ITW Sami Driss : « J’ai fait des concessions en termes de salaire pour venir à Pau »

Sami Driss a un parcours atypique mais a grimpé les échelons et est aujourd’hui l’un des piliers de l’équipe de Pau. Son parcours, ses relations avec Claude Bergeaud, son enfance parisienne… Entretien

BasketActu : Peux-tu nous faire un bilan général de la saison ?
Sami Driss : On est bien classé même si pour le moment on n’a encore rien fait. On est à la première place depuis la première journée et j’espère qu’on le restera jusqu’à la dernière. La défaite de ce week-end nous a fait mal. C’était un match important et on n’a pas su répondre présent.

BasketActu : Comment expliques-tu la défaillance de ce week-end ?
S.D. : On est une équipe à deux visages. On joue très bien à domicile et on ne sait pas reproduire nos performances à l’extérieur. C’est dans nos têtes, c’est un problème mental. On a perdu pas mal de matches un peu bêtement en début de saison contre des équipes moyennes. Ça a entamé notre confiance sur les matches à l’extérieur. Quand on se déplace, les équipes que l’on rencontre sont remontées, les salles sont pleines, il y a un engouement et on a du mal à passer ce cap. On l’a fait contre Evreux avec un gros match défensif, puis on est retombé dans nos travers.

BasketActu : Le contexte de ce match était un peu particulier avec notamment une diffusion en direct sur L’Equipe 21.
S.D. : On l’a abordé comme un match classique. Depuis le début de saison, on joue chaque match comme une finale. Bon après j’espère qu’on sera meilleur sur une finale que samedi dernier contre Antibes, sinon ça va être chaud. Après la télé, on ne la voit pas, on ne se voit pas à la télé. Donc ça n’a rien changé.

BasketActu : L’Elan reste un club historique malgré le fait que vous soyez en Pro B. Tu le ressens dans les yeux de tes adversaires ?
S.D. : Carrément. On est premier et en plus on est l’Elan. Du coup, les éuipes en face sont vraiment motivées. J’ai connu ça quand j’étais à Bordeaux. Quand tu joues l’Elan, t’en entends parler au moins un mois avant. Et puis tu n’as pas grand-chose à perdre donc tu donnes tout. Et nous, on a du mal à répondre dans l’intensité.

BasketActu : Tu es arrivé à Pau alors que le club venait de descendre en Pro B. Quel était l’état d’esprit en interne (dirigeants, joueurs…) ?
S.D. : L’objectif affiché en début de saison état la montée. Clairement. Il y a eu beaucoup d’exigences mais on est tous, nous les joueurs, venus pour ça, le challenge était intéressant. Notamment pour David Denave et moi-même qui avons toujours évolué dans des clubs de milieu de tableau. L’Elan est un club historique et on nous le fait sentir. Tu n’as pas le droit à l’erreur car le public est très exigeant. Après on le savait. Le discours des dirigeants, c’est que l’Elan est une institution et qu’il doit retrouver son lustre d’antan.

BasketActu : Toute à l’heure tu parlais du public. Quelle différence avec ceux que tu as connu ?
S.D. : C’est un public habitué aux gros talents, ils ont vus passer des tonnes de bons joueurs. Nous, on reste des joueurs de Pro B, on fait quelques erreurs que le public a du mal à accepter. Après quand tu te donnes, ils savent vraiment te le rendre. Quand tu te jettes sur un ballon, tout le monde t’applaudit. En fait c’est un public qui connaît très bien le basket. Ce n’est pas aussi marqué qu’à Limoges, où le basket est une vraie religion. A Pau, il y a le handball, le rugby… Les gens peuvent se reconnaître dans différents sports. Mais bon, on a quand même un vrai public ici. Qui peut être dur comme je disais. C’est déjà arrivé que les gens nous sifflent et nous huent pendant 4-5 actions où l’on déjoue. Ou alors il y a eu des gros silences si l’équipe n’est pas dans le match. Mais il faut l’accepter, c’est le genre de public qu’ont les grands clubs européens.

BasketActu : Vous ressentez la pression des dirigeants ? Ce sont des personnes qui n’hésitent pas à s’exprimer dans la presse. Ça vous touche ?
S.D. : Les dirigeants laissent beaucoup de marge de manœuvre à Claude (NDLR : Bergeaud, coach de Pau). Après personnellement, je ne m’occupe pas trop de ce qu’il se dit dans la presse. Souvent, ce sont des discours de façade. Le plus important, c’est ce qui se dit au sein du groupe. Dès le début de la saison, on s’est dit qu’on resterait soudé, qu’on formait un cercle et jusque-là personne n’est sort du groupe, j’espère que ça va continuer. Le stage de présaison à la montagne a été utile. Tout le monde était là, même les dirigeants. Lors de cette réunion, on a posé les bases de la vie de groupe, on a fixé nos objectifs. Là on est dans les clous, il reste quatre matches, on doit tenir.

BasketActu : Ton arrivée à Pau est liée à celle de Claude Bergeaud. Pourquoi l’avoir suivi ?
S.D. : En fait, j’avais déjà des contacts avec le club avant de savoir que Claude Bergeaud serait le nouveau coach. Disons que la décision a été plus facile à prendre après. Et puis quand un club comme Pau te sollicite, tu ne réfléchis pas longtemps. Le niveau supérieur, c’est une expérience que je voulais vivre.

BasketActu : Claude t’a désigné capitaine de l’équipe alors que tu étais une recrue. Flatté ?
S.D. : J’ai rencontré Claude quand j’étais à Bordeaux. Il a apprécié mon caractère et il voulait quelqu’un comme moi pour surmonter les éventuelles difficultés dû à la pression du club. Il lui fallait quelqu’un qui sache donner de la voix et c’est mon cas. Le rôle de capitaine est important pour lui. Et les joueurs de Pau savaient que j’étais déjà le capitaine de Claude à Pau donc ils se sont naturellement tournés vers moi pour savoir comment il fonctionnait, dans quoi ils s’engageaient avec lui.

