Greg Beugnot : « Boris Diaw, c’est la sécurité et la sérénité »

Après un parcours sans faute au premier tour, les Bleus vont entamer les choses sérieuses. Avant cela, Greg Beugnot analyse la première phase des Bleus et l’évolution de l’équipe. Première partie.

BasketActu : Quel bilan tirez-vous du premier tour de l’équipe de France ?

Greg Beugnot : C’est un bilan assez satisfaisant, parce que ça se termine en apothéose face à la Serbie hier, où il y a un match assez extraordinaire. Certainement une des plus belle prestations de l’équipe de France depuis un petit moment. On a une équipe qui monte en puissance, une hiérarchie qui commence à s’établir dans l’équipe, un banc qui commence à être productif. C’était un peu le danger au niveau des titulaires, on avait des bonnes prestations, on avait un banc qui apportait un tout petit peu mais pas assez. Et aujourd’hui on commence à avoir, ponctuellement, certains joueurs sur certains matchs qui apportent plus. C’est ce qui pourra nous permettre d’avoir une forme de stabilité. Mais surtout nous avons réussi à hausser notre niveau de jeu au niveau de la qualité de l’équipe de Serbie et nous n’avons pas douté. Ça, c’est énorme parce qu’à la fin, lorsque nous loupons les deux lancers francs après l’antisportive et qu’on loupe la possession suivante, le doute aurait pu se créer et ça n’a pas été le cas. C’est tout à l’honneur de l’équipe, qui aujourd’hui me parait être en mission et ne doute pas. Si on continue notre évolution technique, ce qui a l’air d’être le cas, sur les prestations que l’équipe de France a montré, si on n’a pas trop d’usure sur les titulaires avec les bonnes prestations du banc de touche, je pense que l’on peut envisager les quarts de finale assez rapidement.

BasketActu : Comment avez-vous vu évoluer cette équipe tout au long de ce premier tour ? Quelles sont les améliorations, les choses qu’ils restent à améliorer ?

GB : La défense était en place dès le départ. On avait une équipe de France qui ne jouait que certaines situations et pas d’autres. Par exemple, l’utilisation du jeu avec les pivots. Aujourd’hui, il y a des alternances, on commence à avoir un Séraphin qui est de plus en plus prolifique en poste bas. On utilise de plus en plus Boris Diaw en poste bas. On commence à avoir une bonne alternance, ce qui n’était pas le cas au début de la compétition où le jeu était plus en périphérie, plus sur l’agressivité, un peu plus Parker-dépendance. Alors qu’aujourd’hui je trouve que l’on commence à avoir une meilleure gestion, un meilleur relationnel, un style de jeu qui nous permet éventuellement, avec la pression adverse, de mettre le ballon à l’intérieur en point de fixation. Et surtout, nous sommes de moins en moins embêtés avec la prestation des pivots contre les défenses de zones. On n’est plus trop tributaire de notre adresse extérieure, ce qui aurait pu être un handicap puisque nous ne sommes pas vraiment une équipe formatée pour tirer à trois points. Mais ce n’est pas un handicap aujourd’hui grâce à cette adaptabilité positive sur les défenses de zone.

BasketActu : Vous attendiez-vous à une équipe de France à ce niveau ?

GB : On aurait pu prétendre l’attendre à ce niveau-là, mais la blessure de Turiaf particulièrement – il y a eu d’autres blessures comme Beaubois – mais surtout celle de Ronny Turiaf aurait pu déstabiliser le groupe puisque nous avions notre pivot défensif capable aussi de peser sur les défenses adverses. Et en isolant Noah, le danger aurait pu être de ne pas trouver en sortie de banc un joueur qui puisse nous apporter ce point de fixation indispensable au haut niveau. Et on a eu avec Séraphin, j’espère qu’on l’aura aussi avec Ali Traoré ponctuellement, les joueurs qui arrivent en rotation et qui pèsent aussi sur les rotations adverses. Ceci nous permet aujourd’hui d’avoir un cinq majeur qui est l’un des plus beaux d’Europe mais aussi d’avoir un banc de touche qui est aussi prolifique et qui nous permet de peser sur les rotations adverses. Ca évite à l’équipe de France de balbutier son basket et d’avoir une certaine forme de stabilité tout au cours du match. Ça évite aussi ces petits décrochements au niveau des scores ou la perte d’avantage quand on avait pris les devants qui peuvent amener à un moment à imposer aux titulaires d’être de plus en plus rentables et au coach de n’utiliser que l’équipe des titulaires. Ce serait une catastrophe en vue de la difficulté et la longueur de ce championnat d’Europe. Et aujourd’hui, le fait que l’on ait trouvé ces alternances-là, ces joueurs-là, nous permet d’être plus cohérents.

Par rapport aux anticipations que nous pouvions avoir sur le comportement de l’équipe de France, aujourd’hui, on les sent motivés. Il fallait faire une équipe, aujourd’hui ça a l’air d’être le cas. On voit le banc de touche qui bouge quand les titulaires marquent, on voit les titulaires qui sont motivés de voir la qualité et qui insistent dans leurs discours sur la qualité des rotations chez nous. Donc je pense qu’une équipe est en train de naître.

