Edwin Jackson : « J’ai une étiquette qui me suit »

Le Villeurbannais nous parle de la saison passée, des arrivées d’Amara et Uche, du départ de Léo et de l’avenir de son « club de coeur ».

BasketActu : L’actu chaude c’est l’EDF. Tu suis leur parcours ?

Edwin Jackson : Oui, bien sûr ! J’y ai plein d’amis avec qui j’ai eu de bons résultats en jeunes, donc pour moi c’est normal de suivre l’Équipe de France. Puis en tant que joueur de basket français, c’est normal de suivre notre vitrine.

BasketActu : Porter le maillot bleu, c’est quelque chose qui te tient à cœur ?

E.J. : Oui, vraiment… C’est quelque chose que j’ai toujours fait. J’ai tous mes maillots de l’Équipe de France accrochés chez moi.

BasketActu : De ne pas faire partie de l’aventure à destination des Jeux Olympiques de Londres, ce n’est pas une déception ?

E.J. : Non parce que je n’étais pas attendu. J’ai eu une saison difficile il y a un an et là je cherchais à me relancer, à reprendre du plaisir à jouer au basket. L’équipe de France, ça aurait été un bonus mais vu les résultats qu’ils ont eu l’année dernière, et les très forts joueurs qui la compose à mon poste, ce n’était pas une réelle déception de ne pas avoir été convoqué pour la préparation. On aimerait toujours y être mais je comprends tout à fait ma non-sélection.

BasketActu : En club, te reverra-t-on sous le maillot de l’ASVEL l’année prochaine ?

E.J. : Je suis encore sous contrat et je reste avec plaisir ! En plus, je ne vais pas dire que j’ai travaillé avec le staff pour la nouvelle saison, mais c’est vrai qu’ils m’ont concerté pour le recrutement. Je me sens impliqué.

BasketActu : Que t’ont-ils demandé exactement ?

E.J. : Sur quel type de joueur nous orienter en particulier. Vu que ça fait un bout de temps que je joue en Pro A, ils m’ont demandé ce que je pensais de certains joueurs… Après ce n’est pas moi qui prends la décision, loin de là ! Mais par exemple pour Uche (Nsonwu), j’étais très favorable à ce qu’il revienne vu tout ce qu’il m’avait apporté la première année où j’étais à Villeurbanne. Amara (Sy), c’est pareil. J’ai vraiment été tenu au courant de l’évolution du recrutement.

BasketActu : Pierre Vincent mène le recrutement ? Ou c’est surtout Laurent Foirest et Tony Parker ?

E.J. : C’est un staff qui travaille ensemble, main dans la main. Les trois prennent des décisions. Il y a l’aspect sportif, financier et humain à prendre en compte. Laurent a été dans le circuit et Tony l’est encore, donc ils connaissent les joueurs et leur mentalité. Pierre, quant à lui, demande un type de joueur. Ce n’est pas le manager qui prend le joueur qu’il veut. C’est Pierre qui dit qu’il veut un joueur avec telle ou telle caractéristique. Après Tony et le Président (nldr : Gilles Moretton) donnent l’enveloppe budgétaire et disent si c’est possible ou non.

BasketActu : Tu es sous contrat avec l’ASVEL depuis 2007. Ce club représente quoi pour toi ?

E.J. : J’ai toujours dit que le fait de construire quelque chose avec Villeurbanne, c’était très important pour moi. J’espère rester le plus longtemps possible avec l’ASVEL, même si on ne sait jamais où le basket me mènera. Villeurbanne c’était mon souhait et ça l’est encore. Là je suis dans ma dernière année de contrat, donc on verra bien ce qui va se passer… Même si ne pas faire les play-offs a été une déception, il y a de bonnes choses qui se passent ici.

BasketActu : Tu as eu des approches en provenance d’autres clubs ?

