Focus : Joventut Badalone, ode à la formation

La Joventut Badalone a tout remporté chez les jeunes cette saison. Coup de projecteur sur l’un des plus grands clubs du championnat espagnol.

A deux pas de Barcelone, de l’autre côté de la calle de Ventura Gassol, se situe le club champion d’Espagne et d’Europe dans les catégories jeunes. Vainqueur de l’Euroleague en 1994, alors qu’elle était entraînée par Zjelko Obradovic, la Joventut Badalone a traversé les époques sans jamais oublier son identité. ¡ Força Penya !

Més que « Més que un club »

Loin du faste FC Barcelone, la FIACT Joventut tente de survivre en cultivant la mémoire de son passé glorieux et sa catalanité. Cet esprit qui avait conduit ses fondateurs à l’appeler « Penya Spirit of Badalona » en 1930. Pas de paillettes, pas de Messi, loin des ramblas, à l’opposé de Montjuïc, au nord de Barcelone, on ne se décrète pas Catalan. On l’est.

Au début de la saison 2012-13, sur les 83 formés en Espagne présents en Liga Endesa, 23 venaient de Catalogne. De quoi faire de la communauté autonome du nord-est la collectivité la plus représentée en ACB, loin devant Madrid (13) et les îles Baléares (9). La Catalogne et les Baléares, deux terres de basket, deux chasses gardées pour la Juventut. Si le FC Barcelone a pour habitude d’attirer les meilleurs prospects locaux (les frères Gasol, Juanca Navarro, Xavi Rabaseda ou Xavi Garcia), la Penya se taille aussi la part du lion en venant scouter dans les places fortes locales que sont Manrèse et Girone. Qu’ils s’appellent Raul Lopez, Pere Tomas, Josep Franch, Nacho Llovet, Alex Mumbru ou Rudy Fernandez, tous sont passés par la cantera de Badalone. Certains, comme Pau Ribas et Ricky Rubio, ont même commencé à arpenter les couloirs du Palau Olimpic dès leur plus jeune âge.

Badalone a aussi formé de grands coachs en herbe (Joan Plaza, Pedro Martinez) et permis à Aito Garcia et Manel Comas, deux légendes du coaching ibérique, de faire leurs premières gammes en ACB. Une vraie politique de formation entretenue par quelques jolis coups réalisés dans les championnats de jeunes étrangers. Là où Barcelone et le Real Madrid dépensent des centaines de milliers d’euros pour arracher les pépites Bojan Bogdanovic, Mario Hezonja ou autres Emir Sulejmanovic, la Penya tape dans le mile en s’attachant les services de Marko Todorovic, Henk Norel, David Jelinek et Christian Eyenga. Des niños venus de championnats de « seconde zone » chargés de garnir les rangs de la cantera puis du CB Prat, un club local affilié engagé en troisième division. L’affiliation, une technique très répandue en Espagne allant à l’inverse d’une politique de formation française préférant laisser les jeunes jouer entre eux jusqu’à leurs 21 ans.

Que ce soit Todorovic, Ribas ou le désormais NBAer Eyenga, tous sont passés par le CB Prat et joué avec des hommes face à des hommes dans un championnat où les victoires et les défaites comptent.

Former pour survivre

Pour s’assurer de la réussite de cette formation made in Catalunya, Il n’y a qu’à observer les sélections espagnoles en catégories jeunes. Cet été, des U18 aux U20, sur les 34 différents joueurs sélectionnés, dix arrivés en provenance de Badalone. La palme revenant aux U18, où six joueurs arboraient fièrement un maillot vert et noir lors du Nike International Junior Tournament, en mai dernier à Londres.

Les jeunes de Badalone, vainqueurs du NIJT 2013 à Londres

Une génération dorée pour la Penya. Mais une génération qui, à l’instar de ses prédécesseurs, risque d’être éparpillée aux quatre coins du Royaume dans les prochains mois. Durement touché par la crise, la Joventut doit éponger ses dettes (plus d’un million d’euros) et doit vendre pour continuer d’exister. Une politique déjà pratiquée par le passé en passe de s’accélérer. Certains, comme Marko Todorovic, ayant à peine le temps de fouler le parquet avec l’équipe fanion avant de plier bagage.

Protégé par les règles espagnoles, assez semblables à celles de la NBA sur le droit des joueurs draftés ou en fin de contrat, Badalone parvient à toucher son dû lorsque David Jelinek signe à Vitoria après un passage en Turquie, mais doit vendre ses bijoux de famille pour conserver sa place dans une ACB où de trop nombreux clubs vivent au-dessus de leurs moyens. Alberto Abalde et Xavier Assalit, deux des principaux artisans des succès de la cantera cette saison, font d’ailleurs partie des jeunes les plus courtisés d’Europe… Voire même des Etats-Unis, puisque des universités leur ont ouverts leurs portes. Rappelés aux principes fondateurs du club, tous deux devraient finalement rester et jouer un rôle majeur avec le CB Prat. En attendant mieux.

Après avoir diminué de plus de moitié son budget en moins de deux ans et fait des coupes dans le salaire de plusieurs dirigeants, dont le coach Salva Maldonado, la Penya devrait miser sur sa cantera avant d’aborder, pour la 56ème fois (autant qu’Estudiantes et le Real Madrid), la Liga Endesa. Ainsi va Badalona.

Tags : , , , , , ,
Comments
Apôtre du Chachisme. I Feel Devotion. #TeamBodiroga Email | Compte Twitter

Commentaires

Comments are closed.