France – Espagne, le challenge ultime

L’équipe de France est face à l’un des plus grands défis de son histoire. On vous livre la recette d’un exploit à quelques heures du quart de finale contre l’Espagne.

Prenez l’une des meilleures équipes de la décennie. Ajoutez-y un Pau Gasol de retour au sommet de son art, un effectif armé sur tous les postes, un savant dosage d’expérience, de fougue et de jeunesse et vous obtenez l’Espagne, la « Grande Espagne » comme dirait Vincent Collet.

Prenez une formation championne d’Europe en titre. Ôtez-lui son icône charismatique laissée au repos après des années de bons et loyaux services, ajoutez-y les absences chroniques de certains de ses meilleurs intérieurs et la blessure d’un cadre comme Nando De Colo et vous obtenez une équipe de France diminuée.

Diminuée mais pas vaincue. Pas encore. Il y a un an, la rivalité entre français et espagnols a pris un tournant lorsque Tony Parker et ses ouailles ont éliminé La Roja en demi-finale de l’Eurobasket, mettant ainsi un terme à des années de frustration. Les données sont différentes à quelques heures du coup d’envoi de ce quart de finale de Coupe du Monde. Tous les ingrédients sont réunis pour que l’Espagne dispute une finale face au Team USA, l’autre grand favori de la compétition, devant son public dimanche prochain. Les Bleus ne boxent pas dans la même catégorie et on a eu l’occasion de s’en rendre compte lors de la première opposition entre les deux équipes à Grenade. Déterminés à mettre en pièce leur adversaire, les Espagnols s’étaient imposés sans trembler (88-64).

« C’était un match de poule, ce n’est pas ce qui nous intéresse », rappelait Nicolas Batum après la victoire face à la Croatie en huitièmes de finale.

Nouvelle salle, nouvelle ambiance, nouveau contexte et nouvel enjeu, la rencontre de ce soir peut-elle pour autant connaître une issue différente que la première entre les deux formations ? Les joueurs de Juan Antonio Orenga préfèrent rester prudents.

"La France est très dangereuse" Ricky Rubio.

« C’est un rival qui a été forcé de se réinventer en l’absence de Parker. Mais ils ont d’autres bons joueurs et ils sont toujours dangereux. Boris Diaw est essentiel. Il donne le rythme, il est à la base de tous les avantages de l’équipe car il crée les décalages. Ils ont aussi Batum et d’autres bons joueurs, c’est une sélection très physique et très dangereuse pour nous », confiait Ricky Rubio.

 

« Ça va être une partie très nerveuse. Nous sommes favoris, nous le pensons et nos supporteurs aussi, mais nous devons être très prudents car ils ont de grands joueurs NBA. Nous devons contrôler nos nerfs car ce match n’aura rien à voir avec la phase de groupe. En tout cas, nous avons envie d’en découdre », ajoutait Juan Carlos Navarro.

Pour les Espagnols, la vraie « revanche » aura lieu ce soir. S’ils ont paru extrêmement motivés lors du match disputé à Grenade, ils jurent qu’ils le seront d’autant plus à Madrid. Les deux équipes sont habituées à ce type de rencontre à enjeu, même si la France compte quelques joueurs moins expérimentés dans ses rangs.

Les Bleus n’ont rien à perdre

Diot-EdFJouer libéré. Tel est le message envoyé par Vincent Collet à ses hommes. Les Espagnols sont donnés gagnants à coup sûr ? Très bien, jouons sans pression. Déjouons les pronostics. Contentons-nous d’être David contre Goliath. La pression est le camp espagnol. Quoi qu’il arrive, les tricolores seront qualifiés pour le prochain Eurobasket, organisé sur les terres françaises.

« La pression, il y en aura forcément car c’est un quart de finale », notait tout de même Vincent Collet. « Autant on est apparu crispés au début du huitième de finale, autant là on sait que nous ne sommes pas favoris contre l’Espagne. On a toutes les cartes en mains pour jouer libérés. Maintenant, ce n’est pas suffisant. Si le fait d’être libéré c’est tenter des choses un peu insouciantes d’un côté et de ne pas respecter le plan de l’autre côté, on va droit dans le mur. Par contre, c’est tout de même intéressant, peut-être que ça peut déclencher des choses. Mais la priorité des priorités, c’est de les ralentir et de les limiter. »

Jouer libéré est la première étape vers le succès. Si les Bleus se débrident tout en appliquant soigneusement les consignes du staff, ils seront alors en meilleur position pour réaliser une grande performance à Madrid.

