Nordine Ghrib : « La blessure de Bangaly nous a fait très mal »

Jeudi dernier, BA était en visite à l’Astroballe quelques heures avant l’annonce de recrutement de Pops Mensah-Bonsu. L’occasion de rencontre Nordine Ghrib et de faire le bilan sur la saison de l’ASVEL et les ambitions du club après une Semaine des As décevante.

BasketActu : Vous prenez la place de Vincent Collet dont vous avez été l’assistant coach. Qu’est-ce que vous avez changé dans les systèmes de jeu ?
Nordine Ghrib : On a quand même gardé deux, trois choses, des formes de jeu universelles que toutes les équipes ont. Mais petit à petit, on a commencé à modifier les habitudes de jeu des joueurs pour proposer quelque chose de différence. On voulait recaler deux, trois choses. La direction a décidé de changer d’entraîneur, on ne s’est pas posé de question, on a travaillé au quotidien pour faire évoluer les joueurs dans un autre registre. On voulait essayer de progresser ensemble pour engrenger le plus de victoires possible.

BA : Etant assistant de Vincent Collet, vous connaissiez les joueurs et vice versa. Ca a été plus simple pour vous de prendre les rênes du groupe ?
NG : Simple, oui et non. C’est toujours simple quand on se connaît. Ca fait longtemps que je suis là. J’ai été l’assistant de Vincent dès son arrivée avec Pierre. Mais d’un autre côté, il fallait que je change cette image d’assistant pour devenir le patron de l’équipe.

BA : Quel discours avez-vous eu auprès des joueurs ?
NG : Rien en particulier. J’ai juste été très exigeant avec eux sur l’état d’esprit, l’attitude à avoir et le comportement sur le terrain.

BA : Avez-vous ressenti une certaine pression lors de la prise de poste ?
NG : On avait une pression de réussite parce qu’il en va des résultats sportifs du club. On veut que cette équipe réussisse et que le club continue de se développer. Mais il n’y a pas eu de pression au quotidien. Ce n’était pas « Faut gagner des matchs ». De toute façon, nous sommes tous des compétiteurs, joueurs et staff. On se présente sur le terrain pour gagner.

BA : Quel bilan faites-vous de la saison de l’ASVEL depuis votre arrivée en tant que coach ?
NG : Les résultats se sont améliorés au début. Ce n’était pas évident, le climat était particulier. On a réussi à se qualifier pour les As et on a fini dans les 8 premiers à la fin de la phase aller donc on est forcément satisfait. On a existé en coupe européenne avec de bons matchs. On a manqué la qualification de 3 pts. Mais ça reste satisfaisant, on revient de loin. Après, on a utilisé beaucoup de jeunes. Voir le développement d’un jeune comme Kim Tillie a été vraiment intéressant.Il faut qu’on consolide tout ça parce qu’on ressent ce manque dans le secteur intérieur. Il faut qu’on trouve un équilibre pour avancer et finir dans les huit premiers. On espère jouer les playoffs et après on verra.

BA : Vincent Collet avait construit son équipe autour du projet jeunes. Vous avez gardé cette ligne de conduite mais est-ce que c’est un concept auquel vous adhérez ?
NG : Oui car nous sommes persuadés que pour qu’une équipe soit performante, il faut une certaine ancienneté et longévité chez les joueurs, il faut qu’ils aient un vécu ensemble. Nous voulons construire cette dynamique sur les prochaines années et pour cela, il faut que nos jeunes aient du temps sur le terrain. Ce sont des joueurs surlesquels nous avons misé. Aujourd’hui, nous sommes satisfaits mais on espère tirer les fruits de ce travail sur du long terme.

BA : Quel a été l’apport de Matt Walsh à son arrivée ?
NG : Il a répondu à un manque. D’abord parce que AD Vassallo venait d’être coupé. Ce sont deux profils différents et Matt nous a apporté des points dans un registre plus complet que Vassallo qui était dans un registre unidimensionnel porté sur le tir. Walsh a la capacité de scorer et de créer du jeu autour de lui. Il est fort dans la passe et aide beaucoup au rebond. Il a été performant dès son arrivée. Ca a aussi coincidé avec le changement de coach donc c’était peut-être plus facile. Après, il a eu un coup d’arrêt par rapport à sa blessure et le malaise qu’il a fait.