E.J. : J’ai dit à mon agent que je ne voulais pas partir et que j’honorerai mon contrat sauf s’il y avait désaccord (avec les dirigeants, nldr). Pour moi j’étais à Villeurbanne et j’ai dit à mon agent de n’explorer aucune piste, aussi bien en France qu’à l’étranger. De toute façon, en France, tout le monde est au courant de mon amour pour le maillot de l’ASVEL, alors il y en a peu qui se positionnent.

BasketActu : L’ASVEL change de politique et recrute des joueurs expérimentés, tu en penses quoi ?

E.J. : Amara et Uche, ce sont des gars avec qui je m’entends très bien. Ce sont des joueurs très forts, à l’apogée de leur carrière. Après il reste des jeunes. Il y a Paul qui va avoir un rôle dans l’équipe. Théo Léon qui devrait rester. On a un bon mix entre les joueurs expérimentés et les jeunes. Avoir des valeurs sures, ça ne peut que nous aider. En plus, on a signé les joueurs pour deux-trois ans donc c’est une satisfaction. On va pouvoir travailler. Le club prend une bonne direction en recrutant des joueurs qui sont déjà passés, qui connaissent bien le championnat, qui sont respectés et qui respectent les autres… On va remonter la pente tout doucement.

BasketActu : Phil Goss qui laisse entendre que Pierre Vincent n’a aucune légitimité car il n’a coaché que des filles, ça t’inspire quoi ?

E.J. : C’est sa vision des chose. Moi, je ne suis pas du tout d’accord ! Même si Pierre était en apprentissage sur certaines choses, notamment sur le fonctionnement du monde professionnel masculin, c’est vraiment quelqu’un qui connait très bien le basket. Il est coach depuis des années, il a déjà coaché des garçons par le passé. Il s’est occupé de l’équipe de France masculine chez les jeunes. Il s’est quand même occupé de Tony Parker, Boris Diaw ou Ronny Turiaf. Ce n’est pas non plus un novice ! Alors de là à dire qu’il n’est pas légitime… Après on ne va pas réécrire l’histoire, mais je pense que si Phil avait eu une autre attitude en acceptant son rôle et en se donnant pour le collectif au lieu de vouloir briller individuellement, ça se serait mieux passé. Pour moi, tout ce qu’il a dit sur le coach, ce n’est pas justifié. Pierre a toujours fait de bons choix pendant les matchs, il n’a pas fait d’erreurs de coaching. Lorsque Phil était là, il jouait 25 minutes par match. S’il avait quelque chose à prouver, il avait le temps de jeu pour le faire. Bon, je ne le juge pas car je peux comprendre qu’il y ait eu des différents et qu’il ait pu se sentir mal à un moment dans l’année… Mais après, dire ça, ce n’était pas justifié.

BasketActu : A l’inverse de la saison précédente, tu as bien commencé puis plutôt mal terminé. Que s’est-il passé ?

E.J. : Mon niveau de jeu du mois de décembre a surpris, on ne croyait peut-être pas que je pouvais faire d’aussi bons matchs. Quand Tony est parti, j’ai joué plus dans la création. Sur l’ensemble de l’année, je tourne autour des deux passes décisives. Mais si on ne prend en compte que la fin de saison, ça doit faire presque le double. On n’avait pas beaucoup de joueurs capables d’apporter beaucoup de points. Dijon Thompson sait faire beaucoup de choses mais ce n’est pas le genre de mec qui va chercher à scorer après avoir reçu la balle. Léo mettait des points mais lui aussi ce n’était pas un meneur-scoreur. Donc quand Phil est parti, les défenses ont changé et j’ai été plus ciblé. Mais je ne trouve pas pour autant que j’ai fait de mauvais matchs par la suite même si j’ai moins scoré… Après c’est sûr que je vais devoir progresser au niveau de la régularité et des prises de décision. C’est vraiment un axe sur lequel je vais davantage travailler cette année.

BasketActu : La sortie d’Alain Gilles dans la presse, qui laissait entendre qu’il aurait fallu te sanctionner, tu en as pensé quoi ?

