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ITW Stephen Brun : « On a vraiment envie qu’il y ait de l’enjeu »

Alors que l’on arrive aux deux dernières journées de Jeep Elite, on est allé demander à Stephen Brun, consultant SFR Sport/RMC, comment il préparait ce moment si particulier de la saison.

D’ici le 15 mai, on sera enfin fixé sur les équipes qualifiées pour les playoffs de Jeep Elite. Mais avant cela, il y a encore deux journées à disputer, sans doute les plus excitantes de la saison. La dernière, fixée au 15, sera d’ailleurs l’objet d’un multiplex en accès gratuit sur les Facebook Live de SFR Sport et RMC Sport, la chaîne youtube de SFR Sport, ainsi que sur les sites rmcpsort.fr, sport.sfr.fr et yahoo sport. L’opération sera aussi renouvelée pour les quarts de finale (à partir du 22 mai). Pour savoir comment ces événements se préparaient, on a discuté avec Stephen Brun, consultant SRF Sport/RMC. L’ancien basketteur pro nous a aussi livré ses coups de cœur de la saison et ses pronostiques pour les playoffs.

BasketActu : Comment se prépare un match à commenter ?
Stephen Brun : David Cozette nous envoie à tous un planning des matchs. Le jour des matchs, je prend mon ordinateur. Je prend une feuille de papier, et je regarde tout sur les équipes que je commente : les résultats précédents, ce qu’elles ont fait sur les deux dernières journées, les chiffres, les dernières confrontations… Je regarde aussi s’il y a des petites histoires. Par exemple, si une équipe joue à l’extérieur, je regarde à quand remonte leur dernière victoire à l’extérieur. Sur Limoges-Strasbourg, je regarde par exemple le ratio victoire-défaite du CSP sur les cinq/six dernières années. Ensuite, je regarde les stats d’équipe, attaque et défense, où elles en sont au niveau du classement. Tout ça, ça fait beaucoup, beaucoup de chiffres. Je traite les deux équipes exactement de la même façon. En général, je passe une heure, une heure et quart à préparer un match. En plus de ça, j’ai la chance de recevoir par mail tous les articles de la presse quotidienne régionale. Je fais ça pour voir les déclarations des coachs pour voir comment ils abordent le match, et avoir le plus de choses possibles sur les rencontres.

BasketActu : Les jours de match, est-ce-que les coachs et les joueurs sont disponibles avant le coup d’envoi ?
SB : J’aime bien arriver très tôt à la salle, deux heures, deux heures et quart avant, comme ça, ça permet de croiser les joueurs et de discuter avec eux. J’ai aussi parfois des affinités avec des coachs, que je n’ai pas avec d’autres, donc on discute un peu. J’aime bien leur poser des questions sur comment s’est passée la semaine, s’il y des pépins… J’aime bien parler basket avec eux, sur leur façon de voir le championnat. Je ne leur demande pas seulement des infos sur leur équipe, mais on parle beaucoup basket, ce sont des moments plutôt sympas. Parfois, je ne sais pas si quand j’arrive vers eux, ils me voient vraiment comme un commentateur ou comme le joueur que j’étais. Je ne sais pas s’ils ont encore des réserves quand ils me parlent, mais j’ai l’impression qu’ils parlent librement avec moi quand on parle de basket. Quand il y a Limoges avec Olivier Bourgain (le GM du club), qui est un bon ami à moi, il me parle beaucoup plus de son équipe, et me donne quelques infos. Mais j’aime bien parler avec tout le monde que ça soit les coachs, les assistants ou les joueurs.

« Je sens quand même que je suis de moins en moins joueur de basket chez les joueurs »

BasketActu : Ce ne serait pas plus les joueurs qui pourraient te voir encore comme un des leurs ?
SB : Peut-être, même si ça commence à changer un petit peu. Je vois que certains me prennent vraiment pour un journaliste, alors que je ne le suis pas. Je suis consultant, et il faut bien faire la différence entre les deux. Les journalistes ont tous fait des études de journalisme. Moi je n’ai pas ma carte de presse. Globalement, je sens quand même que je suis de moins en moins joueur de basket chez les joueurs. Je suis plus le mec derrière la télé.

BasketActu : Tu as le droit régulièrement à des retours par les coachs et les joueurs sur ce que tu as dis à l’antenne ?
SB : J’ai beaucoup de retours. L’outil de communication numéro un maintenant, c’est twitter. Les gens pensent que l’on peut échanger là-dessus, alors que ça n’est pas trop mon kiff. Pour donner une réponse à quelqu’un oui, mais pas pour discuter. Ça arrive de me brouiller avec certaines personnes par rapport à des choses que j’ai pu dire sur Buzzer (le lundi soir sur SFR Sport 2), ou des commentaires de matchs. Le meilleur exemple, c’est l’année dernière quand j’avais dit que Martial Bellon, le président de Strasbourg, en reprenant Vincent Collet avait baissé son froc. Je savais qu’en plus trois jours après je commentais au Rhénus. Je savais que j’allais être en difficulté, et ça n’a pas manqué. Il n’avait pas voulu me serrer la main, mais depuis on s’est expliqué. Forcément, on s’expose à ce genre de choses, surtout moi qui n’ait pas ma langue dans ma poche, qui dit les choses que personne ne veut dire. Je m’expose à la rancœur de certaines personnes. Mais, si je ne disais pas la vérité, je me ferrais taper sur les doigts par mes patrons. Pour l’instant, je n’ai pas d’énormes brouilles, j’en ai juste quelques unes avec un joueur du Mans notamment, mais ça ne me dérange pas. Après, si je m’embrouillais avec des mecs avec qui je m’entends bien, là ça me ferais chier.