BA : Il a d’ailleurs eu du mal à revenir.
NG : Oui le mois de janvier a été plus compliqué. Mais il revient dans l’effectif petit à petit. Il redevient utile on va dire. L’équipe avait construit beaucoup de choses sans lui, c’est toujours pareil quand un joueur est absent longtemps. Et l’autre point, c’est qu’on a demandé à tout le monde de faire des efforts défensifs, ce qui n’est pas la qualité première de Walsh. On essaye de travailler dans ce sens là avec lui, quitte à ce qu’il apporte mois de points mais qu’il soit plus présent de l’autre côté du terrain. Soit il y arrive et c’est tant mieux, soit il n’y parvient pas et on devra trouver d’autres solutions.

BA : Aujourd’hui, le jeu de l’ASVEL est plus basé sur sa défense ?
NG : J’aimerais mais la réalité est que non. On est trop inconstant et irrégulier. On est capable de très bonnes phases défensives et derrière ça peut être catastrophique. C’est aussi lié au fait que l’on ait un groupe jeune. J’espère qu’on va réussir à consolider tout ça. Ca peut donner quelque chose de vraiment bien.

BA : Walsh semble avoir du mal à s’adapter à l’arbitrage. On le voit très souvent râler…
NG : Il a un tempérament particulier. C’est quelqu’un qui va beaucoup au contact et qui a un jeu en percussion. Il a du mal à s’adapter mais je pense aussi que les arbitres ont du mal à s’adapter à lui. Ca a été le cas lors de la Semaine des As contre Chalon par exemple. Il prend une technique et est averti pour flopping alors qu’il se fait clairement enfoncer. On lui met la technique alors qu’il se prend un coup de coude. Derrière, il se fait rentrer dedans l’action suivante. Alors oui il râle et il est un peu fleur bleue mais il prend aussi beaucoup beaucoup de coups. Les adversaires ont pour la plupart trouvé ce moyen pour l’arrêter.

BA : Une absence qui fous a fait très mal, c’est celle de Bangaly Fofana.
NG : Absolument. La blessure de Bangaly nous a fait très mal. Ca nous a énormément porté préjudice dans le sens où il a un profil de défenseur. Il nous aide beaucoup parce qu’il est grand et mobile, il gêne bien les intérieurs adverses. On était bien en défense jusqu’à sa blessure et derrière on s’écroule parce qu’on ne peut plus bien défendre sur Pick’n’Roll. D’ailleurs, les intérieurs adverses ont eu un gros pourcentage de réussite et ont fait des choses qu’ils ne passent pas forcément avec Bangaly.

BA : Comment l’avez-vous vu évoluer ?
NG : Je l’ai vu arriver au club, j’étais en centre de formation quand il est arrivé et je suis très content pour lui. Il progresse beaucoup et c’est quelqu’un de très intelligent et qui se donne les moyens de réussir. Il fait tout pour donc il n’y a pas de raison qu’il n’y arrive pas. Il est aussi beaucoup pénalisé par l’arbitrage. En France, on a du mal à siffler les grands et les jeunes. Alors pour lui, c’est difficile. On sanctionne le sjeunes très rapidement, c’est souvent leurs fautes. C’est un problème pour nous parce qu’on les utilise beaucoup. or on donne facilement une faute à un jeune. Certains moments, la progression de Bangaly a été freinée par le fait qu’on le pénalise souvent. C’est un problème qu’on avait pas forcément en Coupe d’Europe.

BA : Pourquoi ne pas l’avoir immédiatement remplacé ?
NG : C’était notre volonté mais il n’y a pas forcément de joueur avec ce profil au bon poste sur le marché. Et Kim Tillie faisait bien son taf donc c’était important pour nous de remettre quelqu’un dans cette équipe mais sans couper la progression de Kim.

BA : C’est vrai que Kim explose depuis quelques semaines. Il est particulièrement régulier d’ailleurs.
NG : Il progresse beaucoup parce qu’il joue beaucoup. Il a gagné en confiance et en responsabilités. Et c’est ce qui nous a poussé à ne pas se sprécipieter quant à la recherche d’un pigiste. C’est un joueur qui travaille beaucoup et qui a de vraies qualités physiques et athlétiques.

BA : Et vos autres jeunes ?
NG : Léo et Paul apportent beaucoup en peu de temps mais ça reste fragile. Les jeunes ont une progression en dents de scie. Il faut savoir gérer les périodes de creux. Ils amènent cette pêche et ce dynamisme sur le terrain et ils ont chacun leurs qualités mais des fois ils sont dans le creux de la vague et il faut les accompagner dans ces moments-là.