La recherche du match « parfait »

KahudiCar les joueurs de Vincent Collet n’ont d’autres choix que de pratiquer leur meilleur basket pour venir à bout d’une sélection espagnole qui leur est supérieure dans tous les domaines, ou presque.

"On ne peut pas se contenter d'un match moyen, eux oui." Vincent Collet

« Il faut faire un match parfait ou presque parfait pour l’emporter et on ne l’a pas encore fait dans cette Coupe du Monde alors pourquoi pas demain. On sait très bien que l’on ne peut pas se contenter d’un match moyen et gagner. Eux oui, nous non. »

Les Bleus devront défendre dur sans se relâcher. Ils devront mettre une pression constante sur les arrières espagnols tout en bagarrant du mieux possible à l’intérieur. Ils ne devront pas commettre de fautes bêtes sous peine de se retrouver dans la pénalité. Ils devront faire circuler la balle en attaque afin de trouver des tirs ouverts. Ils devront jouer juste et ne pas perdre trop de ballons, sous peine de s’exposer aux redoutables contre-attaques espagnols. Ils ne devront pas connaître de passage à vide, comme ce fut le cas lors des deux derniers matches contre l’Iran et la Croatie. Ils devront se montrer rigoureux des deux côtés du parquet. S’ils parviennent à jouer avec autant d’application, alors la rencontre pourrait prendre un tout autre tournant.

Les raisons d’y croire

Gelabale-edfLes chances de la France sont minces. On l’a tous constaté, entendu, lu, vu et répété. Mais elles ne sont pas inexistantes et Florent Piétrus et ses coéquipiers sont prêts à jouer le coup à fond.

« Gagner l’Espagne n’est pas impossible, ils forment l’une des meilleures équipes européennes de tous les temps et ça sera bien sûr une mission difficile. On va devoir élever notre niveau de jeu, limiter les pertes de balle, les faire douter. Surtout, il ne faudra pas accélérer le rythme de la rencontre. J’espère une ambiance incroyable avec de nombreux sifflets surtout contre moi dans ce match très excitant avec les frères Gasol », déclarait l’intérieur de l’équipe de France.

Il faut faire douter l'Espagne

« Nous étions mené 31-28 à la 17eme minute du premier match en ayant commis beaucoup d’erreurs que l’on peut éviter simplement en étant plus concentrés. Ils paraissent inatteignables mais, quand on regarde plus dans le détail, on constate qu’on a pu les gêner sur certaines séquences. On est un peu insouciants et la motivation liée à l’enjeu peut nous sublimer. On peut résister, être plus près, et espérer que cela ait des incidences psychologiques dans le deuxième temps du match », ajoutait Vincent Collet.

L’équipe de France n’est pas favorite mais elle ne doit pas pour autant être annoncé perdante avant d’avoir combattue dans l’arène.

Les faiblesses de l’Espagne

EspagneL’armada espagnole a été encensée de toute part depuis le début de la compétition. Et pour cause, les troupes des frères Gasol ont enchaîné les démonstrations collectives sans jamais être inquiétées. Mais les finalistes des J.O de Londres ne sont pas invincibles pour autant.

"On veut les obliger à prendre des tirs à 10 000 dollars."

« Pour l’instant on n’a pas trop vu leurs faiblesses car ils n’ont jamais été mis en difficulté. L’Espagne est une équipe qui joue beaucoup en première intention. La prise de risque fait partie de leur ADN car ils ont des joueurs hyper talentueux et la prise de risque est donc souvent récompensée. On doit les empêcher de marquer les paniers gratuits qui leur facilitent les actions à prises de risques. Tu es plus en confiance lorsque tu as marqué trois ou quatre contre-attaques en layup. Tu as plus de chances de réussir des tirs difficiles après ça. Notre objectif sera de diminuer les paniers faciles que l’on a accordés la semaine dernière pour les obliger à ne prendre que des tirs à 10 000 dollars. Ils peuvent quand même les réussir mais tu n’es pas dans le même confort psychologique lorsque l’adversaire te fait moins de cadeaux », expliquait Vincent Collet.

Les Français ont tout intérêt à ralentir le rythme afin d’enrayer la machine espagnole. Il faut éviter que les Juan Carlos Navarro, Ricky Rubio, Rudy Fernandez et consorts n’emballent la rencontre. Il faudra donc défendre dur exerçant une pression physique constante sur le porteur de balle. Les Sénégalais ont su le faire par moment dans le second QT lors du huitième de finale. La taille et le potentiel athlétique de Gorgui Dieng et ses coéquipiers avaient alors légèrement posé des problèmes aux Espagnols même s’ils n’ont pas su le faire sur 40 minutes.