BasketActu : Justement, tu as des consignes de tes employeurs sur le ton à adopter ou tu as une totale liberté ?
SB : Je sais que David, lui, n’est pas dans le conflit. Il aime être bien avec tout le monde, et n’aime pas trop froisser les gens. Parfois, il est obligé de me contenir car il sait que je vais lâcher des trucs. Les restrictions, je me les mets moi-même. Je sais qu’il y’a des limites à ne pas dépasser. On n’attaque pas l’homme, et les attaques gratuites ne servent à rien.

« Je déteste me voir à la télé »

BasketActu : Est-ce-que avez le droit à des débriefs de vos matchs ? Est-ce-que vous les analysez ?
SB : David me fait beaucoup de retours, car je suis encore jeune dans le métier. Je n’ai pas encore son expérience. De temps en temps on me dit « là tu as trop parlé », « ça tu n’aurais pas du dire »… Après, il y a une chose qu’il faut savoir, c’est que je déteste me voir à la télé, m’écouter parler. Je ne regarde jamais un match que j’ai commenté, une reddif de Buzzer. Ce n’est peut être pas bien, mais je ne supporte pas de me voir à la télé.

BasketActu : Le plus difficile à travailler c’est la fluidité, complicité avec la personne avec laquelle tu commentes ?
SB : Je commente beaucoup avec David, donc on commence à avoir des automatismes. On a fait beaucoup de déplacements ensemble, et on se connait quasiment par cœur. Je sais quand il va me parler de quelque chose, je le vois venir à l’avance. Avec Alex Biggerstaff c’est un autre ton. Il est un peu plus jeune, donc il y a peut-être un peu plus de déconnade avec lui. Chaque binôme est différent.

BasketActu : On arrive sur la fin de saison régulière; est-ce-que le multiplex de la dernière journée est quelque chose que vous avez préparé bien en amont ?
SB : Le soucis avec la Jeep Elite, c’est qu’il est très difficile d’anticiper les choses. On attendra de voir quels sont vraiment les enjeux sur la dernière journée. On sait que pour les trois premières places on connaît certainement les équipes. On espère qu’il y aura beaucoup de suspens sur la dernière journée, avec des équipes qui jouent leur place en playoffs. On mettra l’accent là-dessus. La finalité du multiplex c’est de connaître les affiches des playoffs. C’est pour ça qu’il est important. On a vraiment envie qu’il y ait de l’enjeu.

BasketActu : Est-ce-que cette année il y a un match ou une ambiance qui t’ont marqué ?
SB : Je suis obligé de répondre Nanterre-Villeurbanne à la U Arena, parce que c’était un événement exceptionnel. Il y avait quand même 15000 personnes. On n’a pas l’habitude faire ce genre de match. Pour moi, c’est toujours de bonnes surprises d’aller dans des salles que je connais pas. C’était une vraie découverte avec l’organisation formidable de Nanterre. Après, j’ai toujours dit qu’on avait quinze ans de retard en organisant ce genre de choses. C’est bien, mais il faudrait que ça devienne un rendez-vous hebdomadaire. Le scénario du match avait aussi fait que ça avait été magnifique. C’est vraiment le match que je retiens car c’est un match qui sort de l’ordinaire.

BasketActu : Il y a un joueur qui t’a surpris ? Que tu n’attendais pas à son niveau ?
SB : Il y a un joueur que j’aime bien commenter, car il est spectaculaire : c’est DJ Stephens forcément. Quand je commente Le Mans, j’attends toujours une action d’éclat de sa part, parce que c’est un phénomène rare chez nous, et dans le monde entier, n »ayons pas peur des mots. Après ça n’est pas le meilleur joueur, mais j’aime bien commenter David Lighty. J’ai joué avec lui à Nanterre, c’est un homme exceptionnel. J’adore le garçon. J’aime bien aussi Strasbourg, car il y a beaucoup de joueurs talentueux. Il y a beaucoup de bons joueurs en Jeep Elite, mais il n’y pas de joueurs exceptionnels non plus. En Euroleague, on peut voir la différence de niveau. Ce sont deux baskets différents.

BasketActu : Même si la Jeep Elite est compliquée à pronostiquer, tu vois des équipes se distinguer avant les playoffs ?
SB : Tu peux toujours faire des pronostiques, mais ce championnat est tellement fou, et pas que cette année. Forcément, je peux dire que Monaco est favori, mais ça fait deux années de suite qu’ils ne jouent pas la finale. Si j’ai envie de jouer la sécurité, je dirais que Strasbourg sera finaliste. Mais on n’est pas à l’abris de surprises comme l’année dernière avec Chalon. On n’est pas non plus à l’abris que l’ASVEL finisse quatrième avec l’avantage du terrain, qu’ils se transforment en playoffs, deviennent monstrueux et champions. Pour moi la finale idéale, en terme d’équipes, ce serait Monaco-Strasbourg.

Crédit photo : F.Blaise

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