BA : Quid d’Edwin Jackson qu’on a vu briller aux As ?
NG : Edwin est dans un rôle de shooteur. Le problème c’est qu’il n’a pas été en adresse et il a donc perdu confiance. Et puis, il ne faut pas oublier qu’il a une concurrence impitoyable à son poste entre Paul Lcombe, Walsh et Gélabale. On avait pa snon plus les résultats qui nous permettaient de prendre des risques. Nous avions besoin de points. Mais il s’accroche. Son match contre Nancy aux As va peut être le relancer et lui redonner confiance. C’est un joueur que j’étais toujours considéré comme important. En difficulté mais important. Je ne le faisais pas rentrer pour lui donner du temps de jeu et lui faire plaisir. Je l’ai toujours soit pas utilisé soit mis dans des moments clés du match.

BA : Est-ce que Mike Gélabale répond à vos attentes ?
NG : J’ai la chance d’avoir connu le bon Gélabale. Avant, il a été assez irrégulier mais là depuis un moment c’est le leader qu’il nous faut sur le terrain.

BA : Quel a été la période la plus difficile pour vous cette saison ?
NG : On a eu beaucoup de moments durs. Quand on est parti au Mans sans nos deux américains par exemple. Mais c’est dur tous les jours et c’est le métier d’entraîneur qui veut ça. Chaque entraînement, chaque match… On est à l’affût de tout et tout le temps. Il ne faut jamais relâché. Mais je dirais que le plus dur reste à venir pour notre équipe.

BA : Qu’est ce qui a fait la différence entre l’ASVEL des quarts et l’ASVEL en demi à la Semaine des As ? On a eu le droit aux deux visages de l’équipe.
NG : On n’avait pas l’équipe pour enchaîner les matchs. On est parti avec Paul Lacombe qui avait une gastro terrible. On ne savait même pas si on allait l’emmener avant de partir. Finalement, il a pris l’avion avec un masque et des gants, à la limite de la quarantaine. Il ne s’est pas entraîné les deux jours précédents. En arrivant là-bas, Cliff Hammonds a choppé lui aussi la gastro et en plus, on a Kim qui s’est blessé. Il a voulu commencer le match pour nous aider mais il a vite été sanctionné par les fautes. On avait pas d’énergie sur notre ligne arrière et Kim out. C’était compliqué d’enchaîner dans ces conditions. On avait laissé beaucoup d’énergie la veille face à Nancy. Et Chalon n’a pas fait le même match que Nancy. Au moment où on aurait pu revenir, ils sont passés la vitesse et on les a vu partir. Ils ont été supérieurs à nous. Ils avaient décidé de nous taper dessus et on s’est laissé faire.

BA : A la suite de ce match, Gilles Moretton a eu des propos assez durs dans une interview donnée au Progrès.
NG : Le Président c’est le patron. C’est celui qui paye donc il est en droit de donner son sentiment. Je comprends qu’il ait été agacé au vu du match contre Chalon. On va analyser ça tranquillement et faire les ajustements nécessaires.

BA : C’est-à-dire ? (Ndlr : l’interview a été réalisée quelques heures avant l’annonce du recrutement de Pops Mensah-Bonsu)
NG : Et bien, on a une nouvelle recrue à l’intérieur. Ca se finalise en ce moment même.

BA : Quelle est votre plus grosse satisfaction avec ce groupe ?
NG : Ce qui me rassure le plus, c’est que dans les moments qui comptent, on est là. C’est rassurant. On essaye de construire là-dessus et d’avancer avec ce qu’on a et quand ça comptera, j’espère qu’on répondra présent.

BA : L’objectif maintenant ce sont les playoffs ?
NG : Absolument et aussi la Coupe de France. On aimerait finir sur des victoires. C’est capital en fin de saison.

BA : Vous êtes une équipe qui est attendue partout tout le temps. Comment vous-gérez ça ?
NG : On a l’habitude. Les équipes adverses veulent notre peau tous les samedis. On a toujours des équipes surmotivés et une grosse affluence à chaque fois qu’on se déplace. On est l’équipe à abattre. Le contexte médiatique et tout, ça reste particulier.

