Il est temps de donner du respect à Frank Ntilikina

Auteur d’une Coupe du Monde prometteuse, Frank Ntilikina doit surfer sur cette expérience pour faire son trou en NBA. Les Knicks doivent (enfin) lui donner sa chance.

« Alors, David Fizdale a compris que tu pouvais jouer au basket ? » Avec humour, Stephen Brun a taquiné Frank Ntilikina, invité de l’émission « Buzzer » de RMC Sports, au moment d’évoquer les prestations du jeune joueur de l’équipe de France lors de la Coupe du Monde en Chine. Les mots de l’ancien joueur devenu consultant font écho à ce que beaucoup pensent tout bas depuis deux ans maintenant : à quel moment les New York Knicks vont-ils enfin réaliser qu’ils ont un prospect très intéressant en la personne du huitième choix de la draft 2017 ?

Il est le Français qui a été drafté le plus haut dans l’Histoire – en attendant Théo Maledon en 2020. Un choix qui a été critiqué par une partie des supporters (américains) qui auraient préféré voir Dennis Smith Jr sous la tunique des Knicks. Ironie du sort, ce dernier, pioché juste après par les Dallas Mavericks, a été transféré dans la grosse pomme en cours de saison dernière. Phil Jackson croyait en Ntilikina et c’est pour ça qu’il l’a choisi. Mais il a été débarqué dans la foulée. Les nouveaux dirigeants et les différents coaches – Jeff Hornacek puis David Fizdale – n’ont jamais vraiment fait confiance au « French Prince ». Du moins jamais sur la durée.

Et il est temps que ça change. Parce que l’ex-strasbourgeois a montré pendant cette compétition internationale qu’il savait « jouer au basket » pour reprendre les mots de Stephen Brun. Il était le plus jeune membre du groupe France et il s’est affirmé comme l’un des cadres de l’équipe dès sa première campagne avec les Bleus. Au point d’être titulaire lors de matches couperets. Il a été décisif lors du quart de finale historique gagné contre Team USA. Puis il était le seul à surnager au cours de la débâcle en demi-finale. Sa prestation sur l’ensemble du tournoi est intéressante. Il a fait preuve de caractère, de culot. Le tout sans avoir peur à seulement 21 ans. Ça en dit long sur le basketteur qu’il peut devenir… mais aussi qu’il est déjà.

Evan Fournier a raison. Tout ce dont Frank Ntilikina c’est une opportunité. Une vraie. Le problème, c’est qu’il en a rarement eu aux Knicks jusqu’à présent. Et souvent injustement. Hornacek a mis des mois avant de le lancer dans le cinq majeurs lors de sa saison rookie malgré les résultats absolument catastrophiques de l’équipe. Rien ne justifiait le temps de jeu faible du garçon. Les statistiques avancées démontraient que New York défendait bien mieux quand il était sur le terrain. Et si le projet était de « tanker » et donc de reconstruire, alors autant donner sa chance à un joueur qui évolue à un poste où engranger des minutes est primordial !

Les coaches l’ont utilisé de manière sporadique. Il avait parfois 25 minutes de jeu. Mais il suffisait d’une erreur pour qu’il soit remis au placard. Impossible de se mettre dans le rythme dans ces conditions. Même certains passionnés de basket français se sont mis à remettre en question le bonhomme, principalement en se basant sur les chiffres. Avec toujours ce même argument : il ne score pas assez. Il ne met pas un tir. Mais c’est très limité comme raisonnement ! Boris Diaw tournait à 4 points par match lors de sa saison rookie à Atlanta. Parce qu’il était dans un environnement similaire, plus ou moins, à celui de Ntilikina. Puis il a été transféré à Phoenix et il s’est épanoui, devenant plus tard un joueur essentiel d’une équipe sacrée championne NBA (en 2014, avec San Antonio).

Combien critiquaient Diaw quand il était aux Hawks ? Combien estimaient qu’il n’avait pas sa place en NBA ? Combien l’adulent aujourd’hui ? D’ailleurs, combien ont retourné leur veste au sujet de Ntilikina pendant cette Coupe du Monde ? Cette mentalité très américaine du joueur qui doit d’abord penser à scorer est peut-être caractéristique de ce qui a mené les Américains à se rater complètement en Chine. Il est temps d’ouvrir son esprit. Les Knicks n’ont rien à perdre en osant faire confiance à leur jeune international. David Fizdale aurait confié avoir aimé ce qu’il a vu pendant la compétition. Il est temps qu’il exploite mieux ce talent. Ou sinon, qu’une autre franchise le fasse.

Crédit photo : Ann-Dee Lamour

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