France vs Espagne : l’heure de la revanche a sonné !

L’équipe de France est entrée dans ces JO avec l’ambition et les moyens de frapper un grand coup, mais un adversaire de longue date vient se dresser sur sa route : l’Espagne.

Dans quelques heures maintenant (17h15), la France affrontera l’Espagne pour une place en demi-finale. Après un parcours presque parfait en poule (4-1) et une belle 2e place, la bande de Tony Parker espérait certainement affronter un adversaire moins coriace en quart, mais l’EDF jouera pleinement sa chance. Dans tous les cas, elle n’a rien à perdre. Mais quelles sont réellement ses chances de battre l’ogre ibérique ? Vincent Collet a-t-il les armes pour mettre à terre la Roja ? Les Bleus pourront-ils mettre un terme à toutes ces années de règne espagnol ? Quelques spécialistes nous ont livré leur analyse.

Dossier réalisé par Syra Sylla et publié dans le n°37 de REVERSE

 

Une dimension athlétique supérieure et une défense agressive

Team USA et la France se reposeront sur les deux mêmes atouts pour tenter de battre l’Espagne : des qualités athlétiques au-dessus du lot et une défense de fer. Sans cela, point de salut possible.

David Blatt : « La France a les talents physiques pour battre l’Espagne. Elle a le profil type pour le faire. Ça court, ça joue énormément en percussion, notamment avec des gars comme Gelabale ou Batum. Avec tous ses intérieurs, dans la raquette, elle peut rivaliser même si les deux Gasol vont faire très mal. Défensivement, c’est le genre d’équipe qui peut tenir l’Espagne. Les joueurs ont tous énormément progressé individuellement et on a vu une équipe qui avait haussé son niveau au dernier Euro. »

Yannick Bokolo : « Il y a des équipes que tu bats en donnant tout en défense mais pour l’Espagne, il faut avoir de l’audace en plus. Il faut vouloir les battre, pas juste bien défendre. Navarro, le but c’est de le limiter et lui faire faire ce qu’il ne fait pas d’habitude. Il va tout mettre en fade-away, floaters… Faut lui rendre les choses compliquées. Mais l’idéal est de le couper du ballon, même si pour ça tu dois lui courir après. Quand il a le ballon, tout le monde a les yeux rivés sur lui, que ce soit les joueurs ou les arbitres. Il faut les user. On sait que les extérieurs sont forts en attaque et peuvent se reposer en défense. Ils ont les grands en second rideau derrière. Donc il faut les fatiguer et ne pas les laisser se mettre à l’aise. »

Claude Bergeaud : « On ne peut pas laisser l’Espagne à 90 points. On doit les empêcher de courir, jouer le rebond… C’est une équipe qui a été élevée à la course et au jeu rapide. Ils ont la particularité de défendre malin et dur. Mais ce qui est incroyable, c’est cette capacité de marquer des tirs sur un rythme de contre-attaque. »

 

Pas de marge de manœuvre

Ce qui est compliqué avec l’Espagne, c’est que la qualité de son jeu intérieur nourrit celle de son jeu extérieur… et inversement. Du coup, il faut à la fois être suffisamment discipliné en attaque pour ne pas alimenter le jeu rapide tout en ne tombant pas dans les pièges posés par leur fixation intérieure sur attaque posée. Bref, un casse-tête permanent.

Stephen Brun : « On a des joueurs capables de mettre une grosse intensité défensive sur 40 minutes et on a vu, sur la préparation, que même quand on n’est pas au point, on peut mettre une pression tout-terrain efficace sur des courtes séquences et faire un stop défensif monstrueux. Vincent Collet veut couper les lignes de passes et empêcher le jeu adverse de se développer. On a la chance d’avoir des joueurs qui peuvent le faire. Batum au poste 3 par exemple, avec ses longs segments, il est en mesure de récupérer beaucoup de ballons. Le problème, quand on joue l’Espagne, c’est que tu as un des deux frangins qui va se mettre en poste bas. Et comme ils ne sont pas manchots, c’est difficile de les contenir. Et en plus, l’Espagne dispose d’artificiers de qualité. Donc si tu ne trappes pas le poste bas, tu te prends un post-up, ils mettent la balle dedans et c’est terminé. Mais si tu trappes, tu laisses ouverts les shooteurs et là tu te retrouves avec des Navarro et autres pistoleros qui te bombardent. C’est compliqué. »

« Il faut savoir une chose, c’est que les Espagnols sont toujours très craintifs de la France. » Stéphane Risacher

Jacques Monclar : « On sait que quand on joue l’Espagne, il y a des endroits où la balle ne doit pas aller. Elle ne doit pas aller dans les transitions sur Navarro. Il faudra les empêcher de poster directement. Il ne faut pas subir leurs interceptions, il ne faut pas alimenter leur jeu rapide. Il y a des joueurs qui changent la physionomie de l’équipe quand ils sont bons, c’est le cas de Rudy Fernandez ou Victor Sada par exemple. Ces joueurs-là, il ne faut surtout pas qu’ils prennent feu. Si tu les mets en confiance, les mecs vont exploser. C’est clair qu’on ne peut rien leur laisser de facile ou on est mort. »

Stéphane Risacher : « Il faut savoir une chose, c’est que les Espagnols sont toujours très craintifs de la France. A chaque fois qu’ils la croisent en compétition, ils sont conscients que les capacités athlétiques des Français peuvent les gêner. Le problème, c’est qu’ils sont aussi conscients qu’ils savent très bien jouer. »

 

Des joueurs hors norme : un impératif pour réussir

Avoir un joueur au-dessus du lot est un impératif pour toute équipe voulant aller loin lors d’une compétition majeure… mais ça ne suffit pas toujours. La preuve, malgré la présence quasi-systématique de Tony Parker, la France est souvent rentrée au bercail avec plus de regrets que de médailles. Oui mais, d’une part TP a très clairement passé un nouveau cap qui le propulse encore plus haut dans le top des meilleurs joueurs mondiaux, et, par ailleurs, les confirmations au plus haut niveau de Nicolas Batum, Nando de Colo ou Mike Gelable, ainsi que leur capacité à coexister et à briller conjointement dans le cadre du collectif, permettent à l’EdF de ranger ses derniers complexes d’infériorité. La solution idéale ? Une équipe qui joue son meilleur basket au meilleur moment et un joueur top niveau pour pouvoir débloquer les situations périlleuses.

