Joffrey Lauvergne : « J’ai cru que ça allait partir en cacahuètes »

Le jeune Chalonnais monte en puissance cette année. Entretien avec un Lauvergne plein de projets.

BasketActu : Vous faites un super parcours européen mais vous perdez en finale contre Besiktas. La déception n’est pas trop grande ?

Joffrey Lauvergne : On est déçu, oui. Ça nous reste en travers de la gorge, c’est clair. Après voilà, c’est comme ça. On a encore une finale à jouer, les playoffs vont commencer derrière. Ce n’est pas comme si la saison allait s’arrêter derrière cette finale. Il y a de quoi se refaire.

BasketActu : Que vous a-t-il manqué ?

JL : Déjà de se dire dans la tête que c’était possible de gagner. Je pense que rien que ça, ça aurait changé pas mal de choses. On a mal commencé parce qu’on avait peur de jouer face à une équipe avec une telle renommée. Après il ne manque pas grand chose, Besiktas n’est pas non plus le Pana ! Si on les joue dix fois, on ne va pas se prendre dix branlées. Ça se joue à peu de choses, il fallait peut-être juste y croire et se dire que c’était possible.

BasketActu : La LNB et la FFBB ne vous ont pas trop aidé en vous faisant jouer quelques jours avant le départ pour la Hongrie… Tu penses que ça a joué contre vous ?

JL : Oui et non. On ne nous a pas aidé, c’est vrai. Quand on voit qu’on est la seule équipe qui fait quelque chose en Europe, c’est vrai que c’est dommage. Mais dire que c’est pour ça, franchement je ne pense pas. Nous on a l’habitude de jouer au moins deux fois par semaine. Depuis le début de l’année c’est deux matches par semaine. La Semaine des As c’est trois matches en trois jours… Donc non, je ne pense pas que ce soit pour ça qu’on ait perdu mais c’est vrai que ça aurait peut-être été plus simple si on n’avait pas eu ce match juste avant de partir. On a fini ce match, on est rentré chez nous c’était minuit. Le lendemain on repart à 9h…

BasketActu : En trois semaines, vous allez jouer à Cholet, à Gravelines puis la finale de la Coupe de France contre Limoges… Trois matches qui vont vous lancer vers la course au titre. 

JL : Oui. Enfin les matches de championnat on va les jouer parce qu’on aime pas perdre mais bon… Pour nous le principal c’était de finir parmi les deux premiers pour avoir l’avantage du parquet pour la suite. Après la Coupe de France, c’est super important pour nous. Rien ne va être facile à jouer. L’ASVEL même s’ils font une mauvaise saison, ils ont des joueurs qui individuellement sont réguliers. Cholet n’en parlons pas, on les a affronté juste avant de partir et c’est une des équipes les plus compliquées à jouer. Et Gravelines, ils sont premiers. La Finale de la Coupe de France contre Limoges à Bercy, ça va être un gros match. D’autant plus que le CSP est déjà assuré de montée en Pro A et qu’il ne pense plus qu’à ça. C’est une équipe de Pro A. Même s’ils jouent en Pro B, ils ont une équipe qui pourrait très bien évoluer en Pro A. C’est un match à prendre sérieusement. Rien ne sera facile mais si on joue correctement ça devrait le faire.

BasketActu : Tu réponds quoi à ceux qui disent qu’on s’en fout un peu de la Coupe de France ?

JL : La Coupe de France, c’est un titre. Nous dans le vestiaire, on s’est dit qu’on voulait de tout gagner. Là on a raté une échéance mais il nous reste d’autres objectifs. Après, la Coupe de France, elle ne te qualifie que pour l’Eurochallenge… Ce n’est pas comme si tu faisais un tour qualificatif pour l’Euroleague derrière. Donc, dans ce sens là, dire que ça ne sert à rien, c’est un petit peu vrai. Après c’est toujours un titre, une expérience, c’est aussi aller à Bercy… Donc nous bien sûr qu’on est motivé !

BasketActu : Vous faites une saison énorme puis il y a cette « affaire Tchicamboud ». Finalement, on en a peut-être un peu trop fait, non ?

