Focus : Ettore Messina retrouve Madrid

L’entraîneur du CSKA Moscou est de retour pour un soir à Madrid, une terre qu’il n’a pas su apprivoiser.

En mars 2011, Ettore Messina, alors entraîneur du Real Madrid, causait un tremblement de terre sur la planète Euroligue en annonçant sa démission. Parti pour un temps en exil du côté de Los Angeles, Messina s’est depuis refait une santé avec son CSKA Moscou. Présent pour un soir dans la capitale espagnole, ses retrouvailles avec le club madrilènes ne manquent pas de piquant.

La chute

Arrivé à l’été 2009 dans les maletas d’un Florentino Perez fraichement élu à la présidence du Real Madrid, Ettore Messina avait pour mission de remettre le club le plus titré de l’histoire de l’Euroligue sur le toit de l’Europe. Les clés du camion en main et la planche à billet dans la remorque, l’Italien pouvait rebâtir l’équipe à son image. Dehors les Mumbru, Raul Lopez ou autres Jeremiah Massey, bienvenu aux Prigioni, Darjus Lavrinovic, Travis Hansen et compagnie.

Le roster, aussi long que le bras de Roberto Dueñas, est un savant mélange de joueurs expérimentés, collectifs, coachables et très prometteurs (Velickovic, Dasic, Tomic). Pour ne rien gâcher, quelques noms ronflants sont déjà habitués au coaching estampillé Messina (Garbajosa à Trévise, Jaric à Bologne, Van Den Spiegel au CSKA).

Messina, juste avant que Garbajosa ne lui mette un coup de couteau dans le dos.

Toutefois, au grand désarroi du très versatile public madridiste, la mayonnaise ne prend pas. Pablo Prigioni squatte l’infirmerie alors que son transfert avait fait la une d’As tout l’été (Madrid a sacrifié Brad Oleson pour l’avoir), les jeunes déçoivent et les égos s’en mêlent. Marko Jaric et Velickovic s’écharpent à l’entraînement, Reyes vit mal sa baisse de temps de jeu et les rumeurs incessantes de transfert ne font rien pour apaiser la situation (Hervelle, Samb, Van Den Spiegel…). Le manque d’influence du rital dans son vestiaires est même révélé au grand jour lorsque deux de ses protégés, Garbajosa et Jaric, se voient poussés vers la sortie davantage de par leur mauvais comportement que pour leurs performances insuffisantes compte tenu des pesos investis.

Pourtant habitué à conduire au succès des formations composées de gros égos, comme en témoignes ses passages réussis à Bologne (Danilovic, Rigaudeau, Ginobili, Smodis…) ou au CSKA Moscou (Papaloukas, Holden, Langdon, Andersen…), le natif de Catane se trouve incapable de construire le moindre semblant de collectif du côté de la Caja Magica.

Tant et si bien qu’au final, de ses 18 mois en tant que Merengue, son seul fait de gloire a été de lancer le talentueux Nikola Mirotic dans le grand bain.

Considéré par beaucoup comme étant le meilleur entraîneur présent sur le vieux continent avant son arrivée en Espagne, Messina voit même son talent remis en cause.

Surcoté pour certains, cramé pour d’autres, Ettore voit ses plus grands trophées dénigrés puisqu’acquis avec les équipes les plus riches et les plus talentueuses de leur génération. Son Kinder Bologne aurait-il été sur le toit de l’Europe sans Danilovic et Ginobili ? Dusan Ivkovic n’était-il pas le vrai architecte des succès du CSKA ?

Messina, devenu acteur pour la série Dr House à Los Angeles.

Parti sans gloire au lendemain d’une défaite sans importance face au Montepaschi Siena de Simone Pianigiani, la valeur montante du coaching de l’autre côté des Alpes, Messina part ronger son frein dans les bureaux des Lakers pendant que Mike Brown pose son séant sur le banc. Pire encore, avant cela, sans lui, « son » Real atteint le Final Four Euroleague. Le sort s’acharne sur celui qui, tel Phil Jackson, a toujours su tirer le meilleur des armes à sa disposition.

L’Empire contre-attaque ?

Revenu sur la pointe des pieds à l’Est de l’Europe en juin dernier, le Transalpin se refait la cerise tout doucement. D’abord balbutiant, le CSKA monte progressivement en puissance depuis de longues semaines, au point de faire aujourd’hui figure de favori de l’Euroligue malgré la récente défaite face à un Malaga en feu.

Deuxième meilleure attaque (79.7 pts), huitième meilleure défense (72.1 pts), première à l’adresse extérieure (41.3%), deuxième au nombre de passes décisives par match (17), l’ex-club de l’Armée rouge déroule un basket parfait sur la scène européenne avec un Milos Teodosic retrouvé. Mieux, Zoran Erceg et Andrey Vorontsevich, deux éléments clé du système Messina, vont bientôt faire leur retour de blessure.

De retour en Castille, comme Joan Plaza deux semaines auparavant, Messina va se présenter au Palais des Sports dans l’espoir de jouer un mauvais tour à ses anciens élèves, même s’il ne conserve en apparence aucune rancœur.

« Pour moi ce ne sera pas un match facile. Je suis extrêmement reconnaissant envers Florentino Perez et le Real Madrid de m’avoir donné l’opportunité de coacher un si grand club, et je suis désolé que ça n’ait pas marché. Mais dans le même temps, je suis heureux de voir que tous ces jeunes que j’ai coaché il y a deux ans soient à un tel niveau en Euroligue cette saison », a-t-il confié au site officiel de la compétition.

Ettore Messina a la classe des plus grands, tout simplement.

Mais à l’image de Marko Popovic et du Zalgiris plus tôt, les joueurs du CSKA ont compris que la rencontre de ce soir dépassait le cadre d’un simple choc entre les deux leaders respectifs de leur championnat, et qui plus est deux plus gros budgets du basket continental.

« Ce sera vraiment un grand match. C’est un choc qui a son histoire parce que Messina a entraîné ici et qu’il oppose les prétendues deux meilleures équipes d’Europe », a prévenu Aaron Jackson, meneur remplaçant des Moscovites, au cours d’une interview avec Gigantes.

Plus fragile qu’il n’y paraît, le Real devra se méfier. Souvent injouables lorsqu’ils arrivent emballer la partie, los Blancos demeurent très friables sur jeu placé. Pablo Laso, qui s’est vu confier pour objectif d’atteindre au minimum la finale du championnat et le Final Four londonien, se retrouve lui aussi face à l’un de ses plus beaux défis personnels, car certaines voix commencent à s’élever du fait des manques de résultats des siens lors des matchs importants. Et Messina le sait, à Madrid plus qu’ailleurs, tout va très vite.

Tags : , ,
Comments
Apôtre du Chachisme. I Feel Devotion. #TeamBodiroga Email | Compte Twitter

Commentaires (1)

  1. Bob

    Sympa ce focus, j'ai bien ri pour la comparaison Taub-Messina, je me disais bien qu'il me disait quelque chose!