BasketActu : Pour en revenir à toi, tu étais un peu réputé comme un joueur « ingérable ». Comment as-tu géré cette réputation ?
S.D. : Comme on dit, il n’y a pas de fumée sans feu. J’ai eu la chance de tomber sur un coach qui m’a compris quand j’étais plus jeune. Il m’a donné ma chance à un niveau inférieur, j’ai eu les reines de l’équipe à ce moment-là. Quand je suis arrivé à Bordeaux, j’ai avancé sur ce point, j’ai dû apprendre à me gérer un peu mieux. Après c’est dans ma nature, j’ai horreur de la défaite et de ne pas apporter à mon équipe. Mais bon, il faut de tout, la preuve avec un mec comme Laurent Sciarra. C’est le genre de personnes qui m’a fait vibrer quand j’étais jeune, il était toujours à fond. J’ai de mauvais côtés mais j’essaye d’apporter beaucoup plus à l’inverse. Claude me connaît, j’ai mûri avec l’âge et je comprends aussi mieux le jeu. Là quand je m’énerve, je prends du recul et je prends sur moi. A 20 ans, je pétais un plomb pour rien. Je me détestais, j’étais la personne qui était le plus critique vis-à-vis de moi-même. Quand tu veux changer, tu trouves des astuces pour te contrôler, tu te reposes sur un ou deux coéquipiers qui peuvent te dire les choses en face à tout instant.

BasketActu : Tu as eu un parcours assez atypique. D’abord la région parisienne puis la N1 et la Pro B mais surtout tu as coupé ta carrière pour passer un an en Australie. Pourquoi ce départ à l’étranger ?
S.D. : Je suis parti en Australie parce que j’avais un projet. Je venais de finir mes études et le basket n’était pas une priorité à ce moment-là. Quand je suis arrivé là-bas, j’ai eu l’opportunité de jouer et je l’ai fait parce que c’était vraiment trop dur de ne pas toucher un ballon pendant un an. Le niveau était faible mais c’était pour avoir un rapport social et continuer à pratiquer ma passion. Ça a été un coup d’arrêt pour ma carrière parce que je sortais d’une grosse saison en N1 avec Vanves. J’étais meilleur marqueur français. Mais dès janvier, je savais que je ne serai plus là en septembre. Si je n’étais parti, j’aurais peut-être évolué plus vite. Mais je ne regrette pas d’être allé en Australie, c’est la plus belle année que j’ai vécu.

BasketActu : Il te restait une année de contrat avec Bordeaux. Comment ont-ils pris le fait que tu veuilles partir pour Pau ?
S.D. : Ils n’étaient pas très chauds. Aujourd’hui, je les remercie d’avoir fait l’effort. En gros, ils m’ont demandé de racheter une bonne partie de mon année, un peu comme un buyout. J’ai fait des concessions en termes de salaire pour venir à Pau. Là aujourd’hui, c’est difficile pour moi de voir la situation de Bordeaux.

BasketActu : Vous avez déjà discuté de la saison prochaine à Pau avec le coach ou les dirigeants ?
S.D. : On n’a pas encore discuté de ça. La fin de saison est encore loin et c’est difficile de parler d’un projet sans savoir où l’on sera. Si par bonheur on garde la première place, ça se décantera. Personnellement, je suis encore sous contrat. C’est un objectif pour moi de jouer en Pro A. Je pense être au niveau. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu découvrir en grandissant. J’ai fait toutes mes classes en jeunes à Sceaux. Un samedi sur deux, j’étais à la salle.

BasketActu : Tu as fait une bonne partie de ton début de carrière en banlieue parisienne. Le basket en Ile De France est particulier. Ça te manque ?
S.D. : Enormément, enfin surtout mes potes. J’ai vécu de belles saisons à Vanves avec une vraie bande de potes. Ce sont les premiers que je vais voir quand je rentre sur Paris. C’est un club qui me tient à cœur. Le basket à Paris, c’est différent de ce que l’on voit dans le Sud-Ouest. C’est plus spectaculaire, plus athlétique. Ca s’apparente à du basket en 1vs1 et l’ambiance est particulière dans les salles. J’ai grandi en tant que fan du Racing. Le titre de champion de France en 1997, c’est comme-ci c’était hier.

Crédit photo : Eric Traversie

Les stats de Sami Driss cette saison :

Club Division MJ 5d Mins Pts Tirs % 3 pts % LF % Rebonds Contres Pd In Bp Fautes Év
O D T Pr Ct Fte Fpr
Pau-Lacq-Orthez PROB 23 6 508 125 37-91 40.7 16-42 38.1 35-48 72.9 14 65 79 5 4 77 34 50 57 51 203
Moyenne 23 22.1 5.4 0.6 2.8 3.4 0.2 0.2 3.3 1.5 2.2 2.5 2.2 8.8
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Comments

Commentaires (8)

  1. juju87

    "Ce n’est pas aussi marqué qu'à Limoges, où le basket est une vraie religion " venant d'un palois çà fait toujours plaisir ;)

  2. peones4

    c'est clair … merci Sami pour ton public palois …

  3. drum

    Pis bon, sifflez son équipe quand elle joue mal plutôt que de l'encourager, c'est quelques choses que je ne comprendrais jamais, à pau et ailleurs…

    Je reconnais qu'il est maladroit de sa part de comparer ces 2 publics, les "fanatiques" y sont encore présents !

  4. lechat

    tocard ce driss