Présentation Lega A (Italie) : La débrouille, mode d’emploi

Coup de projecteur sur la Lega A. Le championnat italien, ses forces, ses faiblesses, le bilan de la dernière saison…

En injectant 300 millions d’euros dans les caisses de l’Inter Milan, le milliardaire indonésien Erick Thohir vient d’en devenir l’actionnaire majoritaire. Cette prise de contrôle marque un tournant dans l’histoire du sport professionnel italien tant l’Inter semblait liée à la famille Moratti, propriétaire du club nerazzurro depuis 1958. Comme un symbole, ce rachat illustre le dilemme actuel des clubs professionnels transalpins, incapables de trouver à l’intérieur du pays les fonds nécessaires pour lutter à armes égales avec leurs concurrents européens, voire même pour simplement survivre. Une situation difficile à avaler pour un pays dont les équipes sont habituées à côtoyer les sommets continentaux, qu’il s’agisse de football, de basket, de volley et même de… water-polo. Dans ce contexte délicat, le championnat de basket italien, la Lega A, ne fait pas figure d’exception. Bien que populaire (d’après une étude récente 9 millions d’Italiens s’y intéresseraient) et attirant un large public (plus de 3 800 spectateurs en moyenne par match), le championnat s’est mué en une sorte de royaume de la débrouille où dirigeants et entraîneurs doivent déployer des trésors d’inventivité pour présenter des rosters compétitifs.

Gigi-Datome

ITALIA LOW COST

Avec le désengagement du géant de l’habillement Benetton en juin 2012, la Benetton Trévise a tiré un trait sur 30 ans de gloire et mis la clé sous la porte. Un voile de poussière est venu recouvrir l’armoire à trophées où trônent notamment 5 titres de Champion d’Italie, 2 coupes Saporta, 8 coupes d’Italie et 2 trophées de finaliste de l’Euroligue. L’équipe au célèbre maillot vert, qui a fourni des pointures comme Tyus Edney, Andrea Bargnani, Tony Kukoc… et accueilli des coachs du calibre de Mike D’Antoni, David Blatt et Ettore Messina, végétait ces dernières saisons dans le ventre mou de la Lega A, la faute à des budgets en constante baisse. A l’été 2012, Riccardo Pittis, triple champion d’Italie sous les couleurs de Trévise, a œuvré pour permettre la reprise du club par une souscription populaire, ce qui a abouti à la fondation d’une nouvelle société Treviso Basket. Celle-ci a repris les droits sportifs de l’ancien club mais l’équipe est repartie de… huitième division. Au même moment, Teramo disparaissait des radars et une bonne partie des autres pensionnaires de Lega A (Bologne, Avellino, Rome, Montegranaro et Caserta) défilaient devant la commission comptable de la ligue, ne fournissant qu’au tout dernier moment les garanties nécessaires pour participer au championnat. A l’heure actuelle, si seules 5 ou 6 des équipes de Lega A semblent viables à moyen terme, ce n’est que grâce au soutien d’entrepreneurs mordus de basket ou à des fondations qui épongent les dettes à la fin de chaque saison.

Signe des temps, la Ligue italienne de basket professionnel a instauré courant 2011 une règle « surprenante »: à l’issue de la saison régulière, l’équipe qui a terminé avant-dernière du championnat échappe à la relégation en Lega Due moyennant le versement à la Ligue d’une somme de 500 000 euros. Dans l’hypothèse où l’équipe concernée n’aurait pas les fonds suffisants pour actionner cette « wild card », le second de Lega Due accède en Lega A. Cette somme, qui au regard des budgets des grands clubs peut sembler modeste, représente un montant considérable pour les équipes concernées (qui sont généralement les moins fortunées). Pour Pesaro par exemple, qui a fini 15ème du dernier championnat, et qui vient de verser les 500 000 euros requis pour poursuivre l’aventure au plus haut niveau. En plus de problématiques économiques, cette mesure soulève des questions d’éthique sportive. Est-il normal que le second de Lega Due reste à quai ?

