ITW Jean-Christophe Prat : « Ce groupe était no-limit »

Quelques jours après la finale des playoffs perdue face à Antibes, le coach de Denain Jean-Christophe Prat est revenu avec nous sur le bilan de la saison.

A sa place beaucoup auraient été déçus de ne pas monter en Pro A. mais pour Jean-Christophe Prat, coach de Denain, il est impossible de ne pas se satisfaire de la très belle saison réalisée. Il est vrai qu’avec un groupe de jeunes potentiels encadrés par des joueurs expérimentés, Denain a déjoué les pronostics. Et ce pour la plus grande satisfaction de son entraineur qui entend bien construire son équipe 2015/16 sur le même axe. Entretien.

BasketActu : Avec quelques jours de recul quel est le sentiment qui domine : La satisfaction ou la déception ?
Jean-Christophe Prat : La satisfaction. Tu ne peux pas ne pas être satisfait après la saison qu’on a faite. Aujourd’hui en tant que coach ma déception elle est sur le premier match de la finale. Le scénario, 7/20 aux lancers-francs…. 35% aux lancers-francs c’est quelque chose qui n’arrive jamais. Sur la dernière possession un de mes gamins ne donne pas la faute. C’est vraiment sur ce premier match que l’on perd la finale. Il y’a eu de la déception sur ce premier match mais sur la globalité tu ne peux pas être déçu de qu’ont fait ces joueurs sur la saison. On a aussi fait un quart de finale de Coupe de France contre Strasbourg, une demi-finale de Leaders Cup contre Antibes et puis on termine quatrième de la saison. S’il n’y avait pas eu Strasbourg et Antibes, on aurait gagné la Coupe de France, la Leaders Cup et on serait champion de France de Pro B (il rigole, ndlr).

BasketActu : Qu’est-ce-qui fait que cela a été aussi compliqué face à Antibes ?
JCP : C’est une équipe qui avait deux joueurs de talent. On savait que la problématique quand on joue Antibes il fallait arrêter soit Will Solomon ou Tim Blue. On l’avait fait très bien fait au match aller puisque Blue avait été bon mais Solomon moyen. Sur le match retour les deux ont fait un gros match. Ils mettent la moitié des points de l’équipe et ils ont aussi la moitié de l’évaluation de l’équipe.

BasketActu : C’est aussi une finale qui opposait deux coachs à qui on a pu tarder à faire confiance ; qu’est-ce-que ça t’inspire ?
JCP : Pas grand-chose. Chaque parcours est différent. Il n’y a pas de parcours linéaire, idéal pour arriver à coacher. Chacun a le parcours qu’il veut bien suivre. Je suis content quelque part que ça soit la reconnaissance du travail de Julien (Espinosa) parce que je trouve qu’il a fait un vrai beau travail sur son équipe. Maintenant de la même façon qu’il ne faut pas faire que l’apologie des jeunes joueurs, il ne faut pas faire que celle des jeunes coachs. Il y’a aussi des anciens qui sont très très bons.

BasketActu : A quel moment tu as pensé que cette équipe pourrait aller loin en playoffs ?
JCP : J’ai très vite compris que ce groupe avait quelque chose de particulier pendant la pré-saison. Sur le bilan de la pré-saison je m’étais demandé quels pourraient être les objectifs que je leur fixerais. L’objectif avoué du club était d’avoir un maintien serein avec un maximum de victoires à domicile, de développer un jeu plutôt agréable. Pendant la pré-saison, pour les avoir vu travailler et après le débriefing, la seule chose que j’avais trouvé à leur dire c’est que je pensais que ce groupe était « no limit ». Il fallait s’investir à fond, en essayant de gagner le match d’après et tout au long de l’année ça a été notre maxime. Quand on a fait le bilan à mi-saison, au dernier match de la première phase à Toulon que l’on perd alors que ça n’aurait jamais dû être le cas, la première chose que je leur avais dit dans les vestiaires, c’est qu’ils ne réalisaient pas qu’ils étaient capables de monter en Pro A. Et on était à mi- championnat. Je sentais qu’avec ce groupe il se passait quelque chose, qu’il avait la possibilité de faire quelque chose de grand.

BasketActu : Ça doit être une satisfaction en tant que coach de voir que le projet mis en place ait été validé par les résultats de la saison, la progression des jeunes…
JCP : Les résultats ne sont que la conséquence de la progression. Mon travail il est vraiment du lundi au vendredi, d’avoir un cadre d’exigence très fort axé cette année sur le développement individuel et tout le travail autour du pré-collectif. Ça nous a permis tout au long de l’année de continuer à progresser. Au fil du temps, le collectif est devenu plus fort. Ce qui est marrant c’est qu’une fois qu’on a eu fini cette saison et que l’on a entamé les playoffs, je leur ai dit qu’il n’y avait qu’un seul objectif : c’était de les gagner parce que vous êtes prêts. Et ils l’étaient. Ils étaient en maitrise de ce qu’on voulait faire. Après j’avais dit aux jeunes qu’il y’avait trois choses importantes ; tout d’abord qu’il fallait être concentré pendant trois semaines, être également calme et déterminé. C’est quelque chose qui, en gros, était sur le tableau à chaque match, chaque entrainement. Pour ces jeunes-là c’était leurs premiers playoffs. On a tendance à ne pas rester calme, à ne pas être concentré. Mais ils étaient prêts et ils l’ont prouvé.

