France – Espagne, j’y étais !

J’ai eu la chance de pouvoir assister à l’exploit de l’équipe de France contre l’Espagne hier soir. J’ai voulu vous le raconter. Billet d’humeur.

Madrid. Nous sommes le 11 septembre, la France a renversé l’Espagne, favorite de SA Coupe du Monde. De quoi chambouler la planète basket. Un exploit historique. J’ai même entendu un journaliste avancer le terme de « plus grand succès du sport collectif français ». Ok, coco. On te rappelle juste que les Bleus ont été sacrés champions d’Europe en septembre dernier, que les handballeurs ont remporté tous les titres inimaginables et que l’équipe de France de football nous a fait défiler sur les Champs en juillet 98 et 2000. Mais le gars est dans le vrai. C’est un succès historique. Ni**** l’Espagne chez elle, au complet, le tout sans Tony… C’est grand ! On a senti qu’il se passait quelque chose de spécial hier soir. Même si je ne suis pas un grand amateur de la tendance « blog, je vous raconte ma vie, tout ça », j’ai voulu vous faire partager le match de l’intérieur et vous expliquer comment je l’ai vécu. Autant vous prévenir tout de suite, c’est un pur ego trip.

Mon France – Espagne, il a débuté la veille, mardi soir, à l’occasion d’un dîner avec les autres journalistes français dans le centre de Madrid. Evidemment on a parlé basket. Evidemment on a parlé du match. Evidemment on a parié. Je vous épargne les détails mais nous avons tous été conviés à donner notre pronostic (vainqueur et score exact) pour le match du lendemain. Autant vous dire que l’on était peu nombreux à croire en une victoire de l’équipe de France. Moi non plus, je n’y croyais pas. Cela faisait deux semaines que je répétais à tous les Espagnols avec qui je tapais la discussion que leur équipe allait nous battre. D’ailleurs, les Espagnols aussi, ils étaient sûrs de nous battre. Je n’ai pas croisé un seul d’entre eux qui a émis ne serait-ce qu’un doute sur la victoire de leur équipe favorite. Sauf que voilà, le matin même (mardi matin donc), j’ai écouté avec attention la conférence de presse de Vincent Collet. Je reparlerai un peu plus tard du coach des Bleus mais son discours m’a convaincu. Le gars était sûr de lui. Il savait où il allait. Il avait bossé le match, cela se sentait. Je ne pouvais que faire confiance à un mec qui a réussi à me faire croire le matin même que l’équipe de France pouvait taper une formation qui se balade depuis le début du tournoi. Mon pronostic ? 68-63 pour la France. J’ai presque eu un flash au moment de l’écrire sur la feuille. Bon, ok, si j’avais dû miser mes économies, j’aurais réfléchi différemment. Mais au moment même où j’ai pronostiqué la victoire de Boris Diaw et ses potes, j’ai commencé à y croire. Vraiment.

Je ne suis absolument pas chauvin. Je m’en contrefiche même. C’est peut-être pour ça que j’adore Joakim Noah. Je n’ai pas choisi de naître en France. En revanche, j’ai choisi de supporter les Bleus. Parce j’aime cette équipe et les joueurs qui la composent. Je n’ai pas la prétention de connaître les joueurs. Ils ne me connaissent pas, je ne les connais pas. Nous ne sommes pas potes. Mais juste en les côtoyant le temps des points presse et autres, tu sens que ce sont des mecs biens. Ils sont humains. Et pour cette simple raison, j’avais envie de les voir gagner.

J’ai assisté à Serbie – Brésil, juste pour voir mon gars Bogdan Bogdanovic faire mal aux Brésiliens. De toute façon, ils étaient surestimés les Brésiliens. Ils ont pris une belle piquette. Mais Serbie – Brésil, tout le monde s’en fiche. La moitié du stade était déjà aux couleurs de l’Espagne. Tout un peuple attendait ce match. Marca avait même titré « à écraser » en parlant de l’équipe de France. Un supporteur français a participé à l’une des animations à la mi-temps de Serbie – Brésil. Il a été sifflé. Cela vous donne une idée de l’ambiance… qui n’a pas arrêté de monter d’un cran au fur et à mesure que l’on se rapprochait du match. Les Bleus ont débarqué sur le parquet pour s’échauffer ? Le public siffle. L’équipe de France est présenté par le speaker ? Le public gronde. La Marseillaise ? Le public hue à la fin de l’hymne. Idem à chaque possession française.

Retour arrière sur l’échauffement. Pendant que les Bleus prenaient des shoots, Vincent Collet a parlé pendant de longues, longues, longues minutes avec Rudy Gobert. Vous avez surpris par la performance du pivot du Jazz ? Le coach français l’avait prévue. On pouvait deviner en assistant à cette discussion – dont on ne pouvait évidemment rien entendre – que Rudy aurait un rôle important à jouer contre les frères Gasol. Collet l’avait prévu. Il faut en parler. J’ai envie de me pendre quand je lis parfois des commentaires d’internautes réclamant la démission du sélectionneur tricolore. Vincent Collet est un grand monsieur. Un p***** de vrai coach. Et la différence avec l’Espagne, elle est là. Les Bleus ont un entraîneur. Comme dit plus haut, le gars avait préparé son match. Il savait exactement ce qu’il fallait faire. Il bosse. Il se bouffe des heures de vidéo. Et il sait tirer le maximum de son effectif.

En raison de problèmes techniques, je n’ai pas fait le live de la rencontre ce soir-là. J’ai pu apprécier la rencontre différemment. J’étais comme un supporteur dans la tribune de presse. Et je me suis vite laissé entraîner par l’euphorie. Chaque panier tricolore, chaque action réussie, était déjà une victoire. J’ai vécu le match possession après possession. Lorsque les Bleus ont commencé par un 8-0, il était encore trop tôt pour jubiler. Quand ils menaient à la pause, sur un petit score en plus, je me suis dit que c’était possible finalement. J’ai repensé à mon pronostic. Je me suis même vu gagner la cagnotte. Mais les Espagnols sont revenus tellement forts après la pause… vous auriez vu (et entendu surtout) l’ambiance dans la salle. C’était dingue. Une furia. C’est encore allé crescendo lorsque Sergio Llull a mis son coup en traître à Florent Piétrus. N’empêche que tu sentais les Espagnols douter. Les gars n’avaient jamais été menés depuis le début du tournoi. Tu lisais sur leur visage qu’ils étaient à court de solutions. Lorsque les Bleus ont réussi à laisser passer l’orage dans le troisième QT pour attaquer la fin de match en tête, j’ai commencé à me dire qu’ils allaient le faire. Mais vraiment le faire. La suite ? Du stress. De la joie. J’ai senti que j’assistais à un truc de spécial. Je me suis même mis à faire des signes avec les bras quand Rudy Gobert prenait un rebond ou lorsque Thomas Heurtel marquait un panier décisif. Je peux vous dire que les journalistes espagnols faisaient moins les malins (ricanements sournois). Je suis resté jusqu’au bout. J’ai transpiré mais j’ai pris mon pied. Espagne – France à Madrid ? J’y étais.

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