Focus : Joan Plaza dans la cour des grands

Le Zalgiris Kaunas parvient à chatouiller les plus grandes équipes européennes, et son entraîneur n’y est pas étranger.

L’été dernier, Joan Plaza a posé ses valises du côté de Kaunas. Usine à coachs par excellence, le Zalgiris avait tout d’un terrain miné pour l’une des valeurs montantes du coaching en Europe. Pourtant, aujourd’hui, l’Espagnol a mis tout le monde d’accord. Même Vladimir Romanov ? Presque.

Le propriétaire du Zalgiris et son manager général ont été clairs avec Plaza au moment de la construction l’effectif : miser sur une base importante de joueurs locaux et former les jeunes espoirs. Deux lignes de conduite allant de pair avec la mentalité d’un personnage ayant déniché Raul Lopez au fond de la pampa catalane à la fin des années 90, formé un certain Rudy Fernandez, fait venir Sergio Llull à Madrid et lancé dans le grand bain Tomas Satoransky à Séville.

Reste que, en contrepartie, « Mad Vlad » a dû s’asseoir sur sa politique du star system, celle qui l’avait conduit à miser sur Ty Lawson et Sonny Weems, deux éléments venus pour remplir les gradins mais dégagés avant la fin de la saison pour des problèmes extra-sportifs.

Un temps ronchon, Romanov doit se rendre à l’évidence : le Kaunas de Plaza gagne (invaincu en championnat, deuxième avec un match en retard en VTB, meilleurs résultats depuis 12 ans en Euroligue) et remplit la superbe Zalgirio Arena (1er à l’affluence avec 13 3990 spectateurs de moyenne).

La patte à Plaza

Entraîneur adjoint d’Aito Garcia Reneses puis de Bozidar Maljkovic, Joan Plaza est allé à bonne école. En apprenant le métier auprès des deux plus grands techniciens passés par l’ACB – et même trois si l’on prend compte les années Marc Comas à la Juventut -, le sosie de Steve Carell s’est forgé une vraie philosophie de jeu.

Utilisation massive du pick&roll, mentalité défensive (68,4 possessions par match en moyenne, soit le plus faible total de l’Euroligue), le collectif plutôt que les grosses individualités, pression sur le porteur de balle (2ème à l’interception derrière l’Anadolu), le playbook de l’ancien entraîneur du Real Madrid n’a rien à envier à celui de Maljkovic.

Désir de jouer avec et non pour ses intérieurs, envie constante de provoquer de façon à créer le décalage, le « dribble utile », volonté de marcher sur l’adversaire au rebond offensif (1er en ACB l’an passé, 2ème en Euroligue cette année), qu’on se le dise, l’Ibère fait des rudiments de l’attaque de zone l’un des fondements de son jeu – certains coachs Pro A peuvent prendre des notes.

Un pour tous, tous pour un

Voir jouer le Zalgiris Kaunas cette année est un pur régal – et pas que pour ses cheerleaders. Et pourtant, à l’opposé de Simone Pianigiani, Plaza exècre les profils spectaculaires du type McCalebbMcIntyre ou autres Bobby Brown. Que ce soit en Lituanie ou en Espagne, le Barcelonais préfère une marque bien répartie aux solistes, aussi talentueux soient-ils. Une absence de leader offensif qui, contrairement à ce que beaucoup laissent entendre, est l’un des points forts des vert et blanc.

Qu’ils s’appellent Popovic, Darden, Lafayette ou Lavrinovic, tous représentent un danger réel pour l’adversaire. Victorieux du CSKA Moscou (en VTB), de l’Olympiacos et du Caja Laboral de Zan Tabak (ancien adjoint de Plaza à Séville), Kaunas l’a prouvé, il peut voyager loin. Très loin.

Même privés de Javtokas depuis le début de la saison et considérablement amoindris du fait des blessures des Lavrinovic, les partenaires de Tremmell Darden sont allés jouer les yeux dans les yeux sur le parquet du Real Madrid la semaine passée. Un signe, s’il en fallait encore un autre, de l’impact de Plaza sur cette équipe.

Intransigeant, tel Maljkovic, le Catalan « feel devotion » et joue pour la gagne quelles que soient les conditions. Et pour cause, à l’opposé des sacro-saintes pratiques Made in Pro A, l’ancien entraîneur de Banca Civica ne coache pas 6 ou 7 joueurs mais un roster complet, de façon à garder tout son monde impliqué.

Tel Panagiotis Giannakis et autres coachs européens formatés pour jouer la gagne, le vainqueur de l’Eurocup 2007 part d’un principe simple : « un joueur qui se donne à fond en attaque et en défense ne peut pas jouer plus de cinq à sept minutes par quart-temps ».

Depuis le début de la saison, en Euroligue, huit de ses hommes jouent entre 17 et 26 minutes. Plus globalement, ils sont dix à évoluer plus de 10 minutes sur le parquet à chaque match, aucun ne dépassant le seuil des 26 minutes. En fait, seuls Darden et Jankunas sont à plus de 23 minutes. Pas une surprise puisque le premier est chargé de faire le lien entre les extérieurs et les intérieurs, de par sa faculté à aller pénétrer, tandis que le second incarne les valeurs de cette équipe.

Arrivé en Lituanie avec pour ambition de prouver à tous qu’il pouvait réussir aux commandes d’une cylindrée Euroligue, le pari de Plaza est d’ores et déjà réussi.

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Comments
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Commentaires (4)

  1. moneyinthebank

    très bon article complet , tabak de vitoria était aussi son assistant au réal , quand on lit les interview de bjelica et heurtel sur le site de EL il y a ds similitudes , tous les joueurs sont importants et pas de joueurs à 30 mnts , ces deux équipes cartonnent en ce moment c'est pas un hazard !!!

  2. GW

    « un joueur qui se donne à fond en attaque et en défense ne peut pas jouer plus de cinq à sept minutes par quart-temps »

    Hein ? Quoi ?

    Mais Schilb, Tchicamboud et Evtimov jouait plus de 35min par match pourtant…