E.J. : Alain Gilles, c’est un personnage. Une légende du basket. Je peux comprendre qu’il soit déçu… Mais de là à dire qu’il fallait me sanctionner. Je n’avais pas de problème d’envie, je me donnais toujours au maximum. Être mauvais, ça arrive… J’ai fait beaucoup pour rester à l’ASVEL et défendre les couleurs du maillot. S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas me reprocher, c’est de tricher.

BasketActu : Avoir été « starisé » très jeune, ça n’a pas été une pression supplémentaire ?

E.J. : Quand j’étais à l’INSEP, j’étais très encensé sur mes qualités au niveau du scoring. Quand j’ai été le meilleur marqueur de Nationale 1, de suite on a fait la comparaison avec Tony (Parker) car on était les deux seuls jeunes à l’avoir fait, etc… Et là, quand je fais une saison à presque 12 points de moyenne, que je n’ai que 22 ans et qu’il n’y a que très peu de joueurs français de plus de 30 ans qui font ça, ça passe presque inaperçu… Au final, j’ai fait une saison correcte. Mais les gens trouvent ça « normal ». Si l’année prochaine je fais une bonne saison, tout le monde va dire « bah c’est normal, on l’attendait à ce niveau ». Voilà, j’ai une étiquette qui me suit à cause de tout ce qui s’est passé quand j’étais jeune… Ce n’est pas une pression mais c’est parfois lassant. De toute façon, c’est certain que par rapport à Nicolas (Batum) et Antoine (Diot) qui ont été matures très vite, mon développement prend plus de temps… Mais je suis sûr que je rattraperai ce retard.

BasketActu : On est peut-être tombé d’un extrême à l’autre…

E.J. : Oui, mais ce ne sont absolument pas des excuses que j’essaie de me trouver. Je suis content de mon parcours et si c’était à refaire, je ferais exactement la même chose. Les enseignements que j’ai tiré des années précédentes m’aident aujourd’hui. Quand je suis arrivé dans cette équipe, on gagnait la Coupe de France et on perdait en demi-finale du championnat contre Nancy qui, cette année-là, remportait le titre. Il y avait de forts joueurs devant moi, avec Laurent Foirest et Robert Conley. J’ai toujours pris mon mal en patience. Nanterre et Rouen, ça c’est bien passé. Puis à l’ASVEL je pensais que ça allait décoller mais il y a eu l’épisode avec Vincent Collet et plusieurs petites choses qui ont fait que je n’ai pas tout de suite trouvé ma place. Ça fait parti de la vie professionnelle, j’en tire des enseignements et je continue à avancer.

BasketActu : Ton père dans le staff technique, c’est une aide pour toi ?

E.J. : C’est un passionné de basket. Il aide surtout les jeunes et les intérieurs du club. Mais au niveau mental, c’est bien de l’avoir. Il me donne plein de bons conseils.

BasketActu : Tony Parker a un rôle important dans ta carrière de joueur ?

E.J. : C’est quelqu’un de très important. Il a voulu me garder dans l’effectif et me donner ma chance cette année. Contrairement à ce que les gens pourraient penser, c’est vraiment quelqu’un de très dur avec moi. Peut-être encore plus qu’avec les autres. Pour lui l’important, c’est de gagner. Peu importe la ligne de stats. On sait être ami mais quand il y a le côté business, ça ne rentre plus en compte. Si un jour il doit me virer, il me virera et on restera quand même ami. C’est pareil avec Laurent. Ça a été mon coéquipier et je m’entends super bien avec lui. Mais quand il faut dire des choses qui ne vont pas me faire plaisir, il n’hésite pas à me rentrer dedans.

BasketActu : Tu as pensé quoi de ses propos sur les jeunes qui n’ont pas été redevable envers le club ?

E.J. : (Il hésite) Moi, tout ce que je veux, c’est que ça se passe bien pour tout le monde. Si l’ASVEL fait une bonne saison et que les autres s’en sortent bien, tout le monde sera content. Et je suis sûr que le club sera content pour eux.

