ITW JC Prat (Part 1) : « Quand tu es fan de Besiktas ton sang est noir et blanc »

Championnat turc, Euroleague… Jean-Christophe Prat, assistant d’Erman Kunter, fait le point avec nous sur la saison du Besiktas.

Cet été, Erman Kunter quittait le championnat français, direction la Turquie et le Besiktas. Et l’ancien technicien de Cholet n’est pas pari seul puisqu’il a emmené avec lui Jean-Christophe Prat, ancien assistant de Philippe Hervé à Orléans. Dans une interview qu’il nous accorde, Prat revient sur le niveau du championnat turc, l’ambiance, son expérience en Euroleague et les divergences entre le basket turc et le basket français.

Interview en deux parties.

Championnat Turc

Basket Actu : En Turquie les exigences à l’entrainement sont elles les mêmes qu’en Pro A ? Le rythme est-il le même ?

Jean-Christophe Prat : Je ne peux parler que de Besiktas car je ne vois pas les autres équipes s’entrainer. Si on prend pour exemple une semaine où on joue le jeudi en Euroleague et le dimanche en Championnat : lundi après-midi un entrainement de récupération (musculation+ tirs) pour les joueurs qui ont joués plus de 20 minutes et pour les autres un entrainement musculation + opposition (avec les jeunes joueurs). Mardi deux entraînements basket, mercredi un entrainement 1h15 (max 30 minutes d’opposition), jeudi match (shooting le matin). Vendredi même planning que le lundi et samedi même planning que le mercredi.

Le rythme en TBL n’est pas le même quand LNB. La ligue française est une ligue atypique en Europe. En LNB on court beaucoup, nos joueurs sont « sous taillés » par rapport au basket européen. Ici, si tu marques dix points sur contre-attaque tu peux être content. Le basket turc se joue sur ½ terrain car les caractéristiques des joueurs sont différentes (plus grands et plus lents).

BasketActu : Le rôle de l’assistant est-il lui aussi similaire ?

JCP : Erman m’a fait venir à Besiktas pour essayer de se qualifier pour le Top 16 de l’Euroleague et pour apporter mon expérience, mon savoir faire technique et tactique. Je m’occupe de la défense et du perfectionnement et développement de nos joueurs. Comme il faut qu’Erman travaille un peu je lui laisse le jeu offensif (rires).

BasketActu : On parle beaucoup de la ferveur du public turc. Comment cela se manifeste-t’-il ?

JCP : Pour moi, c’est un choc culturel énorme ! Ici leur vie, c’est le sport donc ils vont voir du foot, du basket, du volley… Il y a trois clubs avec une identité très forte. Besiktas, le club du peuple, Galatasaray et Fenerbahce. Les trois clubs se détestent, d’ailleurs lors des derbys aucun fan de l’équipe adverse ne peut venir au match c’est trop dangereux. Quand tu es fan de Besiktas ton sang est noir et blanc, c’est une religion. Il y a des fans partout dans le monde. En Euroleague, ils étaient 1500 a Bamberg, 500 à Vilnius et à Tel Aviv on a été accueilli à l’aéroport par 500 fans qui chantaient l’hymne du club. Quand tu as des fans comme cela, tu ne peux pas te relâcher sur le terrain, tu donnes toujours 100%.

Petite anecdote : Pour le match retour contre Galatasaray, les dirigeants sont venus nous voir deux jours avant et nous on dit : « Si vous gagnez ce match, la saison est 100% réussie, le reste n’a pas d’importance ». C’est fou de voir a quel point ces derbys sont des matchs hors normes… On perd au buzzer sur un tir à 3 points d’Arroyo ! (qui a donné le titre à Besiktas l’année dernière).

BasketActu : Que penses-tu de la qualité des infrastructures turques ?

JCP : Sur Istanbul tu as trois salles de plus de 10000 places. Abdi Ipekci 12500 places, Efes, Galatasaray et Besiktas jouent dans cette salle. Fernerbahce a sa propre salle de 15000 places (superbe salle, moderne et vraiment bien pensée). Et tu as la nouvelle salle Sinan Erden la salle qu’ils ont construite pour le championnat du monde 2010 qui fait 22500 place en configuration concert et 16000 en configuration Basket. A Ankara tu as une salle de 10000 places.

C’est sur que quand tu vois cela, tu prends conscience que l’on est vraiment en retard en France. Antony Thiodet, lorsque j’étais à l’Asvel en 2003, avait été le premier à parler de ce problème structurel. Malheureusement dix ans après il a toujours raison.

