ITW Jean-Christophe Prat : « Xavi Pascual c’est le basket 2.0 »

Assistant d’Erman Kunter à Besiktas l’an dernier, Jean-Christophe Prat est fin observateur du basket européen. Il en a décrypté pour nous son évolution. Entretien.

jean-christophe pratAssistant d’Erman Kunter à Besiktas l’an dernier, Jean-Christophe Prat est un fin observateur du basket européen. Il en a décrypté pour nous son évolution. Entretien.

BasketActu : On a l’impression qu’il y’a un glissement progressif du jeu Euroleague avec la fixation intérieure qui n’est plus immédiatement recherchée. Est-ce une tendance pour les années à venir ?
Jean-Christophe Prat : Le jeu, tel qu’il a été conçu il y’a quelques années, il y’avait deux joueurs intérieurs et trois joueurs extérieurs. Aujourd’hui on se rend compte de plus en plus que le poste 4 est devenu un extérieur. Il peut shooter, étirer les défenses pour justement laisser le poste 5 travailler seul dans la raquette. Je reste quand même persuadé que tu ne peux pas envisager de faire le top 16 de l’Euroleague ou un Final Four sans un poste 5 vraiment dominant.
Le poste 5, n’est pas spécialement un scoreur mais c’est quelqu’un qui apporte un point de fixation pour les autres. Quand tu prends les grosses équipes, tu as Ante Tomic qui est un vrai 5, Sasha Kaun dans un registre un peu différent, les intérieurs du Partizan sont aussi de vrais points de fixation. Autant avant on amenait le ballon poste bas au 5 pour qu’il marque des points autant maintenant on s’en sert plus comme d’un relai, d’un point de fixation pour faire venir des aides et derrière avoir des décalages pour venir jouer les un-contre-un avec un temps d’avance. L’évolution est plus dans ce sens-là mais aussi parce qu’il y’a peut être moins d’intérieurs dominants en Europe.

Basket Actu : L’absence de poste 5 d’impact est-il le plus gros souci de Fenerbahce cette saison ?
JCP : Si tu n’as pas de 5 avec un talent offensif comme peut l’avoir Barcelone, ou Maccabi, avec Schortsanitis, il faut au moins avoir des 5 qui puissent défendre sur ces joueurs-là. C’est ce que l’on avait nous l’année dernière à Besiktas avec Gasper Vidmar et Cemal Nagla qui n’étaient pas des joueurs talentueux en attaque mais qui défensivement  arrivaient à stopper ces joueurs-là. Milan a ce type de joueur cette année avec  Samardo Samuels et Gani Lawal. Ce sont deux 5 à qui on va donner 15/20 minutes et qui vont pouvoir défendre sur les 5 adverse.
Si tu n’as pas ça tu te fais démonter au top 16. Aujourd’hui  une équipe comme Nanterre tu la mets au deuxième tour de l’euroleague…. Ça aurait été très bien pour le basket français mais ils se seraient fait démonter en pièce à l’intérieur parce qu’à un moment ou un autre les centimètres en moins tu le paye cash. Johan Passave-Ducteil, il a un cœur énorme, c’est un guerrier mais sur un Top 16 je pense que cela ne peu plus passer. Mam Jaitheh n’est pas encore prêt mais il a la dimension physique pour devenir un joueur d’impact en Euroleague. Le contre exemple c’est Kyle Hines (1m96) au CSKA mais autour de lui il a Kaun (2m12) Krstic (2m15) donc il y a un équilibre.
Enfin, pour répondre à ta question sur Fenerbahce, Savas a fait une saison blanche. Vidmar s’est blessé en début de Top 16 donc c’est devenu compliqué pour l’équipe. Mon sentiment pour connaitre les joueurs du Fener c’est qu’il n’y a pas assez de guerriers dans cette équipe et trop de joueurs qui veulent scorer et pas trop défendre.

Basket Actu : L’utilisation du money-ball c’est quelque chose qui devrait se démocratiser dans les années à venir ?
JCP : Chaque joueur a des spots de prédilection quand il shoote et tu sais que tu dois leur envoyer la balle à ces endroits-là (dans le bon timing). On utilise déjà ça en Europe. C’est le travail des entraineurs. Pour donner un exemple avec Orléans, Aldo Curti est un joueur qui avait du mal à mettre les tirs dans les corners. En revanche dès qu’il était dans l’axe ou à 45 degrés il était beaucoup plus fort. Si toi dans tes options de jeu tu fais amener la balle à Aldo Curti dans un corner ça n’a pas de sens. Notre rôle en tant qu’entraîneur c’est d’essayer d’amener les joueurs à jouer des un-contre-zéro (donc d’avoir un temps d’avance) dans leurs zones de confort.
Pour avoir lu récemment un article d’Ettore Messina au sujet de Kobe Bryant, il expliquait que Kobe, lui, il adorait tout ce qui était tir dans la zone intermédiaire en réception dos ou panier ou alors après un dribble. Si tu lui donnes la balle à trois points, dans le mouvement ou en sortie d’écran ça n’est pas son truc. Un autre exemple, Zach Moss il tourne toujours à droite, si tu le mets sur sa main gauche c’est un non-sens. Aux Etats-Unis ils vont peut-être au bout de la démarche dans le sens où c’est vraiment très hiérarchisé : Certains sont là pour le rebond, ou pour poser des écrans ou pour tirer à 3 points… Ils sont vraiment dans cette démarche-là. Ronny Turiaf aujourd’hui il est là pour poser des écrans, flasher, recevoir des ballons, un énergyser en fait (il accepte son rôle et il le fait très bien). On n’en est pas encore là je pense dans notre système européen.

Basket Actu : On voit aussi de moins en moins de meneurs purs ; à quoi attribuer cette tendance ?
JCP : C’est une bonne question. Mais on voit que c’est aussi valable pour le football. Avant on avait le numéro 10 avec des Platini, des Zidane mais aujourd’hui combien d’équipes ont de vrais meneurs de jeu ? C’est peut-être dû à une perte de talent brut que l’on n’a pas à l’origine parce que lorsque tu es meneur de jeu il faut avoir un vrai leadership. Mais je pense qu’aujourd’hui que c’est plus le jeu qui oblige à la polyvalence. Je pense que c’est plus dans ce sens-là qu’il y’a une évolution. Maintenant un meneur doit aussi être capable de jouer 2 et inversement. Des postes 3 il n’y en a quand même pas énormément, chaque équipe n’en a pas forcément un.
Le jeu a aussi changé énormément avec  l’importance du pick and roll. Aujourd’hui si tu n’as qu’un seul joueur qui joue du pick and roll dans une équipe, il va très vite être scouté et neutralisé. Aujourd’hui les postes arrière (1 et 2) doivent être capables de jouer les écrans porteurs pour créer des décalages. Je ne résonnerai plus en termes de poste 1,2, 3, 4 et 5, Mais plus avec des arrières, des ailiers- ailiers fort (3/4) et le poste 5. On se rend compte que dans beaucoup d’équipes il y’a des 3 qui peuvent jouer 4 et des 4 qui peuvent jouer 3 comme Brian Greene à Orléans. Par exemple, le Real de Madrid quand ils jouent small-ball avec Tremmell Darden en 4, Maccabi qui fait jouer Pini en 4 systématiquement. C’est davantage comme ça que je verrai l’évolution du jeu aujourd’hui.

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