommes et construit une identité de jeu.

« Le travail du staff est de faire réaliser aux joueurs des choses théoriquement impossibles. De transformer la pensée en instinct. (…) C’est ce qui est arrivé à Arrigo Sacchi quand il est arrivé pour la première fois à l’AC Milan. Il voulait faire bouger les choses et changer le système. Ça a pris six mois aux joueurs pour commencer à s’habituer. Durant cette période, de grands joueurs comme Maldini ou Baresi pensaient et agissaient si lentement qu’ils ressemblaient à des robots », fredonne-t-il sur un air de Laura Pausini.

Et à l’image du Milan estampillé Catenaccio, passés les premiers mois insipides, entre défaites inquiétantes (Barcelone, Zalgiris) et victoires amères (Partizan, Rytas), l’Armée Rouge est progressivement montée en régime avant de venir livrer le plus beau basket de la phase retour du Top 16.

Reste cette question à un million de roubles : « où est la patte Messina dans ce CSKA ? ».

Le basket total

Loin de son idéologie des années 1990, alors qu’il ne jurait que par la défense et une volonté maladive de voir ses systèmes débuter par une passe à l’intérieur, Messina a évolué avec son temps.

« Aujourd’hui, la façon dont je vois les choses et que, afin d’avoir une bonne défense, vous devez d’abord avoir confiance envers les gens autour de vous; savoir que si vous allez aider un coéquipier, un autre prendra votre place jusqu’à ce que vous reveniez », confesse-t-il sans pour autant renier sa philosophie défensive.

« Rien n’augmente plus la confiance en votre partenaire que de le voir refuser un shoot pour passer la balle à un coéquipier démarqué. Dans le basket moderne, il est nécessaire, pour avoir une bonne défense, d’être impliqué dans le jeu offensif. Il n’y a rien de plus frustrant que de voir un coéquipier jouer la tête baissée, forcer en un-contre-un ou prendre de mauvais shoots alors qu’un autre est démarqué. »

L’attaque et le collectif à la base de la plus solide des défenses, un adage que l’Ajax de Johan Cruyff et le Barcelone de Johan Cruyff Pep Guardiola ne sauraient renier.

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Comments
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Commentaires (2)

  1. Sarunas

    Excellent article sur cette armada .

    Très bon relief mis sur Khryapa. Mais pour moi celui qu'on va le plus voir dans le F4 sera Krstic. Il est impressionnant de régularité, de présence et toujours avec de gros pourcentages.

    C'est quand même un joueur avec une carrure de bœuf et des mains de dentellière (bon et aussi la coupe de cheveux de Jacopo Giachetti)

  2. yome

    C'est clair, article excellent.

    Cette équipe était très belle à voir en 1/4 lors des matches à Moscou.

    Par contre j'ai trouvé Teodosic archi nul sur les 2 matches suivants. Il shoote quand il veut, il ne défend pas, bref, il plombe l'équipe. Sachant que c'est déjà le joueur qui a donné l'Euroleague à l'Oly l'an dernier (ce qu'il aura fait de mieux pour l'Oly !), j'ai bien peur qu'il fasse perdre le CSKA sur l'un des matches du F4.

    Et sinon, comme pour Diaw, VK devrait jouer un peu plus pour lui pour être plus dangeureux