ITW Jean-Christophe Prat : « Il faut absolument que le PSG Basket se fasse »

Après avoir analysé l’évolution du jeu Euroleague, Jean-Christophe Prat revient pour nous sur la Pro A, ce championnat si particulier.

jean-christophe pratAprès avoir analysé l’évolution du jeu Euroleague, Jean-Christophe Prat, passé notamment par l’ASVEL et Orléans, revient pour nous sur la Pro A, ce championnat si particulier.

BasketActu : La Pro A c’est aussi un jeu spécifique. On voit que des coachs comme Giannakis , Pavicevic ont eu du mal à s’adapter. Est-il vraiment impossible quand on est un coach européen de s’adapter à ce style de jeu ?
Jean-Christophe Prat : Il y’a un îlot au milieu de l’Europe qui s’appelle la France avec un basket atypique. On a un basket hyper-athlétique, le plus athlétique d’Europe, le plus rapide dans les courses  également avec l’Espagne. A coté de ça on est un basket sous-dimensionné car on a très peu de joueurs de grande taille. Comme on en a très peu, on pourrait recruter des étrangers de grandes tailles mais on ne le fait pas car souvent les coachs estiment que les “7 footer” ne sont pas adaptés aux normes de notre championnat. Aujourd’hui l’exception c’est Strasbourg (Duport et Ajinca). Ils sont davantage dimensionnés pour jouer une Coupe d’Europe que pour jouer en LNB. Je suis content qu’ils y arrivent car il faudrait tendre vers ça. L’année dernière en Turquie toutes les équipes avaient un poste 5 d’au moins 2m15 et un autre à 2,10 m. Le basket turc, comme le basket européen, est un basket qui se joue sur demi-terrain, c’est un basket de position. Nous, notre basket français c’est un basket de course.Le problème qu’ont les coachs européens qui arrivent c’est que le basket européen est un jeu vraiment de contrôle. Donc seuls les coachs qui ont su s’adapter, comme Erman Kunter, Gordon Herbert, ont réussi.
C’est un peu l’histoire de notre saison il y’a deux ans avec Orléans. En pré-saison on nous avait dit que l’on avait une équipe de playground, très « Quai 54 ». Si nous avec Philippe Hervé et François Perronet on avait dit « il faut que ça soit cadré comme ça comme ça comme ça » au final on serait allé dans le mur parce que ça n’était pas leurs qualités. On a lâché sur certaines choses, sur jeu de transition c’était peu d’options, on les laissait s’exprimer sur leurs qualités de vitesse,  de 1 contre 1 et à côté, quand on encaissait un panier on était plus sur nos valeurs à nous avec des systèmes, des lectures… Et au final on se rend compte que ça a super bien matché parce qu’on n’a pas été si loin que ça.

"Est-ce-qu’on n’est pas devenu pour la NBA la Ligue de développement européenne ?"

Après de ce que j’ai vu de Luka Pavicevic c’est quelqu’un qui connait très bien le basket. J’avais regardé ses équipes quand il était à Berlin et ça jouait très très bien. Le seul souci aujourd’hui quand je regarde Roanne c’est que c’est une équipe qui ne court pas.  Quand tu as Pape Amagou, Yohann Sangaré, William Gradit et Victor Samnick, si tu ne lâches pas les “chevaux” tu leur enlèves une partie de leurs qualités, de leurs points forts. Au final c’est compliqué mais je ne suis pas à l’intérieur de leur groupe, je ne peux pas dire ce qui s’y passe. Pour en revenir à la question on a vraiment un basket à part; est-ce-qu’on n’est pas devenu pour la NBA la Ligue de développement européenne ? On peut se poser la question. En Turquie j’ai fait quelques entraînements avec le centre de formation de Besiktas et tous les gamins ne me parlaient que d’Euroleague.  Ils ont quatre équipes de leur championnat en Euroleague donc leur référence c’est ça. La NBA ils ne la regardent que très peu. Aujourd’hui nous on n’a pas d’équipe régulière en Euroleague donc nos gamins ils regardent la NBA. Le problème c’est que les caractéristiques pour aller jouer en NBA ne sont pas tout a fait les mêmes que pour jouer en Europe.

BasketActu : On voit qu’en Pro A il y’a plus de JNFL autorisés qu’ailleurs ; est-ce-que la Pro A doit tendre vers moins d’Américains autorisés afin d’européaniser davantage le jeu ?
JCP : Je vais poser la question à l’envers : est-ce normal aujourd’hui que Joffrey Lauvergne et Boris Dallo ne soient plus en championnat de France ? Je ne sais pas si c’est une question de coach mais je pense que les coachs ne sont pas fous. Si un Français est meilleur qu’un Américain il sera devant. Simplement nos jeunes pour les lancer il faut avoir un petit peu de temps. Est-ce-que nous coachs français on est un petit peu frileux ? Peut-être. Je pense quand même sincèrement que toute l’Europe nous envie pour une chose : on a les plus gros potentiels européens. La preuve ils viennent nous les chercher en France.
Aujourd’hui Thomas Heurtel, qui ne jouait pas ou peu en France, est meneur titulaire en Euroleague, Joffrey Lauvergne est le meilleur rebondeur de la première et deuxième phase de l’Euroleague, Boris Dallo va exploser à un moment ou un autre l’année prochaine… En Pro A il faut simplement que ces potentiels on arrive à les mettre sur le terrain. Ça veut peut-être dire moins de frilosité de la part des coachs. Après je ne suis pas sûr que limiter le nombre de joueurs américains soit une bonne solution. Je pense qu’il faudrait peut-être revoir le mode de fonctionnement et les relations entre le centre de formation et l’équipe pro. Combien de clubs en Pro A ont réellement une culture identique et identitaire de l’équipe pro à l’équipe minimes France par exemple ? Combien de coachs pros s’occupent réellement de la filière de formation de leur club ? Parce que former un jeune c’est du temps et de l’investissement. Ça veut aussi d’abord qu’il faut former les entraîneurs à tes méthodes d’entraînement.
Après chaque coach est différent. Philippe quand il est arrivé à Orléans il a d’abord commencé à former les entraîneurs et après il a mis en place progressivement un programme d’entraînement sur la catégorie minime, puis cadet, espoirs… Aujourd’hui tu te rends compte qu’à Orléans au-delà des joueurs comme Adrien Moerman, qui n’était pas formé chez nous, tu as par exemple Maël Lebrun qui est sorti, Murat Kozan qui arrive, il y’a encore deux ou trois gamins au centre de formation comme Valentin Mukuna… Avec Murat Kozan ça fait quatre/cinq ans qu’il y’a un travail qui est fait depuis la catégorie cadet. Il ne débarque pas de nulle part du jour au lendemain. C’est peut-être sur ce travail-là qu’il faudrait insister.

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