France Vs Lituanie : J’y étais… à Vilnius

A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, voilà l’adage. Un adage dont les Bleus se seraient bien passés ce soir… Grâce à Thomas « cool blooded » Heurtel et captain Diaw, la France décroche le bronze et rentre dans l’élite mondiale du basket.

De passage à Vilnius en ce mois de septembre, je ne pouvais pas mieux tomber. La défaite contre la Serbie a vite fait place à l’excitation d’un duel pour la troisième place de ce mondial. La seule idée de vivre le match ici, à Vilnius, au milieu des fiers Lituaniens, était délicieuse.

Pourtant habitué du pays, la passion qu’ont les Lituaniens pour le basket m’étonne encore. Ce n’est plus de sport dont on parle, mais littéralement de religion. Et la messe ne va pas tarder à commencer, à voir l’empressement des badauds à envahir les bars du centre-ville. Je décide donc de pousser la porte d’un bar réputé pour l’ambiance qui y règne pendant les matches de l’équipe nationale : le Piano Man. Situé au cœur du quartier nocturne de la capitale, sur islandijos gatve, il est plein à craquer alors que les joueurs n’en sont qu’à l’échauffement. Il est 18H30 et il n’y a déjà presque plus de place à l’intérieur. Parfait.

Equipe-de-France-LituanieDes serveuses aux clients, tout le monde est concentré à l’approche de l’entre-deux. Un rapide coup d’œil autour de moi me fait réaliser que je suis bel et bien le seul Français présent. La Marseillaise retentit. La foule autour de moi est très respectueuse : pas de sifflets ni d’insultes. Mais je ne me réjouis pas si vite : the night is young comme on dit. Et les bières sont encore dans les pintes. Méfiance, donc.

Après un bon début des Bleus, c’est Jonas Valanciunas qui marque les premiers points pour les Baltes. Le bar s’enflamme. Je ne parle pas Lituanien, mais arrive à attraper quelques mots ça et là. Et quand mes voisins de table parlent du pivot des Raptors, c’est le nom de Sabonis qui revient souvent. Curieux, je demande à mes adversaires d’un soir de m’expliquer. Karolis, qui a bien compris que je ne supportais pas la Lituanie, m’explique : « Tout le pays place beaucoup d’espoirs en Valanciunas. Les gens le comparent à Sabonis, c’est vrai que c’est parfois troublant, notamment dans sa gestuelle ». Sabas est ici une légende. Un dieu vivant. A chaque fois que j’ai été amené à parler de lui en Lituanie, les gens m’ont presque toujours assuré que s’il se présentait, il serait élu président de la république sans problème, c’est dire.

Si Arvydas est un dieu vivant, il y a quelque chose d’autre qui est sacré ici. L’adresse. Voilà pourquoi à chaque-lancer franc raté par un Balte, le bar gronde. Pour mieux s’embraser quelques secondes plus tard quand Darius Lavrinovic envoie une première banderille à trois-points. L’assemblée n’est pas étonnée le moins du monde par l’adresse de l’un des jumeaux.

A ce propos, Egle, une de mes voisines, me raconte que « Darius et Ksistof sont très appréciés en Lituanie. Ils sont chaleureux avec les supporteurs et, surtout, ils ont un accent polonais (ils sont en effet d’origine polonaise), à couper au couteau qui est vraiment drôle. Ce sont aussi d’horribles acteurs, mais ils jouent souvent dans des pubs, plutôt débiles d’ailleurs… »

Au même moment, la France essuie une pluie de roquettes longue distance et cette salve est acclamée avec une régularité métronomique par tout le bar, clients comme serveurs. Si l’ambiance monte, la Svyturys, (la principale bière Lituanienne, qui se boit un peu comme de l’Evian ici), elle, descend. Et la raquette française est en chantier, à cause, encore une fois de Jonas Valanciunas, qui, à 22 ans, porte littéralement les espoirs d’une nation entière sur ses épaules. Triple de Seibutis. L’ailier du Lietuvos Rytas lâche, un « Blet » (le « putain » russe, très utilisé en Lituanie), de rage, le poing serré. La Lituanie mène de 4 points maintenant. L’hystérie collective commence à s’emparer du Piano Man. « LIE-TU-VA ! LIE-TU-VA ! », reprend en chœur le bar entier, certain d’avoir achevé les espoirs français.

Equie-de-FranceMoi qui, jusqu’à maintenant, m’étais montré plus que discret, serrant rapidement le poing après la claquette monstrueuse de Gobert par exemple, suis repéré. 80-80. La tension est à son comble, chaque équipe se rend coup pour coup. Je ne peux plus me contenir. Envers et contre tout, je lâche un « c’est ça Boris ! », qui glace l’ambiance, lorsque ce dernier rentre un lay-up plus que précieux. Les regards se font de plus en plus oppressants autour de moi, mais peu importe. Je réfléchirai à comment fuir à la fin de ce match d’anthologie. Il reste 20 secondes, mais elles durent bien 10 minutes.

Après un combat mental de haute volée, la France l’emporte. Les Lituaniens sont choqués, abasourdis. Ils la tenaient, cette médaille. J’essuie quelques regards accusateurs, mais sans plus. Le bar se vide plus vite qu’il ne s’est rempli et la soirée peut commencer à Vilnius, qui boira plus que de raison pour oublier cet affront. Il faut croire que 18 heures seulement après la désillusion serbe, la bande à Babac avait un travail à finir. Mission accomplie.

Par Iban Rais

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