BasketActu : Pourquoi Curtis Jerrells est-il parti ?

JCP : Curtis est un garçon bien, et on n’a pas eu de problèmes comportementaux avec lui. Curtis est un joueur qui peut créer son tir, très fort en un contre un mais qui pour nous n’impliquait pas assez ses partenaires dans le jeu. Donc à un moment, on s’est dit qu’il fallait prendre une décision et donc le club et son agent ont trouvé un accord. Je n’oublie pas  pour autant que Curtis a fait un premier tour d’Euroleague avec des performances de très haut niveau.

BasketActu : Au niveau du Besiktas, n’était-ce pas trop difficile pour toi et Erman de prendre la relève d’Ataman ?

JCP : On ne s’est pas posé cette question là. La simple réalité c’est que l’année dernière le budget de la section Basket était de treize millions de dollars et cette année il est de cinq millions de dollars. Mais tout cela on le savait avant. Notre « Challenge » (fixé par nos dirigeants) était de gagner la « Président Cup », l’équivalent du trophée des champions en France et de se qualifier pour le Top 16 de l’Euroleague pour la première participation du club a cette compétition. On gagne contre Efes la Cup de trois points et on se qualifie au Top 16. On verra maintenant pour les play offs !

BasketActu : Que penses-tu du niveau du championnat turc ?

JCP : La ligue turque est une ligue émergente du fait de son pouvoir financier. Je dirai qu’il y a six équipes qui luttent pour le titre (Gala, Fener, Efes, Banvit, Karshyaka et Besiktas) ; de 7 à 12 se sont des équipes qui, à domicile, peuvent créer un exploit. De 12 à 16 c’est assez faible. La TBL est une ligue très physique où les arbitres laissent jouer énormément. Tactiquement c’est assez faible car, pour beaucoup de coach, le plus important c’est d’être des guerriers sur le terrain.

BasketActu : Galatasaray va t’il finir champion selon toi ?

JCP : Non, Besiktas sera champion !! (sourires). Galatasaray avec David Hawkins avait de grandes chances d’être champion. Sans lui, cela devient très ouvert. Le titre se jouera entre Efes (les plus stables), Galatasaray (attention à Arroyo en play off), Fenerbahce (les plus talentueux) et Besiktas (personne ne souhaite nous jouer au premier tour). Si jamais on passe le ¼ de final je pense vraiment que l’on peut aller au bout.

BasketActu : Que penses-tu de l’échec Pianigiani ?

JCP : Pour avoir eu la chance de le rencontrer, c’est tout d’abord quelqu’un de très abordable et vraiment dans l’échange. Je vais reposer la question différemment :

« Combien d’équipes turques on fait le final 4 de l’Euroleague ces 10 dernières années ? » Aucune.  Pourquoi ? (Alors qu’ils ont des budgets supérieurs à 25 millions de dollars/saison) Parce qu’ils ne construisent pas sur la durée, il faut gagner tout de suite et si jamais tu perds, tu dégages ! Barcelone a le même coach depuis cinq ans, le Maccabi pareil, au Pana Obradovic est resté pendant dix ans, CSKA deux coachs en 10 ans… il n’y a pas de secret, il faut du temps pour bâtir une équipe. Il faut laisser du temps aux dirigeants pour bâtir un club ; il faut du temps à un coach pour bâtir un programme performant.

Enfin pour répondre à la question, je pense que l’erreur est dans le recrutement. Il y a trop de stars dans cette équipe et pas assez de « soldats » pour faire le travail de l’ombre.

BasketActu : Izmir marche plutôt bien ; es-tu surpris des bonnes perfs de Dixon et Aminu assez sous-estimés lorsqu’ils étaient en Pro A ?

JCP : Izmir, il y’a une sacrée ambiance dans leur salle ! Dixon fait une très bonne saison, mais il ne faut pas oublier qu’il avait été très bon avec Le Mans et aussi très bon avec Dijon sur la deuxième moitié de saison. Aminu, de part sa vitesse dans le jeu de course, pose beaucoup de problèmes à pas mal d’équipes en Turquie où les pivots sont plus lents et lourds. Après est-ce qu’ils étaient sous-estimés en Pro A ? En tout cas pas par le staff de l’OLB.

Retrouvez la seconde partie de l’interview (Euroleague et championnat français) la semaine prochaine

 

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