Claude Bergeaud : « On ne peut pas gagner en disant que Tony doit être bon ou que le secteur intérieur doit être bon. On doit être bon dans TOUS les secteurs de jeu. »

David Blatt : « Sur une compétition courte comme les JO, c’est important d’avoir un joueur comme Tony Parker qui va prendre le ballon et débloquer la situation si besoin. Il peut créer son propre jeu et faire la différence sur un match. Il peut aller au panier quoiqu’il arrive. Même si le collectif est primordial, c’est aussi indispensable d’avoir dans son effectif un joueur capable de faire le travail seul quand les choses ne vont pas bien. »

Christian Monschau : « Il y a des talents dans l’équipe espagnole qui font que, tu as beau avoir un collectif défensif efficace, ces joueurs peuvent détourner des situations comme bon leur semble. Les J.O. ont la particularité d’être une compétition sur format court. Donc ça va se jouer sur la forme du jour, il faudra mettre les lancer-francs, rentrer les shoots… »

 

Un collectif déjà bien en place

Contrairement aux compétitions précédentes et malgré une préparation perturbée, la France est arrivée à Londres avec une confiance dans son potentiel et un savoir-faire éprouvé. L’EdF a désormais une identité dans le jeu et des atouts forts à opposer aux Espagnols.

Christian Monschau : « On a un vrai leader, des joueurs qui ont émergé au plus haut niveau en NBA, comme Nicolas Batum, et une forte ossature de joueurs qui excellent en France ou dans les autres championnats européens. »

Sacha Giffa : « On a rattrapé le retard cumulé ces dernières années, on commence à avoir un vécu collectif, les jeunes ont un peu d’expérience. L’Espagne a gardé le même groupe depuis des années, mais reste une équipe très forte dans le sens où ils ont de très bons joueurs Euroleague et également des joueurs estampillés NBA. Ils ont réussi à faire l’amalgame entre toutes ces formes de jeu. Et ça les rend presque imbattables. Mais avec l’esprit qui règne en équipe de France et l’état d’esprit depuis le dernier Euro en Lituanie, la France a sa chance. »

Claude Bergeaud : « L’Espagne est une équipe vieillissante avec des joueurs gavés de compétition et qui auront peut-être moins faim que l’équipe de France. L’Espagne a passé un cap de maturité et il y a peut-être une phase de stagnation alors que l’équipe de France progresse énormément. Ça fait des années que la France n’a plus battu l’Espagne et il y a un moment où les choses vont changer. Cette année, c’est la bonne. »

 

Et si c’était l’heure, tout simplement ?

En sport comme dans la vie, tout est affaire de cycles. Cela fait un moment que l’Espagne domine globalement la scène européenne et que la France joue le rôle d’éternel prétendant. Il est peut-être temps que les choses s’inversent. Mais pour cela, il faut s’en donner les moyens. Au Championnat du Monde d’Indianapolis, en 2002, c’est parce que l’Argentine et la Serbie avaient joué Team USA de façon totalement décomplexée et avec la volonté farouche de s’imposer, qu’elles ont pu prendre l’ascendant. Leur heure était venue, sans aucun doute, mais elles ont su être ponctuelles au rendez-vous de l’histoire.

Jacques Monclar : « Il faut retrouver l’état d’esprit affiché contre les Grecs ou les Russes au dernier Euro. Un France-Espagne n’a jamais été neutre. L’objectif, c’est d’aller la chercher parce qu’elle est la référence en Europe. Quand on est deuxième, on a toujours l’envie de devenir premier. L’ambition doit être le moteur de cette équipe de France. L’Espagne est une équipe qui domine le basket FIBA depuis un moment. Donc on doit vouloir les taper. Ce n’est pas dans la nature des Espagnols de se reposer sur leurs lauriers. C’est une équipe vieillissante, mais expérimentée et mature. »

« Il y a un moment où les choses vont changer. Cette année, c’est la bonne. » Claude Bergeaud

Christian Monschau : « Virtuellement, la France est la deuxième nation en Europe et, à un moment donné, les choses vont changer. On peut espérer que la stat s’inverse et qu’à force de dominer, l’Espagne tombe par terre. L’Espagne et la France sont deux excellentes équipes qui ont cet état d’esprit de devoir affronter un adversaire. On est dans une période de renouvellement de générations de trois équipes saines avec les USA. »

Stephen Brun : « Depuis 2005, l’Espagne nous a toujours battus mais il y a 4-5 ans, on avait le droit à des volées. Aujourd’hui, on n’est jamais loin. Peut-être que cette année est celle où le vent va tourner. »

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Comments

Commentaires (5)

  1. cspforever

    Que la force soit avec vous….

  2. bigbokz

    Quand tu perds 3 fois d'affilé ils ne faut pas dire revanche … y'a pas de mot pour ça .. l'heure de la fin de la domination ??