Le Real Madrid pris à son propre piège

Monstrueuse lors des cinq premiers mois de compétition, la Maison Blanche voit ses fondations se fissurer. Un signe annonciateur de l’écroulement tant redouté ?

Après avoir été doublé sur la ligne par Bilbao Basket lors du Top 16 Euroleague et défait en finale de l’ACB par le FC Barcelone, au terme d’une série qui lui tendait les bras, le Real Madrid s’était donné les moyens, l’été dernier, de poursuivre sa quête de rédemption en misant sur la continuité et en procédant, par petites retouches astucieuses, au renforcement de son effectif (Rudy, Draper, Slaughter, Hettshsheimer).

Toutefois, bien que mise en lumière dans notre dernier numéro de REVERSE, déjà qualifiée pour les quarts de finale de l’Euroleague (16v-7d au total), et largement en tête de son championnat avec un bilan de 25 victoires pour deux petites défaites, la meilleure attaque de l’ACB (89.5 pts) et deuxième meilleure rebondeuse d’Europe (36.3 prises) a perdu de sa superbe.

A contre-courant

Sortis vainqueurs d’une première phase de groupe Euroleague, devant le BC Khimki, le Pana et Fenerbahçe, les Madrileños compilaient alors 83.2 puntos par match pour une valorisacion de 92.9. Depuis, sur le Top 16, la bande à Nikola Mirotic n’engrange plus que 76.8 points et 83.1 d’évaluation. L’explication de cette forte baisse statistique est toute simple : qu’il s’agisse du modeste Alba Berlin ou du Panathinaikos, tous se sont évertués à faire jouer le Real contre-nature.

Arrivé dans la capitale espagnole à l’été 2011, Pablo Laso a importé de San Sebastián sa vision offensive du jeu. La bride lâchée, Sergio Llull, Rudy Fernandez, Jaycee Carroll et compagnie impriment certes un rythme diabolique mais, face aux équipes plus rugueuses, les lacunes de la fast break offense sautent aux yeux.

Manque de collectif (huitième équipe, avec 13.8 pds par match, sur le Top 16), oubli des intérieurs, multiplication du jeu en isolation, incessant mitraillage à trois points (26, soit le plus grand nombre de tirs tentés sur le Top 16 pour seulement 29.9% de rentrés) et une Rudy-dépense quasi déclarée, les pensionnaires du Palacio de los Deportes ne font pas rêver.

Tel que ce fut le cas contre le CSKA Moscou, le Zalgiris Kaunas ou le Panathinaikos, Laso a beau miser sur le téméraire Sergio Rodriguez, le classicisme de Carlos Suarez ou Nikola Mirotic à l’intérieur, ces options ne tiennent pas la distance à un niveau où les ajustements tactiques sont monnaie courante. Les exploits de Carroll, Rudy et Mirotic ont peut-être évité quelques revers aux blancos, il reste toujours un constat implacable : Messina, Pedoulakis et Plaza ont remporté la bataille du coaching.

Pire encore, même en Liga Endesa, le Real commence à se faire chatouiller. Le très modeste CB Canarias le faisant trébucher pour la deuxième fois de la saison, tandis que Saragosse et Séville lui ont donné quelques sueurs froides en pratiquant un jeu très dur.

Qu’on se le dise, Madrid demeure injouable sur open court, Madrid possède d’excellents défenseurs (Draper, Rodriguez, Rudy, Mirotic), mais Madrid ne peut rivaliser avec les grands sur demi-terrain.

L’ombre Ante Tomic

Lors de l’inter-saison, les Madrilènes ont montré la porte de sortie à Ante Tomic. Inutile dans un style up tempo, pas physique pour deux sous et incapable d’apporter cette intimidation défensive tant recherchée, le pivot croate a pris la porte, au profit du bondissant Marcus Slaughter.

Envie débordante, dimension physique et dunks ravageurs, l’ancien nancéien se pose là. Et c’est à peu près tout, car le bonhomme souffre toujours d’un manque flagrant de doigté en attaque et de QI basket en défense…

Dans son élément en défense sur pick and roll et à son aise face aux sous-fifres de l’ACB, le bouchet souffre de sérieux maux de tête lorsque Luka Zoric ou Nenad Krstic viennent le chatouiller.

Le problème étant que Zaza Begic et Rafael Hettsheimeir, plus en phase face à ces intérieurs très forts dos au cercle, se trouvent incapables d’apporter ne serait-ce qu’un semblant de présence intérieure sur les percutions adverses. De fait, les Merengues savent à l’avance à quelle sauce ils vont être mangés.

Le problème apparaissant même à l’autre bout du parquet puisque, ne parvenant pas à fixer l’adversaire ou ne serait-ce qu’à faire croire en la menace de ses postes 5, Madrid n’inspire plus autant la crainte qu’en début de saison. Les chiffres parlent pour eux : en plus de coûter, en proportion, la majorité de des points encaissés de leur équipe (27.7 pts), les pivots du Real sont les moins performants du Top 16 en attaque (17.79 pts).

