Lituanie-Espagne : Pourquoi et comment ?

Analyse technique et explications de la déroute lituanienne face à l’ogre espagnol.

Il y a parfois eu un monde d’écart entre l’Espagne et la Lituanie hier soir. Parfois même un univers. Pourtant, au delà du talent individuel et du vécu collectif, qui diffèrent grandement entre les deux équipes, les explications quant à la réussite espagnole sont assez simples.

Les chiffres :

Si l’on compare les chiffres, dans les stats finales, l’écart numérique n’est pas si grand. Les Baltes sont même au-dessus dans certains secteurs du jeu.

Le ratio passes décisives/balles perdues de l’Espagne est excellent. 7 bp dans un match à ce niveau, c’est presque exceptionnel. De son côté, la Lituanie n’est pas en reste. 21/13, c’est moins bien, mais pas si mal.

Sur l’adresse globale, même chose, rien à redire ou presque. Les chiffres sont conformes à ceux d’une bonne équipe nationale, exception faite de l’irréelle adresse extérieure des Espagnols, avec leur 13/26 à 3pts.

 

Le facteur clef :

La rencontre, aussi surprenant que cela puisse paraître, ne s’est presque jouée que sur un élément, donc l’effet a été décuplé par le niveau de performance respectif des deux équipes.

Nous avions souligné, lors du récap du match amical Lituanie-Espagne, que les Baltes présentaient de manière constante une faiblesse, qu’ils avaient plutôt bien masqué lors de cette rencontre. Aujourd’hui, c’est principalement là-dessus que l’Espagne a appuyé : La transition défensive.

Déterminante dans la gestion des rythmes, c’est la qualité de l’équipe, lors de ce temps de latence, qui donne le ton de l’impact défensif d’une équipe. Alors que la Lituanie menait 7-6, elle n’a jamais été en mesure de se mettre en place de ce côté là. Le premier responsable de l’équilibre défensif d’un groupe est le poste 1, et tout s’est effondré d’entrée. Les meneurs de jeu ont été en souffrance tout le match. De ce fait, non seulement les Espagnols ont pu partir sur des bases de scoring et de possessions très élevées –rappelons que l’Espagne tourne à 77 poss/match, 1ere du tournoi-, mais ils ont, par là même, complètement sorti les Lituaniens du tempo qui leur convenait. Le manque d’impact au rebond offensif (la Lituanie est 17e dans cette catégorie), premier acte de la transition défensive, est un indice intéressant, pour traduire concrètement cette lacune.

En résumé : En n’empêchant pas la Roja de se mettre dans sa zone de confort, les Baltes, qui sont plus une équipe « 5 ou 20 secondes », c’est à dire de jeu rapide ou de demi terrain, mais pas trop de première intention, ont totalement perdu pieds. Enchainant les mauvais choix, et jouant beaucoup trop vite, ou partant dans des choses déstructurées, les Lituaniens ont rendu trop de ballons, trop rapidement à des Espagnols qui n’en demandaient pas tant.

Voilà pour la composante de départ… Quand le fil d’une rencontre commence ainsi, l’histoire est souvent la même, et le talent fait le reste : Navarro, Calderon et consorts ont, de part leurs qualités et leur talent, trouver des situations pour sanctionner immédiatement les –mauvais- choix Baltes. L’équilibre de l’équipe en attaque et sa densité défensive ont fait le reste. Pour la première fois depuis longtemps, on a vu Jasikevicius en souffrance, Kaukenas sortir de ses gonds, et finalement assisté, dans l’adversité, à la confirmation du potentiel de Valanciunas qui se retrouve leader statistique de son équipe. Alors que ça n’est pas forcément son rôle.

Alors bien sur, quand une équipe joue divinement bien, et que l’autre est au 36e dessous, le match est souvent plié. Ce genre de scénario débouche souvent sur des rencontres qui se jouent en une quinzaine de points, ce qui correspond plus à l’écart de valeur entre les deux formations. Le score final est anecdotique, puisqu’il s’agit d’un match de poule, et que la compétition avançant, les choses pourraient s’inverser.

 

Bilan et perspectives :

La Lituanie a eu le mérite de ne jamais baisser les bras, même si la tension était palpable. Il s’agit de premier vrai test et revers pour cette équipe, dont on n’avait jamais vu le coach aussi marqué émotionnellement.

Quel que soit le talent de l’Espagne, il est tout de même regrettable d’avoir pu assister à des gestes de flopping et autres bizarreries inversement proportionnelles au talent des joueurs. Le corps arbitral a souvent été dans le sens de la Roja, comme dans presque toutes les compétitions FIBA, à commencer par le CE u20 cet été. L’équipe n’a pas besoin de ça.

Les deux équipes restent en tout cas de gros clients, et la capacité des Baltes à réagir sera, faut-il le préciser, déterminante pour la suite.

 

 

Tags : ,
Comments
Un peu de LNB, un peu d'Euroleague, beaucoup de bonheur...

Commentaires (6)

  1. capodifenu

    superbe analyse, c est la que je pense que ca va etre dur pour toutes les equipes, dans la pression que vont subir les meneurs adversaires de l espagne. ils arrivent vraiement a etouffer le poste 1 .

  2. Daraph

    C'est fou, parce que la différence au scoring n'est pas si élevé, -12 ce n'est pas une dérouillé, et ils collent aussi pas mal aux stats, mais alors le match que j'ai vu, c'était une leçon de basket que donnait l'Espagne aux Lituaniens.

    La revanche promet de faire mal.

  3. el gaucho

    Très bonne analyse… L'Espagne ne s'est pas arrêté en fin de match, les lituaniens ont amélioré leur transition défensive tout simplement alors que la Roja fatiguait…