Georgi Joseph : « Aucun club français ne me connaissait »

Alors que Pau joue actuellement sa place en playoffs, Georgi Joseph nous a accordé une interview.

BasketActu : Pour commencer peux-tu nous donner de tes nouvelles ?
Georgi Joseph : Je me remets tout doucement, je prends mon temps. C’est vrai que c’est la fin de saison mais je ne vais pas accélérer ma reprise au risque de ne pas être totalement remis pour gagner un match.

BasketActu : Tu penses pouvoir jouer ce week-end ?
GJ : Franchement, je ne pense pas. Je ne ne me suis pas encore entraîné, (ndlr : l’entretien à eu lieu mercredi soir). Je vais commencer jeudi à m’entraîner avec l’équipe. Pour l’instant c’était plus de la remise en forme qu’autre chose.

BasketActu : Ce qui t’arrives ce n’est pas un peu à l’image de votre saison ?
GJ : On a eu des pépins ici et là. Ce sont des blessures, on ne peut rien y faire. Quand elles arrivent, elles arrivent. Après c’est bien que ce soit moins grave que d’autres blessures. C’est comme ça, il faut faire avec. Quand il y a un blessé, il faut qu’il y ait quelqu’un d’autre qui remplace, qui prenne la relève comme on dit.

BasketActu : Avec tout ce qui vous est tombé sur la tête, tu vous vois aller en playoffs ?
GJ : Si on y arrive, on y arrive. Si on y arrive pas, ce sera dommage avec une équipe comme celle qu’on a.

BasketActu : Si vous arrivez en playoff, est-ce que tous ces moments difficiles ne peuvent pas être un moteur pour faire quelque chose ?
GJ : Ca dépendra de l’état de santé de tous les joueurs. Les blessures, ça forge le caractère certes, mais ça ne fait pas gagner des matchs. Si on se qualifie, et j’espère qu’on se qualifiera, ce n’est pas l’état d’esprit qui nous fera gagner. C’est vraiment ce que nous on mettra dans nos playoffs qui nous fera gagner des matchs ! Mais on n’en est pas encore là. On a un match contre l’ASVEL vendredi, on va se focaliser sur ça et le reste on verra plus tard. On prend les matchs au jour le jour. Pour l’instant on a l’ASVEL, Roanne, un déplacement au Havre, c’est vraiment à ça qu’on pense.

BasketActu : Tout le monde sait que tu es un compétiteur. Tu ne rages pas de ne pas pouvoir jouer des matchs comme celui de vendredi contre l’ASVEL où justement il y a une très grosse raquette ?
GJ : C’est clair, je ne sais pas encore si je ne jouerai pas. Ca dépendra vraiment de l’évolution de ma reprise. Mais il y a 3-4 matches, ça me soûlait déjà parce que je n’aime pas voir mes coéquipiers dans le besoin. Je n’aime pas rater les matchs. J’espère que je jouerai mais si je le rate c’est que je suis blessé, je ne peux rien y faire…

BasketActu : Penses-tu que le retour de Teddy Gipson a été important pour ton équipe ?
GJ : Oui, quand même ! Ca a apporté un plus, ça a apporté beaucoup de choses, il faisait partie de l’équipe de l’année dernière qui a gagné le titre de ProB.

BasketActu : Personnellement ça t’a fait quoi ?
GJ : Ca fait toujours plaisir de retrouver un gars avec qui on a vraiment vécu une bonne expérience tout au long d’une saison. C’est un soldat avec qui on est parti à la guerre, ça fait toujours plaisir de le revoir. C’est plus qu’un coéquipier, c’est un ami, ça fait plaisir de le revoir ! On lui a dit : ‘Bienvenue chez toi’, il savait qu’on avait besoin de lui et qu’il avait besoin de nous.

BasketActu : Peux-tu maintenant nous parler un peu de ta carrière ?
GJ : J’ai commencé le basket vite fait, comme ça, pour le fun. J’ai commencé en Haïti. Je suis né à Paris (11ème). A 12-13 ans, je suis parti à Haïti avec mon père, mes frères et soeurs, et c’est là-bas que j’ai vraiment commencé le basket. Suite à ça, je suis rentré en France et je me suis inscrit en UNSS. Je n’ai fait qu’un match, j’avais un gros tempérament, un gros caractère, je ne pouvais pas faire avec… Malgré les bonnes performances que j’ai fait, personne ne m’a jamais aidé à intégrer, tester un centre de formation ou une équipe quelconque. On m’a un peu mis de côté. Je me suis dit que c’était pas grave. Je suis retourné en Haïti, j’ai continué le basket et mon père a déménagé en Floride. Je me suis qu’il fallait que je continue le basket. Je me suis retrouvé au lycée, personne ne m’a introduit là-bas, j’ai fait comme tout le monde, des essais comme tous les joueurs américains… Après j’ai décroché une bourse d’études par rapport à mes capacités au basket. J’ai joué 3 ans à l’Université de Kennesaw State. J’ai gagné un titre universitaire de deuxième division. Après je suis parti joué un an en Italie…