BA : Cette saison, Le Mans et Orléans sont dans la même situation que vous. Des équipes qu’on attend en haut de tableau et finalement rien. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
NG : Notre situation couvre bien celle d’Orléans et du Mans. On s’est mis sur les devants de la scène et ils sont bien cachés. Un peu moins maintenant mais tant mieux pour eux. On est plus attendu médiatiquement parce qu’on a un gros budget, c’est normal. Mais il faut savoir que nous pour construire une équipe du même niveau qu’un autre club, ça nous coûte déjà 40 à 50% plus cher. Y’a aussi le fait que le championnat se nivelle parce qu’on a de bonnes équipes. Mais ça se nivelle vers le haut, pas vers le bas. Quand on regarde les huit équipes présentes aux As, il ne faut quand même pas oublier qu’il y a Le Mans et Orléans sur le carreau. Donc à la sortie, on est bien content d’être dans les huit. On a mal débuté le championnat mais au jour d’aujourd’hui, on est mieux classé que la saison dernière au même moment. On est venu mourir aux portes des playoffs. On fait un poil mieux là, il ne faut pas faire les mêmes erreurs mais on va essayer de rentrer dans ce Top 8. Ca va être compliqué mais on va le faire.

BA : Beaucoup de grands noms sont passés par le championnat français et pourtant on a l’impression qu’ils n’arrivent pas à exister. Problème de recrutement ?
NG : Un bon recrutement, c’est quelqu’un qui a une bonne situation, une bonne carrière et qui fait pareil quand il arrive. Mais ça dépend de tellement de facteurs. Les associations, la façon dont on utilise le joueur, son rythme de vie. Ce n’est pas facile de passer d’une ville de 500 000 habitants à une ville de 10 000. Il y a aussi les petits bobos qu’on anticipe pas au moment du recrutement. Des fois, un joueur n’a rien et une tendinite vient le gêner. Ca ne l’arrête pas mais ça le limite. Ce n’est pas que le recrutement n’est pas bon, c’est juste que le joueur n’arrive pas à reproduire. Il est impossible de le savoir au moment du recrutement. Quand on recrute un joueur, c’est forcément le bon profil, sauf quelques surprises, donc c’est forcément un bon recrutement. Le résultat n’est pas forcément bon et là c’est la capacité du club à réagir qui est mise en jeu. Il ne faut pas croire que le Barça ou Vitoria font des recrutements parfaits. Mais ils ont l’argent pour changer et rechanger jusqu’à ce que ça convienne. Aujourd’hui, en France, on a pas tout à fait les mêmes lois de travail, pareil pour les ruptures de contrat, elles ne sont pas réglementées de la même manière. C’est compliqué de faire des ajustements en cours de saison et ça coûte cher.

Tags : , , , , , ,
Comments

Commentaires (10)

  1. yoyo

    bangaly fofana 2.12 y en a pas 10 comme lui en france il est jeune

    en prépa avec l'equipe de france cet été juste pour qu'il progresse

    plus vite avec des gars comme Noah, turiaf ..

  2. Tapion

    elle est vraiment bien cette itw! Merci neg'

  3. AND11

    C'est mignon Tapion!

    Il en fait beaucoup je trouve sur la blessure de Fofana.. Trop même. Les gens sont pas dupes hein.

  4. number4

    Une bonne interview, ça fait plaisir, on en a vraiment pour notre argent. Et puis les questions sont intéressantes les réponses bien développées.

    Merci à renouveler.

  5. JeanM

    @And11 : Il aurait pu parler de la blessure de Linehan plutot que de Fofana !!

  6. OscarAbine

    Moi, je la trouve bien aussi, intéressante. Bon, j'aurai bien aimé quelques mots sur Zizic, même si j'ai l'impression que c'est lui le sujet dans la dernière question.

    Sur Fofana, je trouve qu'il explique bien quelle était son importance, sur les pick et des trucs comme ça.

    Et je note aussi cette réponse : "Oui car nous sommes persuadés que pour qu’une équipe soit performante, il faut une certaine ancienneté et longévité chez les joueurs, il faut qu’ils aient un vécu ensemble. Nous voulons construire cette dynamique sur les prochaines années et pour cela, il faut que nos jeunes aient du temps sur le terrain. Ce sont des joueurs surlesquels nous avons misé. Aujourd’hui, nous sommes satisfaits mais on espère tirer les fruits de ce travail sur du long terme."

    Juste une question, Syra : quand Ghrib dit "Mais il faut savoir que nous pour construire une équipe du même niveau qu’un autre club, ça nous coûte déjà 40 à 50% plus cher.", j'imagine qu'il parle "d'un autre club européen" ? Parce que si c'est "un autre club français", je comprends pas pourquoi. Tu as des précisions, là dessus ?

    Andy : pas dupes de quoi ?

  7. maksim

    Excellent Syra !!!

    On en veut encore pour une fois qu'un coach de pro a rentre dans le détail…et je valide totalement sur l'arbitrage de Fofana…

  8. AND11

    Maintenant ils vont se plaindre d'être plein au as… L'asvel quoi.