JL : Oui bien sûr. C’était un truc qu’on a réussi à gérer au sein de l’équipe. Après même moi pendant un temps j’ai cru que ça allait partir en cacahuètes… Puis finalement on s’est rendu compte que non. Steed est quelqu’un de très intelligent, il savait ce qu’il faisait, il savait jusqu’où ça pouvait aller. Il s’est arrêté là où il fallait pour qu’on puisse tous rejouer ensemble. Vu qu’il ne se passe pas beaucoup de choses, ça a pris une grosse ampleur… Ça a fait plus de remous dans la presse que dans le groupe.

BasketActu : Tout est revenu à la normale ?

JL : Oui oui ! Honnêtement, il y a toujours une bonne ambiance. Ça se passe toujours bien.

BasketActu : Le titre de MVP devrait se jouer entre Blake Schilb et Taylor Rochestie. Tu penches pour qui ?

JL : Moi, on m’a toujours appris que le MVP était toujours dans l’une des meilleures équipes, qu’il jouait sur toutes les compétitions, qu’il briguait la première place. Donc pour moi, forcément, ça devrait être Blake Schilb. Après les deux sont très forts. Rochestie, il est impressionnant aussi. Mais Blake… Dans la mesure où la saison passée on a gagné la Coupe de France, que ça fait quelques saisons qu’il est là et que pour le moment on est allé en finale de toutes les compétitions… Donc pour moi, ça devrait être Blake.

BasketActu : Ton temps de jeu est très fluctuant cette saison, ce n’est pas trop difficile à gérer ?

JL : Si, c’est frustrant… C’est clair que j’aimerai jouer plus, que j’aimerai tout le temps avoir un gros temps de jeu. Mais cette frustration ne dépasse pas le plaisir que j’ai de jouer dans cette équipe, d’aller en finale de la Semaine des As, de gagner la Coupe de France la saison dernière, d’être allé en finale contre Besiktas. Pour l’instant, je profite des moments dans cette équipe. Des équipes qui gagnent dans toutes les compétitions ça n’arrive pas souvent. Même si je suis frustré, c’est quand même une expérience positive que je vis à Chalon.

BasketActu : Greg Beugnot te demande quelque chose de particulier lorsque tu sors du banc ?

JL : De défendre, de ne pas sortir des systèmes lorsque je touche la balle, après rien de spécial. Juste de jouer mon jeu, de me battre.

BasketActu : Donc au final, tu es traité comme un joueur confirmé. Et pas comme un espoir…

JL : J’espère ! Ça fait trois ans que je joue en pro donc même si je n’ai que vingt ans… L’année où je suis arrivé à Chalon, je n’ai fait que trois matches avec les espoirs. Même lorsque je rentrais en jeu à l’époque, il me demandait de faire mon truc.

BasketActu : Tu as été la révélation de la Semaine des As, depuis tu confirmes en réalisant de belles prestations. Tu penses avoir franchi un cap cette saison ?

JL : Oui. Cette saison avec deux matches par semaine m’a beaucoup apporté. Même si je ne joue pas énormément avec ce temps de jeu très fluctuant. Mais c’est sûr que tous ces matches m’ont aidé. Après, la Semaine des As n’a pas été un déclic. Peut-être que, parce qu’on est allé en finale et qu’on a gagné, les yeux étaient un petit peu braqués sur nous. Donc vu que j’ai été bon, forcément on l’a vu… Mais ce n’est pas à la Semaine des AS que j’ai passé un cap.

BasketActu : Que te reste-t-il a travailler d’après toi pour devenir titulaire ?

JL : C’est compliqué. Je suis à Chalon. Dans notre jeu, il n’y a pas vraiment de systèmes pour le poste 4. Ilian Evtimov est au poste 4 et j’ai envie de dire qu’on ne peut pas espérer mieux puisqu’aux postes 1, 2 et 3, il y a beaucoup de créateurs. Donc le poste 4 doit surtout être très adroit. Peut-être que dans d’autres équipes ce n’aurait pas été pareil, mais on en revient toujours au même point : Chalon, deuxième du championnat. Si j’étais dans la douzième équipe du championnat, je ne dirais peut-être pas ça c’est sûr.