BasketActu : Tu n’avais pas de propositions en France ?
GJ : Non, aucun club français ne me connaissait. L’agent avec qui je travaillais à l’époque m’a conseillé de commencer par l’Italie. Après l’Italie, où j’avais fait une bonne saison et de bons playoffs, en France je n’avais vraiment rien de rien, aucun clubs ne s’intéressait à moi. A part peut-être Orléans où j’ai rencontré Philippe Hervé mais on n’a pas conclu. Après j’ai fait des essais au Paris-Levallois, à l’époque il n’y avait pas d’équipe, j’ai fait un mois d’essai et ils m’ont pris avec un contrat minimum…

BasketActu : Tu as parlé de ton fort caractère à tes débuts dans le basket mais est-ce que ce n’est pas ton fond de commerce encore aujourd’hui ?
GJ : J’ai un caractère surtout à ne pas accepter que quelqu’un, même s’il est plus grand que moi, me domine, je n’accepte pas qu’on me domine. Je n’ai jamais baissé la tête devant qui que ce soit. J’ai toujours été comme ça, c’est une forme de fierté !

BasketActu : Comment vois-tu évoluer ta carrière dans le futur ?
GJ : Franchement aucune idée ! Je suis comme ça, j’ai toujours été comme ça, j’ai fait 4-5 clubs en 5 ans. Là, j’ai rempilé à Pau parce qu’on est monté, je prends les choses comme elles viennent, je maintiens mon corps en bon état histoire de jouer le plus longtemps possible. Dieu seul sait, comme on dit, là où je jouerai l’année prochaine.

BasketActu : Quelle est ta plus grosse qualité?
GJ : Il faudrait demander à quelqu’un qui me voit jouer je ne serais pas vous dire. Je suis agressif, et je n’aime pas du tout me laisser faire. Je suis un compétiteur, si quelqu’un prend un rebond sur moi, il n’en prendra pas deux ! J’ai toujours détesté que quelqu’un me domine. C’est une question de fierté.

BasketActu : Ton plus gros défaut ?
GJ : Je pense que c’est pareil, j’ai la tête dur et je suis obstiné. Quand je rate un shoot, ça va m’énerver parce que j’ai raté un shoot, il aurait du rentrer ! Et ça peut m’obséder pendant longtemps. C’est le syndrome de l’Haïtien ça !

BasketActu : La chose la plus importante dans la vie pour toi ?
GJ : Pour moi c’est Dieu et la famille ! Il n’y a rien de plus important que sa foi et sa famille. La famille, ça ne se remplace pas, c’est ce qu’il y a de plus important. Et je ne parle pas de famille de sang, ça peut être famille élargie, de différentes origines.

BasketActu : La personne qui t’a le plus appris dans le basket ?
GJ : Honnêtement, c’est très difficile à dire. J’ai tellement côtoyé de bons et grands joueurs que ce serait très très dur de pointer une personne. En Italie, j’ai joué avec Mario Boni, Andrea Niccolai, Antonio Smith qui était comme moi un intérieur pas vraiment de petite taille, mais qui n’était pas super grand, c’était un gros bosseur… J’ai joué avec des mecs comme Teddy Gipson, Laurent Sciarra, Slaven Rimac, ils partagent, tu n’as plus qu’à absorber.

BasketActu : La personne qui t’a le plus appris dans la vie ?
GJ : Mes parents, donc je ne dirais pas qu’une personne. L’expérience qu’ils ont. Mon père est parti de rien, ils nous a amené en France, il a aidé 30 personnes, il est reparti au Etats-Unis, il a pu créer quelque chose à partir rien. Il ne parlait pas anglais, il a ouvert un restaurant, il n’a jamais laissé aucun obstacle lui barrer la route. J’ai la tête dur comme mon père. Je suis vraiment le fils à mon père.

BasketActu : Ton meilleur ami dans le basket ?
GJ : J’en ai beaucoup, je ne peux pas dire qui. J’en ai trop ! Tony Ramphort, c’est un très bon ami à moi, Vincent Mendy, Souarata Cissé

BasketActu : Le plus bosseur de tes coéquipiers à Pau ?
GJ : Tout le monde travaille beaucoup mais je dirais Teddy Gipson et Slaven Rimac.

BasketActu : Celui qui bosse le moins ?
GJ : (Rires) Celui qui bosse le moins en ce moment, c’est moi puisque je suis blessé.

BasketActu : Le plus marrant ?
GJ : Junior Elonu, il fait des trucs marrant sans le vouloir. Il est sérieux dans le délire. Et Miguel Buval.

BasketActu : Un leader ?
GJ : Pour moi, Teddy Gipson et Antoine Mendy. Comme l’association de mon ami Louvenor dit « Lead by example », tu es un leader par l’exemple ! C’est des mecs comme ça qui donnent tout sur le terrain, tout le temps à fond. C’est quelque chose que je respecte beaucoup, quelqu’un qui se donne à 300% sur le terrain même blessé… Toute l’année dernière, Teddy Gipson était blessé, pareil pour Antoine, ce sont eux les vrais leaders de l’équipe ! Ils donnent toujours tout, tout le temps ! Même des mecs de la trempe de Marko Maravic !