Les images de la rencontre du quart de finale de la Copa del Rey, perdue face au FC Regal, le prouvent; Nikola Mirotic chassait loin du cercle, le Real n’a plus aucun point d’encrage et s’en remet dès lors aux exploits individuels de ses extérieurs.

Éblouissant dans le jeu pépère du Barça, Tomic serait assurément l’atout majeur du Real face aux ogres grecs et russes… Pour peu, aussi, que Laso sache l’utiliser.

A l’heure où les choses sérieuses commencent en Euroleague, le Real Madrid est donc en sérieuse perte de vitesse, à l’inverse des Panathinaikos, Maccabi Tel Aviv ou autres CSKA Moscou. Il faudra corriger vite corriger le tir, car Florentino Perez ne tolérera pas une nouvelle saison sans titre(s).

 Quelques images du Real en guise de digestif. Parce que nous, on pense à vous :

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Comments
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Commentaires (4)

  1. Aristote Onaniste

    Je partage en grande partie cette analyse à quelques détails. A mes yeux les recrues de cette année ne sont pas bonnes : Draper, Slaughter, Hettshsheimer… humm… même si parmi eux, y'a des joueurs de complément, c'est pas la panacée. Le gros problème c'est la raquette, inutile de revenir dessus, ça sautait aux yeux dès le début de la saison. Ils vivent sur les perfs de Mirotic et puis de temps en temps un coup de main Reyes et une fois par mois des échos de Begic & cie. Le jeu résolument orienté sur les shots extérieur/longue distance (ça s'est un peu calmé depuis le top16 il me semble), le jeu des stars – quoique hormis Fernandez, ni Carroll ni Llull, (avec sa saison assez poussive pour le moment) ne sont encore des vraies stars euroleague – assez individualiste au final font que Madrid a un jeu assez moche. Ouais, ça galope et ça shoote. C'est fait un peu pensé à l'équipe de Vitoria d'il y'a quelques années… Beaucoup de pts marqués et puis quand ça tombait sur des équipes plus solides, ça en devenait caricatural et risible.

    A mes yeux, à part Suarez et Fernandez, je vois pas d'autres bons défenseurs. Llull ne s'implique pas autant qu'en sélection… Rodriguez, euh… Slauhgter et Begic donnent quelques contres mais ils sont faiblos sur tous les autres aspects défensifs.

    Malgré ça, ils vont jouer les 1/4 de finale, signe que cette euroleague 2012/2013 est faible et homogène jusqu'à maintenant. Un Barça sans Mickeal et avec un JCN souffreteux, ça baisse d'un gros cran… en fait le CSKA s'il monte en puissance (avec le retour de K. et les bonnes petites minutes du Tsar) va être ciblé comme équipe pour le titre sinon rien. Reste à voir quelles autres équipes peuvent interférer : L'OLY (des hauts et des bas, absence de Mantzaris pèse sur la défense, Shermandini qui fait son trou, Powell limité pour la raquette), le Maccabi avec son niveau schéma small ball, même s'ils sont sur une bonne dynamique, c'est court, le PAO peut compter sur la défense, une progression collective, le diamant mais de gros bugs individuels en particulier Sofo, bcp de shots extérieurs pris et une difficulté dans les money time, L'Efes, ça a fait son temps, Gordon est superbe (depuis des années et là, ça s'affiche en pleine lumière) mais Savanovic, Barac ne sont pas à leur niveau espagnol, Erden est faiblos. Equipe difficile à cerner mais pas aussi forte qu'annoncée…

    Il manque à ce Real un Suarez par ligne pour devenir une équipe digne des objectifs qu'ils veulent atteindre. Pour l'instant, c'est une équipe qui pour certains peut être sympa à voir et pour d'autres vraiment frustrante et ennuyante. Laso semble souvent débordé aussi.

    Y'a un plan A qui s'il fonctionne dans un bon jour en fait une équipe très dangereuse, mais y'a pas vraiment de plan B. Les défaites des dernières semaines ne sont pas qu'un signe d'un essoufflement collectif et individuel. Les autres équipes ont durci la défense pour le top16 et les effets se font ressentir.

    Peut être faudrait il donner plus de temps à Suarez au poste 3 et décaler Fernandez en 2 par séquence. De même, faire jouer Reyes en 5 par séquence qui a plus de garantie technique et de jos de fixation que les autres.

    Un truc Llull/Fernandez/Suarez/Mirotic/Reyes, ça me plait bien par séquences et c'est plus versatile et polyvalent.

    Un dernier point, sans un meneur de très haut niveau, on voit tout de suite les limites d'une équipe. Llull, ça fait quoi 2ans qu'il est recadré en P.G… il a du mal je trouve, il ferait un bon poste 1 NBA… Rodriguez, c'est un peu plus traditionnel mais c'est encore très fantaisiste… Un Papaloukas pour 10min bonifierait un Begic, Hettsheimer ou Slaughter… Ils avaient Prigioni sous Messina… Ca n'a pas super réussi et peut être qu'ils veulent tourner la page.