Inside : Team USA Vs Turquie au milieu des supporteurs

C’est parfois au milieu des supporteurs qu’on perçoit le mieux la teneur d’un match. Nous étions là pour suivre le Team USA Vs Turquie et ça valait le coup!

Une fois arrivé à l’intérieur du village FIBA autour de la Bizkaia Arena à Bilbao, c’est un spectacle étrange qui nous est offert : il y a des Espagnols (beaucoup), des Turcs (encore plus) et des Finlandais, dont certains sont grimés en loups, sans doute la mascotte de l’équipe nationale.

Et dans cette masse multiculturelle, qui pense plus à vider les stocks de bière des bars de fortunes montés ça et là à la va-vite, qu’au match qui arrive, impossible de trouver un supporter américain. Attention, des pékins qui ont ressorti leur maillot de LeBron aux Cavs, ou encore de Stephon Marbury, on en trouve. Peut-être même trop. Non, un vrai Ricain, en short, sneakers et qui gueule. Introuvable. Mais, en même temps, qu’est-ce que cette Coupe du Monde pour les US ? Peut-être une manière de mieux vendre les matches NBA à l’étranger, voilà tout…

Quand une arène basque devient turque

Tom-Thibodeau-Derrick-RoseUne fois assis, on se croirait au cinéma. Musique commerciale, seaux XXL de popcorn et hot dogs : welcome to America. À une heure du début du match, Team USA débarque pour s’échauffer. Des clameurs retentissent alors du haut de l’arène, pourtant loin d’être encore remplie. Le DJ avait prévu son moment et lâche un bon vieux « Born In The USA », histoire de faire dans la délicatesse. Tom Thibodeau se transforme même en ball-boy pour D-Rose, comme pour mieux veiller sur lui. Si les flashs crépitent de ce côté du parquet, de l’autre, c’est moins glamour. Omer Asik rentre doucement quelques lay-ups, sans se soucier du boys-band adverse.

Soudain, un bruit sourd retentit. Il se fait de plus en plus proche. Les Turcs arrivent. En groupe et en nombre. « Türkiye ! Türkiye ! », clament-ils, comme pour rappeler à l’arène d’où ils viennent. Ils piétinent, chantent, brandissent leur bannière : pas de doutes, à domicile ou à l’extérieur, ils savent créer une ambiance. Trop heureux de l’effet du tube de Bruce Springsteen qu’il vient de passer, le DJ est en feu et balance le tube de Tarkan, plus connu comme « la chanson du bisou ». Un classique.

Effet immédiat, les Turcs sont en délire et contaminent la salle, presque remplie à ce moment. Mais l’euphorie est de courte durée. Car quelques minutes après, c’est l’hymne officiel du mondial qui est imposé à la foule. « Sube la copa » est un véritable crime musical, qui ferait passer Pitbull pour un chanteur à texte… Mais haut les cœurs ! Le match commence.

Place au jeu

C’est Kenneth Farried qui lance véritablement les hostilités après un dunk rageur. Dès le début, Team USA se fait siffler par presque toute la foule, et ça ne va pas aller en s’arrangeant. La Bizkaia Arena est donc très vite acquise à la cause turque. Et comment ne pas l’être ? La balle circule en attaque, on essaye de trouver l’extra passe, c’est agréable et plutôt efficace. Alors que du côté américain, c’est pauvre. Les extérieurs ne font que jouer leurs vis-à-vis, demandent beaucoup d’isolations, trop sûrs de leur supériorité athlétique. De la suffisance ? Sûrement. Irving et Derozan défendent loin des arrières adverses et la sanction ne tarde pas à tomber : les Turcs enchaînent les « triples » comme on dit de ce côté de la frontière.

En défense, les « 12 géants » appliquent à la lettre les consignes du coach Ataman, à savoir casser le rythme, et surtout faire faute dès que les Américains lâchent la cavalerie en attaque. Une tactique efficace, qui étrangle les champions du monde, du moins pendant les deux premiers quart-temps. Placés derrière nous, les supporteurs turcs commencent à y croire.

« On est venus de tout le pays : d’Istanbul, d’Ankara, de Tabzon… Les USA ne dominent pas comme prévu. Et pourquoi pas une surprise ? », me lâche l’un deux, confiant.

Les deux équipes terminent la première mi-temps à égalité et, malgré quelques contre-attaques d’éclat, Team USA ne domine pas de la tête et des épaules, loin de là.

Kenneth-Faried-USAAu début du troisième quart, la Turquie commence à peiner physiquement. Comme pour Cendrillon passé minuit, la cruelle réalité resurgit. Et un leader se dégage côté US. Mais pas celui attendu ! C’est Kenneth Farried qui guide son équipe. Il est au four et au moulin, et ne s’économise pas. Il scotche un ballon sur la planche et, quelques minutes plus tard, est à la conclusion d’un alley-oop en haute altitude. Un monstre d’énergie. Sans lui, le match n’aurait pas eu la même saveur. The manimal domine son sujet. James Harden, quant à lui, est apathique. Bien qu’annoncé comme leader de cette campagne par Coach K, il déçoit. Un step-back raté par ci, une faute bête par-là : il en devient énervant de nonchalance dans le troisième quart temps.

Et que dire de D-Rose… Ne soyons pas trop durs avec lui. Il revient d’une longue traversée du désert. Mais, à ceux qui crient sur tous les toits que « Le D Rose nouveau est arrivé », j’ai envie de leur répondre « tranquilo amigo ». Si son premier pas est toujours digne d’un dragster, on sent qu’il lui reste de l’appréhension lorsqu’il lui faut aller au contact. Du match, pas une pénétration à se mettre sous la dent, c’est à peine si le meneur des Bulls fixe pour ressortir. Il va même jusqu’à se mettre toute l’arène à dos, lorsque, à 4 minutes de la fin du match (et à + 20), il temporise. Jusqu’à garder la balle dans les mains autour du rond central, égrenant des secondes pourtant pas si précieuses pour son équipe.

Si les USA remportent ce match avec 21 points d’avance, les leçons sont ailleurs. D’abord, parce que c’était réellement un premier test pour le squad de Coach K. Face à une équipe qui a joué à l’européenne et a opposé de la résistance à l’intérieur, les US ont peiné, à l’image d’un DeMarcus Cousins parfois perdu sur le parquet. Ensuite, s’ils veulent affronter le pays hôte en finale, il va leur falloir améliorer leur comportement. Des passes dans le dos inutiles qui finissent dans les photographes, une défense extérieure floue et emprunte d’un certain mépris… Il faudra gommer ces erreurs et apprendre à jouer en équipe pour pouvoir soulever cette coupe.

Les supporteurs turcs en action

 

Par Iban Rais

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