(RE)NAISSANCE D’UN CHAMPIONNAT

Paradoxalement, c’est sans doute à la faveur de la précarité ambiante que les acteurs du championnat 2012-2013 nous ont offert une saison enthousiasmante. Les restrictions budgétaires affectant l’ensemble des clubs ont réduit le fossé entre les archi favoris et les autres. Le suspense, qui avait déserté les six exercices précédents a été au rendez-vous. Sienne, qui restait sur 6 titres de champion d’affilée et qui dominait jusqu’alors ses concurrents de la tête et des épaules, a perdu de sa superbe et enregistré autant de défaites au cours de la saison que sur l’ensemble des deux saisons précédentes. Milan, pourtant fort d’un budget maousse costaud et seule équipe à ne pas être touchée par les difficultés économiques (grâce aux jeans de l’oncle Giorgio), a fait ce qu’elle sait faire de mieux : se délester d’un maximum de cash pendant la période estivale, empiler les noms ronflants (coach Scariolo, Langford, Hairston, Stipcevic, JR Bremer, Marques Green, Hendrix, Mensah-Bonsu…), et se faire sortir sans gloire en playoffs. Sienne et Milan en retrait, des équipes ont émergé et proposé un jeu ultra offensif grâce à des collectifs bien huilés. On pense notamment à Varèse et Sassari que nul ne voyait à pareille fête en début de saison. Au sein du cinq de Varèse, Bryant Dunston (qui a signé cet été à l’Olympiakos) et Achille Polonara (élu meilleur espoir de Lega A pour la deuxième année consécutive) se sont particulièrement distingués. A Sassari, sous le soleil sarde, les cousins Diener (Drake et Travis) et le musculeux Boosty Thornton ont réussi tout ce qu’ils ont tenté. Avec des bilans respectifs de 23 victoires-7 défaites et 22 victoires- 8 défaites, Varésans et Sassaresi ont fini la saison régulière aux deux premières places.

A Rome, malgré le désengagement annoncé du président Claudio Toti, Gigi Datome (MVP de la saison régulière, il jouera à Detroit cette saison) et ses partenaires se sont vaillamment hissé à la troisième place. Lors des Play Offs, Sienne, qui avait fini à une peu glorieuse 5ème place en saison régulière, a eu toutes les peines du monde pour écarter Milan et Varèse, avant de dérouler en finale face à des Romains, pas vraiment remis de leur victoire en sept manches contre Cantù lors des demi-finales. En remportant son septième titre d’affilée, Sienne a prouvé qu’il faudrait encore sur elle lors des prochaines années, et dépassé le record de six titres consécutifs établi par l’Olimpa Milano entre 1949 et 1954.

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Comments

Commentaires (4)

  1. Vincent Ricard

    Milan va aussi réduire la voilure même si ça restera beaucoup plus élevé que les autres.

    Rome l'an passé, c'est 1,5 million d'€ de budget. Répondez à la question "comment Rome a t il fait pour se payer Datome, Lawal et Goss avec un si petit budget ?" et vous comprendrez pourquoi ce pays est au bord du gouffre.

    On pourrait aussi parler de la Virtus Bologne dont le Président est l'égal de Forte à Limoges…

    Ps : il est pas mal ce petit.

  2. John

    On dit que le sport est le baromètre de la santé financière du pays.

    En l’occurence, les clubs italiens souffrent terriblement de la crise. L’État est endetté jusqu’au cou, les grosses sociétés italiennes ne font plus de profits exceptés Fiat. Les banques sont les moins solvables de l’UE.

    Bref, tout est une question d’Economie réelle. On sait tous que les ritals ont vécu largement au dessus de leurs moyens en proposant des salaires mirobolants aux meilleurs joueurs tout comme aux anonymes.

    Ce qui les sauvent, c’est la ferveur du championnat qui attire toujours autant de monde. Le scénario de cette saison aidant aussi, ça a redonné de l’intérêt au championnat.

    Dernière chose: les salles ritals sont dans un état déplorable, tu as l’impression de jouer dans un hangar désaffecté. Ils souffrent des mêmes maux que le foot italien avec des stades en béton trop vétustes. Dommage qu’ils n’aient pas anticipé l’obsolescence de leurs infrastructures.

    D’ailleurs si on devait classer la santé financière des différents championnats:

    1/ Allemagne

    2/ VTB League

    3/ Pro A

    4/ Turquie

    5/ Ligue Adriatique/ Espagne/ Italie

    Évidemment je parle de la viabilité financière.

    J’espère que vous ferez un article sur le championnat allemand qui est devenu mon championnat préférée, à moins que vous ne l’ayez faites.

  3. Qiou

    Très bon article, un nouveau chez Basket Actu non?
    En tout cas continue comme ça!