BasketActu : Tu parles de la progression des jeunes mais est-ce-que le coach lui aussi a progressé pendant la saison ?
JCP : C’est une question pour laquelle il faudrait cinq heures pour répondre (il rigole, ndlr). Les joueurs m’ont beaucoup fait progresser. Je suis énormément à l’écoute de toutes les remarques de mes joueurs que ça soit des plus jeunes ou des plus anciens. C’est un échange. C’est plus difficile pour les plus jeunes car ils n’osent pas trop au début. Mais que ça soit Sacha, Jeb, Erroyl ou Benoît très souvent ils venaient me voir en me disant « tiens qu’est-ce-que tu penses de ça ? On pourrait rajouter ça en attaque ou défensivement ». On était vraiment dans un échange permanent avec ces cadres-là. Ça m’a fait énormément progresser en tant qu’entraineur et en tant que manager car on doit gérer des groupes de joueurs.

BasketActu : Ces résultats auraient pu te donner l’opportunité d’aller coacher en Pro A ; pourquoi être resté à Denain ?
JCP : Il y’a trois clubs de Pro A qui m’ont approché donc deux pour lesquels c’était vraiment sérieux. Mais ça trainait un petit peu en longueur. Je n’ai pas souhaité aller à un des entretiens parce que c’était pendant les playoffs et que de toute façon ma décision était déjà prise. Je m’étais dit qu’il fallait que je me décide avant les playoffs. Après je ne fais pas une fixation sur la Pro A ou la Pro B. le haut-niveau ce n’est pas celui auquel tu entraines c’est ton degré d’exigence au quotidien. Après ce métier j’ai failli l’arrêter… J’avais fait ma dernière année au Besiktas, j’ai fait une année blanche quand je suis revenu car j’avais vraiment besoin de couper. Je m’étais dit que je me mettais sur le marché en me disant que si je ne trouvais pas un poste de coach peut-être que j’arrêtais pour faire autre chose. Il y’a eu le président Alain Place qui a osé ce pari un peu fou de prendre un rookie coach. Dans ma réflexion ça a beaucoup compté. Je me suis dit qu’à un moment ou un autre il faut peut-être renvoyer l’ascenseur. Et encore une fois peu importe le budget du club. Ce n’est peut-être pas le plus glamour ou qui a le plus gros budget mais en tout cas je trouve que pour un jeune coach comme moi c’est le club dans lequel je pense que je peux encore m’épanouir une saison supplémentaire.

BasketActu : Le défi qui t’attend l’an prochain sera peut-être encore plus dur après les résultats de cette année, un budget pas forcément en hausse…
JCP : J’ai conscience que ça va être la saison de tous les dangers pour nous. Je suis prêt à relever le challenge. Je trouve que ça aurait été trop facile de partir après une saison comme ça.

BasketActu : Tes joueurs ont pris de la valeur ; est-ce-que du coup cela ne va pas être compliqué de conserver un socle de joueurs ?
JCP : Si mes joueurs partent pour un plus gros contrat, un meilleur projet voir sur la Pro A, c’est tant mieux. C’est la récompense du travail. Aujourd’hui ce sport appartient aux joueurs. Ils en sont les acteurs majeurs. Si cette saison a été réussie c’est en grande partie grâce à eux. Donc il est normal qu’ils aient des sollicitations. C’est une grande fierté pour moi. Si à la fin de l’année j’ai deux/trois joueurs qui sont en Pro A ou dans de gros clubs de Pro B je ne serais pas déçu ; je serais fier parce que ça voudra dire qu’ils ont bien travaillé donc c’est la récompense de leur travail.

BasketActu : Tu entends garder cette même philosophie de faire confiance à des jeunes pour la prochaine saison ?
JCP : Bien sûr. Je vais essayer de faire venir des jeunes potentiels. J’espère qu’ils voudront venir à Denain parce que c’est vrai que la concurrence est rude. La Pro B devrait être une ligue de développement avec des jeunes encadrés par des joueurs expérimentés. En regardant la construction des autres équipes j’ai l’impression que beaucoup s’inspirent de ce qui a été fait à Denain. Je trouve ça bien parce que ça va permettre à nos jeunes joueurs d’avoir plus d’exposition dans les autres équipes.

BasketActu : Les résultats obtenus cette saison peuvent plaider en faveur du club…
JCP : C’est vrai qu’aujourd’hui il y’a des jeunes joueurs qui tapent à la porte car ils savent qu’ici il y’aura une fenêtre d’exposition, du temps de jeu et un travail sur le développement individuel. La récompense de notre saison c’est que l’on a beaucoup de sollicitations de jeunes joueurs. Après c’est à nous de ne pas nous tromper sur les potentiels que l’on peut développer.

Crédit photo : Maryline Callens

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