« Il faut essayer de les ralentir, il faut les toucher. Ils n’aiment pas quand on les bouscule. Ils pleurent un peu et l’arbitrage leur est parfois favorable. Il faut leur rentrer dedans et jouer sans complexe car l’on n’a pas à être complexé par rapport à eux », remarquait Charles Kahudi.

En cassant le rythme de la rencontre, les Bleus pourraient alors provoquer le doute au sein d’une équipe espagnole qui n’a pas encore eu à confronter à une telle situation depuis le début du tournoi.

Le grand soir pour Nicolas Batum et Boris Diaw ?

Boris-Diaw-edf-BIG-950Désignés comme les leaders de l’équipe de France, Nicolas Batum et Boris Diaw sont extrêmement précieux pour les Bleus. Ils sont les pierres angulaires du groupe de Vincent Collet et les défenses adverses ne relâchent par la pression sur les deux joueurs NBA. Néanmoins, on en attend encore plus de « Batman » (10 pts par match) et « Babac » (6,7 pts, 4 rbds et 4 pds).

  « On a besoin de points. On a besoin peut-être davantage de Boris (Diaw) et de Nicolas (Batum). Même si l’on défend très bien, cela va être compliqué de limiter l’Espagne en dessous de 70 points. Il faudra en marquer 75 pour espérer gagner même en faisant une grande défense. C’est sûr qu’au moins l’un des deux – voire les deux – fasse une meilleure prestation pour y parvenir. Mais c’est vrai pour tous les autres joueurs aussi », témoignait Vincent Collet.

Une grande prestation défensive ne suffira pas à qualifier l’équipe de France. Nicolas Batum est un joueur de classe mondiale et les ailiers de son standing finissent toujours par trouver la voie. Il n’a pas encore réalisé son match référence dans le tournoi et le quart de finale contre l’Espagne tombe peut-être à point nommé pour le joueur des Blazers. S’il met 25 points et que Diaw en ajoute une bonne dizaine… sait-on jamais. Evidemment, le scoring n’est pas la caractéristique première des deux hommes. Mais ils devront évoluer à leur meilleur niveau en attaque ce soir. En espérant qu’ils soient soutenus par les piles électriques que sont Joffrey Lauvergne, Thomas Heurtel, Antoine Diot, Edwin Jackson ou encore Evan Fournier.

Le problème Pau Gasol

Pau GasolCar si la France manque d’un joueur capable de faire la différence lorsque l’équipe a absolument besoin de marquer un panier – un rôle réservé habituellement à Tony Parker – les Espagnols savent exactement sur qui se reposer dans une telle situation.

"On sait vers qui l'Espagne se tourne quand elle est dans le dur."

« C’est le problème numéro un. Si l’on fait tout très bien, on sait vers qui l’Espagne se tourne. Une fois qu’ils sont un peu dans le dur, les autres joueurs sont moins sollicités et la balle est donnée à Pau Gasol. C’est compliqué car c’est un joueur qui score et qui distribue. Il sanctionne. Si tu n’aides pas, il est presque inarrêtable et lorsque tu aides il fait briller les autres. Il ne faut jamais le laisser totalement en un-contre-un. Il faut que les prises-à-deux soient inattendus car s’il les voit venir cela ressemble plus à un suicide qu’à une prise-à-deux. C’est peut-être pour cela que l’on n’a jamais battu l’Espagne avec Pau Gasol », remarquait Vincent Collet.

Impressionnant depuis le début de la compétition, Pau Gasol (20,5 pts et 5,5 rbds) sera évidemment l’homme à abattre. Les Bleus l’avaient plutôt bien limité dans le premier match (15 pts tout de même) et il faudra faire de même pour réaliser… un exploit historique.

Le challenge d’une carrière

Florent PiétrusIl ne faut pas avoir peur des mots. Une victoire ce soir à Madrid serait un véritable upset. Elle n’aurait sans doute pas la même saveur que celle face à la Lituanie en finale de l’Eurobasket (un succès synonyme de titre) mais les joueurs et le staff sont conscients du défi qui s’offre à eux.

« Je pense que vu les marges de manœuvre c’est effectivement le match le plus compliqué de ma carrière de sélectionneur. On sait que le chemin est étroit. C’est un challenge ultime, oui », reconnait Vincent Collet.

Les Bleus ont la recette du succès. Ils sont prêts et déterminés à déjouer les pronostics. Alors, un exploit français, vous-y croyez ?

Tags : ,
Comments

Commentaires

Comments are closed.