Greg Beugnot : « La France, avec 2-3 pivots d’un niveau international, ça change la face de l’équipe »

Suite de l’analyse de l’EDF par Greg Beugnot.

BasketActu : Le secteur intérieur s’est révélé cette année. C’est un peu quelque chose de nouveau en EDF ?
Greg Beugnot : Je suis très agréablement surpris par les prestations de Noah, parce qu’il a une culture américaine, donc une absence de jeu et de connaissance du basket européen. Et aujourd’hui, honnêtement, il est de plus en plus rentable, prolifique, pèse énormément par sa générosité défensive, par son envergure, par son côté athlétique, vertical. En attaque, c’est un joueur rassurant pour ses coéquipiers, parce qu’en cas d’échec, il est souvent présent au rebond offensif. C’est un joueur de sacrifice et de devoir. Il peut terminer les contre-attaques en premier trailer et ça c’est énorme quand vous avez de grands gabarits qui courent comme ça. C’est vraiment une bonne surprise, parce que ce n’est pas évident de vous acclimater aussi vite quand vous avez une culture NBA et que vous n’avez pas participé à des rencontres internationales depuis des années.

La surprise, je ne vous le cache pas, c’est Séraphin. Il est très jeune, j’ai eu la chance de le voir à Coubertin dans un match pour le camp de Tony Parker. Et il s’est développé physiquement. Il est de plus en plus solide. Il est usant pour ses adversaires parce que c’est vraiment un block, très dur dans les contacts. Et surtout, il a des mains fantastiques, qu’il avait déjà quand il était en France. Aujourd’hui, il a l’air d’avoir pris conscience et confiance en son potentiel. Sur la prestation d’hier, où on a quand même des pivots expérimentés au niveau de la Serbie, il n’est jamais tombé dans l’excès. Il était d’une sobriété et d’une présence très, très intense et rassurante pour l’équipe de France. Et une équipe de France qui, malgré l’absence de Ronny Turiaf, commence à s’appuyer sur deux pivots. On connaît Ali Traoré et ses qualités de faux pivot fuyant. Si Ali décide de faire les efforts défensifs, ça pourra nous aider aussi puisque nous sommes toujours à la merci d’une blessure sur un championnat d’Europe aussi long. La France, avec deux, voire trois pivots d’un niveau international ça change la face de l’équipe.

BasketActu : A l’aube de rencontrer justement des secteurs intérieurs très relevés à l’image de l’Espagne, vous êtes rassuré ?
GB : Oui, oui parce que nous avons des pivots plus défensifs qu’offensifs et qu’aujourd’hui ces pivots sont très rentables offensivement. On voit hier le total point Séraphin-Noah qui est très intéressant. Ça compense la qualité d’un seul grand adversaire, et à deux ils arrivent à l’user, user leur adversaire direct et peser dans les raquettes adverses. C’est très rassurant, c’est un secteur qui est très important quand il y a des pressions défensives, ce qui est de plus en plus le cas, puisque notre secteur extérieur est de plus en plus prolifique et que les espaces se créent. Il faut qu’on l’on arrive à utiliser nos pivots comme hier. Je pense que le coach serbe ne s’est pas exprimé hier parce qu’il a toujours peur de recroiser le chemin de l’équipe de France plus tard. Il a certainement été surpris par le niveau de nos intérieurs et il ne s’attendait certainement pas à ça.

BasketActu : Vous avez commencez à parler du secteur extérieur. Le duo Batum-Gélabale vous impressionne ?
GB : Gélabale est impressionnant ! C’est toujours très dur d’avoir trop de leaders offensifs car il arrive un moment où ils peuvent, entre guillemets, se bouffer entre eux par jalousie ou par sollicitation un peu moins de l’un par rapport à l’autre. On a un Nicolas Batum assez fantastique depuis le début du tournoi, donc ce n’est pas évident pour Mickael d’être un peu en retrait, parce qu’un peu moins sollicité. Et hier, quand l’équipe de France a besoin de Gélabale sur une zone, c’est lui qui débloque la situation par un shoot extérieur. Sur la possession d’après, l’une des plus importantes du match, c’est lui qui converti le seul shoot à 3 points de l’équipe de France du match. C’est assez exceptionnel quand un joueur fait « abstraction de toutes ses qualités » au profit de la rentabilité de l’équipe et que dans les moments importants, même en n’étant pas sollicité au cours du match, est capable de faire la différence. Si cette complémentarité reste, avec l’apport de De Colo, l’apport de joueurs comme ça, on peut avoir une forme de stabilité offensive qui sera importante pour la suite.