BasketActu : Nicolas Lang, Jordan Aboudou, toi… On parle beaucoup des échecs de l’ASVEL et de Pau-Lacq-Orthez au niveau du projet jeune, mais finalement à Chalon ça se passe bien. Tu penses que les clubs français devraient persévérer dans cette voie ?

JL : Oui ! On est dans un championnat où il y a beaucoup d’Américains donc ça enlève pas mal de places. Quand on voit le Triumph Moscou où il y a deux Américains, un Canadien et pour le reste que des jeunes Russes… Et jusqu’à preuve du contraire, ils font aussi une bonne saison. Ce n’est pas le seul club qui fait comme ça en Europe, il y en a d’autres qui font pareil. Pour moi l’ASVEL ce n’est pas vraiment un échec du projet jeune… Tu regardes les jeunes, ils font de belles prestations. C’est plutôt le reste de l’équipe… Pau, c’est un peu pareil. Et encore, ça dépend de ce que tu veux dire par jeune. Pour moi, à 23 ans t’es plus jeune. Déjà à 21, tu commences à ne plus l’être dans certains pays. En Serbie, à 20-21 ans, t’es plus « jeune ». Il faut arrêter avec tout ça. Pour le basket français, ce serait mieux si on n’avait que deux ou trois joueurs super forts. L’époque des Sciarra, Risacher etc, c’était pas comme aujourd’hui…

BasketActu : Ce week-end, tu vas retrouver Léo Westermann que tu connais bien. Tu te verrais à sa place ? C’est un peu compliqué là-bas…

JL : Ça dépend. Certes il ne gagne pas mais il joue 30 minutes par match. Moi je joue moins mais l’expérience collective est positive. Lui c’est une autre situation. Après oui, c’est sûr ça doit être compliqué dans une équipe classée comme ça. Je suis content pour lui car il avait été gravement blessé à l’INSEP. Derrière, l’année passée, il jouait beaucoup à la fin mais pas du tout au début. Puis là de le voir faire cette saison, je suis très content pour lui.

BasketActu : La saison passée, tu avais fait quelques workouts…

JL : Oui il y avait Philadelphie, Boston, Indiana…

BasketActu : Mais finalement tu avais retiré ton nom. Est-ce que cette année tu comptes t’inscrire à la draft et ne pas te retirer ?

JL : On verra. A la base, avec mes agents, on pensait que si je m’inscrivais je n’aurais plus le droit de me retirer. Mais il s’avère que non. Après j’espère ne pas faire de workout parce que si je n’en fais pas, ça veut dire qu’avec Chalon on va en finale du championnat. Mais pour le moment il n’y a pas vraiment de retour de la NBA. On dit que j’ai un profil intéressant mais ils veulent d’abord regarder les joueurs qui sont éligibles et en dernière année. Il n’y a pas vraiment de touche donc on verra bien.

BasketActu : Jouer l’Euroleague avec Chalon, c’est un projet ?

JL : Ouais, c’est clair ! J’aimerai beaucoup jouer l’Euroleague. Mais on en revient toujours au même point : il va falloir arriver en finale du championnat et gagner. Et si tu ne fais que finale, c’est très compliqué d’accéder à l’Euroleague en passant par les qualifications. Surtout quand on voit les clubs qui y sont. Donc on va tout faire pour gagner le championnat. L’Euroleague à Chalon, ça serait super.

BasketActu : Tu penses rester à Chalon la saison prochaine ?

JL : Il me reste une année de contrat à Chalon. Si on fait l’Euroleague, la question ne se pose même pas. Après, si on ne la fait pas, je sais qu’il y a des clubs qui sont intéressés. L’objectif premier n’est pas de partir, même si on ne fait pas l’Euroleague.

