France – Espagne : Que retenir de cette défaite cruelle ?

L’équipe de France a concédé un terrible revers contre l’Espagne devant son public. Mais au-delà de la désillusion, il y a des motifs d’espoir pour les Bleus.

Tristesse, déception, frustration… les émotions sont encore palpables tout autour de nous au moment où, trente bonne minutes après la défaite cruelle de l’équipe de France contre l’Espagne, l’on doit se replonger sur la rencontre. Les images défilent. Le superbe trois-points de Nicolas Batum pour arracher la prolongation, les actions pleines de classe de Pau Gasol, le contre miraculeux de Rudy Gobert dans les dernières secondes, les lancers manqués de Tony Parker, le lancer manqué par Boris Diaw, les lancers manqués par Nic’. Autant de moments qui définissent cette demi-finale incroyable, rythmée par les rebondissements, les cris, la joie, l’espoir et la désillusion. Désillusion que l’on pouvait lire dans les yeux d’un Parker amorphe en zone mixte. Assommé, abattu, le meneur des Bleus a balbutié quelques mots avant de rejoindre les vestiaires, le regard vide. La colère, relayée par Gobert, Batum et même Vincent Collet. Remontés derrière les micros, ils n’ont pas hésité à pointer du doigt la protection de Pau Gasol par les arbitres. Qu’ils aient raison ou tort importe finalement assez peu. Avec tout le respect que l’on doit aux Espagnols – et on parle d’un profond respect pour une équipe incroyable – la Roja n’a pas gagné ce match. La France l’a perdu.

« Je pense que c’est plutôt ça. On a plus perdu qu’ils n’ont gagné », avouait Mickaël Gelabale, lui aussi. « On rate six lancers à la fin, on perd de cinq points. »

La défaillance de l’Équipe de France

Tony-Parker-1400Oui, les Espagnols ont bénéficié de nombreux road trips sur la ligne de réparation en seconde période et en prolongation. Oui, certaines fautes ont – sans doute – été oubliées de l’autre côté. Mais Gasol et ses coéquipiers ont converti 24 de leurs 26 lancers (92%). La France ? Un vilain 10 sur 17 (59%). Six lancers manqués à la fin, une défaite de cinq points. Boris Diaw en a manqué un. Batum en a loupé trois alors qu’il avait une occasion d’accrocher une deuxième prolongation, lui qui avait joué les pompiers de service quelques minutes plus tôt. Mais les plus marquants restent sans doute les deux lancers ratés par Tony Parker. Ces deux lancers sont finalement à l’image du tournoi pour l’emblème du basket français. Il a joué cette compétition sur un faux rythme. Les inquiétudes sur son niveau de jeu ont été étouffées par les victoires consécutives et par les nouvelles dimensions prises par des garçons comme Nando De Colo, Joffrey Lauvergne et Rudy Gobert. Tony Parker reste Tony Parker. TP. Le meilleur marqueur de l’histoire de l’Eurobasket. Le meilleur joueur français de l’histoire. C’était son Eurobasket. Alors on a fermé les yeux. On a cru la star relancée après son coup de chaud contre la Lettonie en quarts. Mais la réalité est autre. Était-il blessé ? Le plus célèbre numéro 9 a que trop rarement été tranchant tout au long de cette compétition. Il a pris l’eau en défense à chaque match. Sauf que, contrairement aux campagnes précédentes, il n’a pas compensé de l’autre côté du terrain. Il n’a pas eu son apport habituel en attaque. Il n’a pas eu cette aisance balle en main qui le caractérise depuis de nombreuses années. Il n’a pas eu cette capacité à tuer les matches. Ce soir, Tony a terminé avec 10 points en 37 minutes. A 4/17 aux tirs. Et ces deux fameux lancers manqués.

Le passage de témoin

Nando-De-Colo-1400Cet article n’est à charge contre Tony Parker. Il a tellement fait gagner l’équipe de France. Il a apporté tellement de choses au basket. Il ne s’agit pas de lui en vouloir ou de le tenir responsable. Comme indiqué plus haut, ce match, la France l’a perdu seule. Sur plusieurs erreurs, plusieurs faits de jeu. Ces lancers sont juste symboliques de quelque chose de plus grand. Quelque chose que l’on avait pas vu venir avant le début de l’Euro. Car finalement, ce soir, les « anciens » ont craqué. Eux qui ont construit cette équipe de France. Eux qui l’ont propulsé au sommet de la hiérarchie européenne. Peut-être est-il simplement d’admettre que le relais a déjà été transmis. Les Lauvergne, les Fournier, les Batum, les Gobert et même les De Colo et les Kahudi, tous les deux déjà un peu plus âgés. Ces gars-là ont tenu l’équipe pendant la compétition. C’est Nando qui a assommé l’Espagne dans le quatrième quart avant de ne plus trop toucher la gonfle. C’est Rudy qui a muselé Gasol du mieux possible malgré ses quatre fautes. Et c’était déjà le cas lors des matches précédents. Les plus jeunes joueurs, plus athlétiques, plus frais, n’ont pas attendu la retraite de leurs glorieux aînés pour prendre de plus en plus de place au sein du groupe. Et c’est une excellente nouvelle. Parker, Diaw, Piétrus, ils ont façonné cette équipe. Ils ont inculqué des valeurs. Ils ont montré l’exemple. Ils ont fait fleurir cette culture de la gagne. Peut-être est-il simplement temps non pas de tourner la page mais de confier les commandes à ceux qui ont porté les Bleus jusqu’en demi-finales. La France a une grande équipe de basket. Et même vaincue ce soir, elle dispose en son sein des joueurs susceptibles de la ramener sur le toit de l’Europe dans les années à venir. « Les grandes défaites forgent les grands hommes », tweetait Rudy Gobert après la rencontre. Parker, Diaw… ils ont connu des défaites cruelles. Des revers qui les ont menés à un sacre en 2013. Qui sait jusqu’où cette désillusion, l’une des plus difficiles à avaler, portera la relève de l’équipe de France ?

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