BasketActu : Est-ce qu’à ce niveau c’est important d’avoir des joueurs comme Mike et Boris capables d’être là uniquement quand le besoin se fait sentir ?
GB : C’est peut-être le problème qu’on a eu quand on a construit nos équipes de France par le passé, par rapport à la mentalité des joueurs. On dit toujours en sport collectif : « Quand il y a trop de chefs, il n’y a plus assez d’indiens. » Il faut toujours des indiens sur un terrain. Il faut toujours des joueurs qui soient capable de faire abstraction de leurs qualités malgré leur talent parce qu’ils savent qu’à un moment ou un autre, l’équipe va être dépendante des prestations du joueur et c’est une forme de maturité et d’évolution. Quand de jeunes joueurs arrivent en équipe de France, ils veulent tous prouver qu’ils ont le niveau et souvent ça balbutie un petit peu car il y a moins de collectif. Aujourd’hui, on a l’impression que l’équipe a trouvé sa hiérarchie et que chacun reste à sa place. Mais par contre, on a des qualités qui font que, ponctuellement sur chaque match, on peut avoir des marqueurs différents, on peut utiliser son secteur intérieur, on peut solliciter des joueurs dans des situations un peu délicates et ça c’est la force des grandes équipes. Si on est Parker-dépendant, si on est Diaw-dépendant, si notre secteur intérieur ne répond pas présent, il est bien évident qu’avec la multiplication des matches et surtout le deuxième tour, qui va être très dur puisque nous allons jouer trois grosses nations, si on attend trop de certains, on va s’épuiser et à la fin nous ne serons plus opérationnels. Ce qui a fait la force de l’Espagne, c’est qu’ils ont toujours eu des points de fixation intéressants. Mais dans le secteur extérieur, il y avait des variantes d’un match à un autre. Il y avait de grands joueurs qui sortaient du banc… Et aujourd’hui ça a l’air d’être le cas en équipe de France.

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Comments

Commentaires (9)

  1. JulienPsy

    J'adore ce coach, et que dire de son analyse !

  2. number4

    Et ben basket actu se paye un consultant de luxe, c'est vraiment intéressant à lire, et à chaque fois je suis dégouté quand j'arrive au bout de l'article, j'en veux plus.

  3. Coach D

    Je le verrai assez bien coach de l'équipe de France un jour…

  4. OscarAbine

    Greg met l'accent sur un point très important :

    "Si on est Parker-dépendant, si on est Diaw-dépendant, si notre secteur intérieur ne répond pas présent, il est bien évident qu’avec la multiplication des matchs et surtout le deuxième tour, qui va être très dur puisque nous allons jouer trois grosses nations, si on attend trop de certains, on va s’épuiser et à la fin nous ne serons plus opérationnels."

    Si on tire trop sur les leaders, c'est clair qu'on va être sur les rotules au plus mauvais moment, genre pour les quarts puis d'éventuels matchs de classement. Faudra faire suffisamment tourner pour éviter de se retrouver 7e…

  5. Niko

    c'est bien de voir que les gens peuvent commenter aussi quand il trouve ça bien :) Super analyse !

  6. Djigga

    PARFAIT !!!!!!!!!!!

    J'aurais tellement aimé voir ce coach sélectionneur de l'équipe de France !! C'est un véritable combattant, leader !!

    Je ne suis pas fan de Collet, je suis encore dans le doute dans le fait qu'il est participé l'élévation du mental de l'équipe de France ! Néanmoins, je le reconnais des qualités ! Il a pour l'instant fait un coaching admirable depuis le début de l'Euro ! Ca c'est très , très, très fort !!! Réussir à faire sentir sa confiance à des joueurs du banc qui ont été pointé du doigts après 2 matchs !! Bravo ! Pour autant je préfère Beugnot, sa hargne, son agressivité, sa force est beaucoup plus communicatif…

  7. John holmes

    Le bémol c le charisme de bigorneau de collet. Si jamais ça ne déroule plus comme contre les serbes je met des doutes sur sa capacité a tenir les troupes.
    Excellente cet interview en tt cas. Merci.

  8. Milissounga

    Justement, pour éviter cette fatigue, ne serait il pas préférable à l'avenir de zapper ce second tour et de jouer directement des huitièmes de finale?