BasketActu : Léo Westermann est parti en Serbie, c’est le genre de destination qui te plairait ?

E.J. : Léo a toujours rêvé d’aller au Partizan. Après, l’Europe de l’Est, ça ne m’attire pas vraiment… Si je viens à partir, ça voudra dire que je serai devenu un grand joueur. Donc soit j’irai vers la NBA s’il y a une opportunité, soit en Espagne. Mais moi, je suis très bien à l’ASVEL. J’ai mes habitudes en France et je suis proche des gens que j’apprécie. Pour l’instant, je ne me vois pas trop partir… Ali (Traoré) m’a dit qu’il était très content en Russie, alors peut-être qu’un jour c’est un championnat qui m’attirera. On verra.

BasketActu : Léo et Kim s’en vont, ça ne te perturbe pas trop ?

E.J. : Le projet qu’avait le club avec des jeunes, l’envie de progresser tous ensemble, c’était vraiment quelque chose de spécial. C’était une aventure. Mais c’est comme ça, c’est le sport. On va rester en contact, on se donnera des nouvelles. C’est vrai que j’aurai préféré qu’ils restent, mais c’est comme ça. En plus, Léo a l’air vraiment très heureux de son choix.

BasketActu : Antoine Diot était en contact avec l’ASVEL. Tu l’as appelé ?

E.J. : (rires) Je l’appelais tous les jours pour qu’il vienne ! Mais voilà, ça ne s’est pas fait. Je ne sais même pas pourquoi ça ne s’est pas fait d’ailleurs. Il a l’air d’avoir trouvé une bonne situation à Paris. Mais bon, dans son cas précis, j’espère juste que ça va bien se passer avec son dos, qu’il va rejouer au basket et qu’il va être heureux. Je garde un très bon souvenir d’avoir joué avec lui à l’INSEP et c’est pour ça que je voulais le voir revenir. Puis je suis sûr qu’avec Pierre Vincent ça aurait vraiment accroché.

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Comments
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Commentaires (8)

  1. rapid

    Très intéressante interview

  2. AND11

    Si les dirigeants s'appuient sur Jackson pour faire leur recrutement, alors pas de soucis, ça va le faire.

    "Avoir été « starisé » très jeune, ça n’a pas été une pression supplémentaire "

    C'est marrant à une époque quand on disait que Jackson c'était de la hype, on se faisait insulter de partout. Maintenant les journalistes eux même le reconnaissent… :)

  3. Ryon

    Le mec a la tête sur les épaules… La hype qui a accompagné ses premiers pas dans le basket de haut niveau lui aura certainement été préjudiciable mais perso je suis certain qu'une belle carrière l'attend!

    PS: Respect pour son engagement et sa fidélité à l'ASVEL! C'est rare de nos jours…

  4. Rorschach

    Ce mec est quand même super difficile à cerner.

    Tantot attachant, tantot insupportable quand les choses vont un tout petit peu de travers dans le match, il pete les plombs, fait n'importe quoi et tire la gueule. C'est ce comportement qui lui était reproché.

    J'aime bien le joueur mais malheureusement je l'ai trouvé plus impliqué lorsqu'il était sur le banc y a 2 ans (à encourager, remotiver ces coéquipier), que l'année dernière où il baissait souvent les bras.

    Je pense qu'il a trop souvent l'impression de porter l'équipe à lui tout seul au niveau du jeu. C'est vraiment à double tranchant.

    Qu'il continu à être un élément moteur sur l'état d'esprit de l'équipe et qu'il laisse le rôle de leader offensif à quelqu'un qui pourra supporter cette pression sur tout un match (à condition d'avoir ce quelqu'un) et il fera une bonne saison.

  5. Lipos

    Interview sincère d'un trés prometteur Edwin Jackson.

  6. nicomaltese

    +1 Rorschach