BasketActu : Un dossier ?
GJ : Il faut que je sorte quelque chose d’acceptable, je ne vais pas sortir de dossier, à part JeanFrédéric Morency en couverture de BasketNews, comme tout le monde a pu le voir, qui se fait attraper les coucougnettes par le jeune de Poitiers (Evan Fournier) !

BasketActu : Tu a parlé de « Lead by Example ». Tu peux nous en dire plus sur ton été ?
GJ : Cet été, il va y avoir un match de gala, qui opposera deux équipes du Quai 54 qui ne sont jamais rencontrées. La Relève contre Shest Hustler. Grand match que tout le monde attend et dont tout le monde parle, parce qu’on se connaît tous et il y a une grande rivalité entre nous. Ce sera aux profits d’une association qui s’appelle « Lead by Example », créée par Louvenor JeanPierre. Tous les fonds récoltés seront utilisés pour construire une école en Haïti. Quand il m’a parlé de ce projet, je n’ai pu qu’adhérer, Haïti c’est mon pays d’origine ! Ca me tient très à coeur et pas que depuis aujourd’hui, ou depuis le séisme ! A chaque fois que quelqu’un peut faire quelque chose pour le pays, ça me tient à coeur. C’est un pas en avant pour aider mon pays d’origine, ils sont dans la galère, c’est à nous, la diaspora de l’étranger, de les aider à se relever, c’est le minimum que l’on puisse faire.

BasketActu : Quel oeil portes-tu sur ton pays depuis le séisme ?
GJ : J’ai toujours les larmes aux yeux, malgré tout ce qu’on peut faire, et les gens sont bosseur, tout le monde vous le dira, il y a toujours quelque chose qui s’abat sur la pays que ce soit un coup d’état, un renversement, un régime dictatorial, Katrina, Georges, un tremblement de terre, le choléra… Il y a toujours des maux qui s’abattent sur Haïti et ça, ça ne peux pas me laisser indifférent. J’ai vécu là-bas, j’ai toujours de la famille là-bas. Quand des choses comme ça arrivent, ça met les larmes aux yeux… Mais je sais que les Haïtiens sont un peuple spécial, c’est un peuple qui n’a jamais baissé les bras quoi qu’il arrive, c’est la première république noire à prendre son indépendance. Ils ont défait, pas n’importe qui, l’armée de Napoléon, c’est la première défaite de Napoléon. Quoi qu’il arrive, mon peuple relèvera toujours la tête pour aller de l’avant.

BasketActu : Par rapport au match en lui-même, vous êtes motivés ?
GJ : Motivés on l’est, on sait très bien ce qu’il y a en jeu par rapport à la réputation des deux équipes ! Mais bon, on sait tous que la Relève est un cran au-dessus. C’est vrai que chaque année on tombe contre l’équipe qui gagne le Quai 54, la Fusion. Les joueurs de Shest Hustler pensent eux aussi qu’ils ont des chances et ce sera un beau match, mais il n’y aura pas photo !

BasketActu : Un petit message perso pour eux ?
GJ : Ca parle de Hustler, Hustler ! Moi je vois aucun Hustler sur le terrain ! Adviendra ce qu’il adviendra, que le meilleur gagne tout simplement. On ne s’appelle pas La Relève pour rien.

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Comments

Commentaires (12)

  1. Bingo

    Super. Un personnage à découvrir ce Georgi !

  2. Burt Cassander

    "Je suis un compétiteur, si quelqu’un prend un rebond sur moi, il n’en prendra pas deux ! J’ai toujours détesté que quelqu’un me domine. C’est une question de fierté."

    Pour l'avoir vu à la semaine de As, de visu, cette phrase prend tout son sens, c'est un guerrier qui plus est, pas trop manchot.

    Un mec précieux.

  3. bobine

    un bon soldat

  4. gigijunior

    depuis cette année il me "plait" un peu plus car je l'avais vu joué quand il était a aix maurienne et j avais l'impression que c etait un gros nerveu qui se la racontait de ouf mais en fait j'ai l'impression que le mec à l'air cool en fait, gros caractère

  5. AND11

    Il m'a impressionné a gentilly. Un bon soldat.

  6. maksim

    C'est vraiment dommage que pau ait eu autant de blessés parce que la composition type actuelle est plutôt sympa avec Gipson-Bennett-Mendy-Maravic-Elonu plus Rimac, Morency, Joseph…

    ça joue vraiment au basket et entre Rimac, Maravic et sciarra jusqu'il y a peu il y avait de l'expérience à transmettre…

  7. gigijunior

    vous pouvez me redire le liens pour le forum car les comm types Busa j en peux plus!

  8. maksim

    Y en a plus !!!

    Et BA devient de plus en plus pollué par les kikoo lol la NBA et les dunks c'est trop fort!!!

  9. gigijunior

    nan mais qui regarde la proA c est pourri la proA moi je regarde la NBA, enfin quand je dis je "regarde" je regarde 3 matchs par an mais les highltights c est ts les jours, je connais les top 10 par coeur!