ITW JC Prat (Part 2) : « Pascual a été le premier coach européen à faire jouer son équipe sur le modèle NBA »

Championnat turc, Euroleague… Jean-Christophe Prat, assistant d’Erman Kunter, fait le point avec nous sur la saison du Besiktas.

Cet été, Erman Kunter quittait le championnat français, direction la Turquie et le Besiktas. Et l’ancien technicien de Cholet n’est pas pari seul puisqu’il a emmené avec lui Jean-Christophe Prat, ancien assistant de Philippe Hervé à Orléans. Dans une interview qu’il nous accorde, Prat revient sur le niveau du championnat turc, l’ambiance, son expérience en Euroleague et les divergences entre le basket turc et le basket français.

Première partie de l’interview ici.

Euroleague

BasketActu : On a vu deux visages du Besiktas : celui des qualifications et du Top 16 ; comment l’expliques-tu ?

JCP : Je pense que notre seule chance d’exister au Top 16 était de faire un bon départ. Or on joue un bon premier match contre Khimki mais on le perd de cinq points en faisant des erreurs stupides. Après, cela coïncide à la période ou on a quelques soucis avec Curtis Jerrells.  Au moment où on prend la décision de se séparer de lui, le match d’après Daniel Ewing (notre poste ½) se blesse à la cheville. Donc tout s’enchaine mal.

Avec le recul je pense que l’on aurait du gagner trois matchs de plus (à Sienne, a Fenrbahce et Khimki). Maintenant, il y a aussi une autre réalité ; au premier tour les grosses équipes sont en rodage. Au Top 16, tu vois tout de suite la différence.  Après l’objectif fixé était de se qualifier pour le Top 16. Comme on n’atteint que les objectifs que l’on se fixe, peut être qu’il y a eu du relâchement.

BasketActu : Quand avec le staff vous aviez vu que le Top 16 s’annonçait quel discours aviez-vous tenu aux joueurs ?

JCP : Tout ce que l’on fait à l’entrainement c’est pour gagner le match d’après donc on a préparé chaque match avec la volonté de vaincre (excepté un match peut être). Chaque victoire en Euroleague pour Besiktas était importante. La preuve : lors du dernier match contre Fernerbahçe on devait gagner de plus de 6 points pour finir septième et on la fait. Le match a duré une éternité avec quatre temps mort à la suite dans les six dernières secondes mais tout le monde était concentré sur l’enjeu de ce match.

BasketActu : Le match face au Maccabi a interpellé beaucoup de monde ; comment l’as-tu vécu du banc ?

JCP : Très très mal car je pense que le staff a une grande part de responsabilités dans cette large défaite. Je ne veux pas faire de langue de bois mais je pense que notre devoir est de préparer chaque match comme si c’était une finale à gagner, or là cela n’a pas été le cas…

BasketActu : Une équipe et un joueur au-dessus selon toi ?

JCP : Un Joueur : Spanoulis !! Juste incroyable. Tu rentres dans la salle tu as l’impression que c’est le gardien qui t’accueille LOL. Quelle science du jeu. Le meilleur joueur de Pick&Roll en Europe, tout en contrôle et en changement de rythme. Après, j’aime beaucoup Ante Tomic (2m16) à Barcelone car c’est le 5 moderne. Il peut tirer à cinq mètres, il peut jouer dos au cercle. C’est un excellent passeur. La qualité de ses appuis… très fort. Je dis souvent qu’un joueur de haut niveau lorsqu’il est capable de regarder-attraper la balle et s’arrêter (si besoin), c’est qu’il domine son sujet.

Les coachs, Ils y en a 2. Messina, On a joué le CSKA en pré saison en finale de la BEKO CUP à Munich, Honnêtement son groupe ne jouait vraiment pas ensemble. Tu regardes jouer le CSKA aujourd’hui, tu réalises le travail énorme qu’il a accompli avec son staff. Xavi Pascual : son équipe, Barcelone, était le favori pour le titre avant la blessure de Pete Mickeal. Pour moi le basket européen a changé en 2010 quand il a gagné l’Euroleague à Paris. Il a été le premier coach européen à faire jouer son équipe sur le modèle NBA. Je m’explique : Barcelona c’est entre 70 et 80 « short plays » très ciblés en fonction de chaque adversaire (comme en NBA). Et trois ans après quasiment toutes les équipes du Top 16 jouent maintenant sur le même modèle. Par contre faire le « scouting report » de Barcelona ça prend un peu de temps (sourires).

BasketActu : Concernant Dasic pourquoi cela n’a pas marché en Euroleague ?