BasketActu : Tu as les mêmes représentants que Nando De Colo. Suivre son parcours, ça t’intéresse ? Draft puis départ en Espagne pour acquérir de l’expérience…

JL : J’aime beaucoup l’Europe. Et quand je dis l’Europe, ce n’est pas que la LNB. J’aimerai beaucoup jouer en Turquie, en Grèce, en Espagne… Voilà, aller voir ce qui se passe ailleurs. La NBA me plaît aussi, mais pour l’instant… Ça reste possible mais je pense qu’aller en Europe est plus envisageable pour moi. Faire les deux dans ma carrière, la NBA et l’Europe, ça me plairait énormément.

BasketActu : C’est un discours qui change par rapport à ce qu’on a entendu chez nos Français ces dernières années !

JL : Non mais je ne sais pas si t’as vu le match entre le Galatasaray et le CSKA… ça met des frissons ! Ça me fait kiffer mais à un point ! De voir un engouement comme ça autour du basket… Quand tu regardes Galatasaray, le Pana, Maccabi, Barcelone… Tout ça, ça me fait autant rêver que la NBA. Parce que bon, la NBA… Tu te fais drafter par Cleveland… C’est pas non plus ce qu’il y a de plus passionnant.

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Comments
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Commentaires (9)

  1. RayRay

    Interview hyper intéressante. Merci!

  2. GW

    Très interessant du début à la fin. J'ai bcp aimé le passage :

    "On est dans un championnat où il y a beaucoup d’Américains donc ça enlève pas mal de places. Quand on voit le Triumph Moscou où il y a deux Américains, un Canadien et pour le reste que des jeunes Russes… Et jusqu’à preuve du contraire, ils font aussi une bonne saison. Ce n’est pas le seul club qui fait comme ça en Europe, il y en a d’autres qui font pareil. Pour moi l’ASVEL ce n’est pas vraiment un échec du projet jeune… Tu regardes les jeunes, ils font de belles prestations. C’est plutôt le reste de l’équipe… "

    Et, sauf exception, c'est le réglement qui influe beaucoup sur la construction de l'équipe. Le championnat russe est très strict sur la place des nationaux, dans tous les sports. Par contre la coupe d'Europe l'est beaucoup moins. Est ce que le Tryumph gardera la même politique sportive s'ils jouent l'Euroleague la saison prochaine ? Ils n'auront pas les moyens de se payer deux équipes comme l'a fait le CSKA…

  3. bonzo

    Super interview ! Les sujets sont évoqués comme les réponses de Joffrey Lauvergne sont vraiment pertinents !

  4. Curtis Cuisine

    La vache! Ca fait plaisir! Allelujah!

    "Quand tu regardes Galatasaray, le Pana, Maccabi, Barcelone… Tout ça, ça me fait autant rêver que la NBA. Parce que bon, la NBA… Tu te fais drafter par Cleveland… C’est pas non plus ce qu’il y a de plus passionnant."

    Bah tu sais quoi, t'as raison mon pote! Un discours plein de bon sens, qui ne manque pas d'ambition, c'est ca qu'est la vérité! Petro est mort, vive Lauvergne!

  5. KKDODJ

    très bonne interview !

  6. number4

    Yes une vraie bonne interview.

    De bonnes questions, le gars répond vraiment, il semble honnête, réaliste sur son niveau et son projet de carrière, c'est bien.

    J'aime les jeunes qui préfèrent être sur le terrain que ceux qui veulent juste les tunes.

    De toute façon y a moyen de faire une belle carrière en Europe, car comme il dit être sur le banc d'une équipe de merde en NBA, c'est pas vraiment rentable à part pour cumuler des mails sur la carte américain airway.

  7. Helpless

    "Pour moi à 23 ans t'es plus jeune.Déjà à 21,tu commences à ne plus l'être dans certains pays."

    C'est ce que j'appelle de la lucidité.En France,on couve beaucoup trop nos jeunes.A croire qu'il faut attendre qu'un joueur ait 25 piges pour le lancer dans le grand bain.Quand t'as 20-21 ans,et que tu continues de jouer en espoirs plutôt qu'en pro,t'es déjà out.

  8. Lexa

    +1 sur les jeunes dans les equipes en France

    +1 sur l'euroleague vs NBA

    +1 sur l'envie de tout casser, de tout gagner!

  9. Scott La Mascotte

    "le jeune Chalonnais": Jololo va être content :D