BasketActu : Vous avez parlé, comme beaucoup de monde, de Tony Parker-dépendance. N’est-ce pas quelque chose qui a évolué à la vue des matches contre l’Italie ou la Serbie ?

De plus en plus. C’est-à-dire qu’on sera de moins en moins dépendant de TP. En sachant quand même que TP a cette faculté de pouvoir peser sur la défense adverse et qu’à chaque panier important ou à chaque situation importante, avec le leadership qu’il a sur l’équipe, il arrive à transcender ses coéquipiers. Il arrive à les valoriser à travers des passes décisives. Il arrive à rassurer sa défense puisqu’il a un énorme investissement défensif par rapport aux précédentes compétitions et ça se répercute sur ses balles volées. Ça se répercute sur une qualité de pression sur l’adversaire. Donc aujourd’hui, je le trouve beaucoup plus leader qu’il ne l’était collectivement parlant. Ca a toujours été un rassembleur, un leader mais avec une tendance à vouloir provoquer les situations. Aujourd’hui, il est rassurant avec son équipe. Il fait surtout beaucoup d’efforts défensifs, ce qui apporte déjà une première pression très intéressante puisqu’avec les gabarits et les envergures que l’on a, on commence à être très difficile à jouer..

BasketActu : L’importance de Boris dans cette équipe ?

GB : Boris Diaw, c’est la sécurité et la sérénité. Il peut faire abstraction de toutes ses qualités parce que l’équipe n’a pas besoin de lui. Et il peut répondre présent sur deux-trois situations parce que l’équipe a besoin de lui. Gros investissement défensif, gros leadership vocal, capitaine toujours positif à valoriser ses coéquipiers. Il est le message et le relais entre le coach et l’équipe avec Tony Parker. Boris Diaw doit être excellent. On a vraiment l’impression qu’aujourd’hui, Vincent peut s’appuyer sur un Boris Diaw en relais de Tony, quand Tony était focalisé et centré sur sa prestation. C’est un capitaine assez remarquable, qui peut valoriser ses coéquipiers avec des passes décisives. Il peut peser sur l’adversaire, sur des prises de responsabilité. Il est beaucoup plus serein dans son jeu et il est surtout un peu plus léger qu’avant, ce qui lui permet de gagner en agressivité. Et ça c’est un plus par rapport aux prestations que Boris nous amenait avant.

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Comments

Commentaires (33)

  1. Daboss

    Au risque d'enfoncer des portes ouvertes, y a pas à dire, les mecs intelligents, ça a des analyses intelligentes.

  2. Zack

    Lui aussi serait bien pour l'équipe de France.

    C'est vraiment un grand coach.

  3. Q

    Très intéressant tout ça, la vidéo sur Chalon aussi.

    Merci d'être aller l'interviewer, vous faites du bon boulot en ce moment je trouve! :)

  4. number4

    Yes c'est intéressant à lire. Mais ce qui est assez cool par rapport à d'autres sports co, c'est que Collet n'est pas vraiment remis en cause en équipe de France. C'est sûrement le plus grand coach de monde, mais depuis le début de cette préparation il gère plutôt bien, c'est joeurs semblent le respecter et l'écouter. La presse ne lui cherche pas trop des noises.

    Il doit être soulagé de pas être à la place de Liévremont ou Blanc en ce moment.

    En tout cas cet euro ça donne envie de regarder les matchs. Y a vraiment du niveau et comme les bleus sont là c'est bien bon.

  5. superboy

    Très belle analyse.

    sans doute nous manque t-il un peu de banc mais on a une équipe, et non un ramassis d'individualités.

    C'est cool de nous voir évoluer comme cela, alors continuons le plus loin possible.

  6. AND11

    "mais surtout celle de Ronny Turiaf aurait pu déstabiliser le groupe puisque nous avions notre pivot défensif capable aussi de peser sur les défenses adverses."

    Mouais mouais mouais….

    Ronny Turiaf est sûrement un très bon cheerleader, mais faut arrêter avec "pivot défensif". Oui il est nul offensivement, ça on est tous d'accord. Mais ça fait pas de lui un gros défenseur pour autant :)

    Il saute à la moindre feinte et n'a jamais su arrêter un pivot adverse..

    Pour moi la blessure de Turiaf, et je l'avais dit à demi mots quand elle a eu lieu, c'est plus une bonne qu'une mauvaise nouvelle pour l'équipe de France (ça permet notamment à notre futur pivot titulaire de faire ses gammes (Seraphin)).

  7. un chalonnais

    merci d etre chalonnais greg et vive l equipe de france qui nous fait rêver tout haut…

  8. Djigga

    Très bonnes analyse !!

    Là ou je ne suis pas tout à fait d'acord avec lui, c'est quand il dit que là, il semble y avoir une équipe ! Mais les autres années aussi ! Le souci est que certains ne prenaient pas assez leurs responsabilités ! Là, il y a des joueurs qui s'affirment et ça fait toute la différence !

    Et l'apport de Noah au poste 5 en terme de défense, de passe et de sens de jeu stabilise énormément l'équipe. Putain, si Turiaf aurait été là, cela aurait été MAGIQUE !!!!!!!!!!!!!!!

  9. mrj

    l'edf bénéficie surtout d’adversaires diminués par l'arbitrage…