JCP : Vladimir c’est la faute du Staff et en aucun cas sa responsabilité. On prend Damir Markota pour le faire jouer 4 et un peu 5, et on prend Dasic pour le faire jouer 3 et un peu 4. Or on se rend vite compte que Markota ne peut pas jouer 5 en Euroleague et que Vladimir ne peut pas jouer 3. Donc gros embouteillage sur le poste 4. On assume complètement notre responsabilité par rapport a Dasic. C’est dommage car sur le poste 4 c’est un joueur vraiment intéressant.

BasketActu : Est-ce-que le recrutement tardif n’a pas été trop pénalisant ?

JCP : Le plus pénalisant aura été de ne pas garder les joueurs majeurs des trois titres de l’année d’avant ! Si tu gardes Hawkins, Arroyo, Pops Mensah Bonsu et Ersin Dagli et bien tu construis dans la durée.  Après on a fait avec l’enveloppe que les dirigeants nous ont donné. Tu peux recruter tardivement et faire de bons choix. Le plus gros problème pour nous c’était le décalage entre l’attente des fans (après les trois titres) et la nouvelle réalité économique de cette saison.

Encore une fois, la saison est de mon point de vue plutôt bonne; première fois que Besiktas gagne la « Président CUP », première en Euroleague et qualification au Top 16, ½ finale coupe de Turquie et on verra les play offs.

BasketActu : Y’avait-il des moyens financiers suffisants pour construire une équipe compétitive sur tous les fronts ?

JCP : Oui, oui et oui ! Lorsque tu acceptes de prendre une équipe tu connais au préalable tes moyens financiers. Donc, il n’y a pas d’excuses à trouver. Oui on était de loin le plus petit Budget du Top 16 mais je reste persuadé que l’on aurait pu faire mieux. Par contre il ne faut pas rêver le Top 8 c’était impossible. L’avantage avec un Top 16 à quatorze matchs c’est que il n’y pas de surprise, les huit meilleurs équipes se sont qualifiées.

Bonus

BasketActu : Et as-tu suivi la Pro A cette saison notamment Orléans ? Si oui que penses-tu de la saison en cours ?

JCP : Oui, je suis resté en contact avec François et Philippe. Orléans, tout le monde les a détruit après les huit premières journées ; j’étais l’un des seul à dire ouvertement qu’ils seraient présents jusqu’au bout. Quand un staff sait où il va, donne du sens à son travail au quotidien, tout finit par se réguler sur le moyen terme et c’est ce qui c’est passé à Orléans

Cette saison est assez passionnante car vraiment indécise. Gravelines semble être un peu au dessus. Ne pas sous estimer non plus le cœur du champion, je pense que Chalon sera au rendez-vous. Strasbourg développe un jeu vraiment intéressant (et très européen), ils seront là pour les play offs. Et puis, il y a Nanterre quand est-ce qu’ils vont s’arrêter ?! Je suis vraiment content pour eux  Je ne connais pas assez les autres équipes pour en parler.

BasketActu : Avec le recul de ton expérience au Besiktas, comment expliques-tu que les coachs français ne s’exportent assez à l’étranger ?

JCP : Je pense que notre ligue en Europe est sous estimée du fait de nos mauvais résultats en Euroleague et en Eurocup ; et donc par conséquent il est difficile pour nos coachs de s’exporter.

BasketActu : As-tu déjà des pistes pour ton futur pro en 2013-2014 ?

JCP : Encore une fois je vais être honnête. Erman m’a proposé de rester l’année prochaine et m’a offert un très beau contrat. Pour le moment, j’ai décliné son offre car ma priorité est de coacher ou d’être assistant d’un club en Euroleague. Laurent Cabut me représente et donc je le laisse gérer cela. Je préfèrerai revenir en France mais faut-il encore que l’on me donne ma chance. On dit souvent que l’on n’est jamais prophète en son pays !

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Comments

Commentaires (3)

  1. Teushi

    Merci pour cet interview c'est passionnant !

    Je trouve ça rafraîchissant d'offrir ce genre d'interviewer sur le basket européen.

    Cependant il y a un passage que je ne comprends pas. Qu'est ce que Jean-Christophe Prat définit par "short plays" ?("Barcelona c’est entre 70 et 80 « short plays » très ciblés en fonction de chaque adversaire").

    Si quelqu'un pouvait excuser ma faible culture basket et m'expliquer ce passage se serait gentil.

  2. Ujiroux

    j'ai été coaché par ce supercoach à un camp de vacances basket,

    il étrait vraiment génial,

    c'est sympa de le voir réussir comme ça!

  3. Étienne

    C'est la nouvelle génération de coach qui arrive. Je l'ai vu intervenir l'année dernière pour un colloque d'entraîneurs. C'était vraiment très fort, j'espère pour lui qu'on lui donnera sa chance. En tout cas merci pour cette ITW cela change et rend le site plus intéressant.