Pierre Vincent : « La saison dernière a laissé des traces »

Pierre Vinccent a pris la parole et donné ses premières impressions sur son nouveau rôle de coach à l’ASVEL.

Les joueurs de l’ASVEL ont retrouvé le chemin du parquet et Pierre Vincent celui des obligations médiatiques. Le club villerubannais organisait aujourd’hui sa conférence de presse de reprise. Basketactu était présent.

Sur la différence entre le basket masculin et le basket féminin…

Pour moi ce n’est pas différent mais tout le monde m’explique que ça l’est. Nous allons voir. Ca reste du basket, on a une vison très très négative du basket féminin. Je le dis souvent et ça revient souvent. Les filles ont un niveau d’estime d’elles-mêmes bien en-dessous de leur réelle valeurs. Il faut donc les encourager à prendre des risques et à s’engager. Elles s’appuient sur le collectif mais souvent pour de mauvaises raisons. Les garçons, eux, ont plutôt tendance à avoir un ego au-dessus de leur réel niveau et donc sont plus enclin à faire des choses compliquées.

Aujourd’hui l’équipe est très disciplinée, très impliquée, avec la volonté de partager le ballon, d’alterner les choix. Et c’est un comble ! Il faut que je les pousse à être plus agressif pour beaucoup. Ce qui ne correspond pas à l’image que je m’en était faite. Chaque équipe est différente aussi. Quand on parle d’un ensemble ou d’une moyenne, il y a des gens qui sont au-dessus et des gens au-dessous de la barre. On est pas tous fait pareil. Pour moi c’est du basket et ça reste le même.

Sur l’ambiance de l’année précédente et une éventuelle appréhension…

Je n’ai pas d’appréhension, on mène un projet, on a des gens avec nous. On a 10-12 joueurs avec les jeunes et il y a une façon d’être efficace, c’est de partir tous dans la même voie. Donc il faut que je comprenne comment fonctionne l’équipe, que l’équipe comprenne comment je fonctionne et où je veux aller et c’est un deal entre nous deux. Entre les compétences de chacun, la volonté de chacun et entre moi, mes compétences pour gérer l’équipe et ma volonté. Nous avons besoin de travailler ensemble.

Et quand il va y avoir conflit, si il doit y avoir conflit, nous les traiterons par rapport à l’individualisme et ses excès. Parfois l’individualisme est une qualité, parfois c’est une limite. Nous sommes dans une culture judo-chrétienne où nous sommes dans le partage, il faut partager la balle. Les filles font ça très bien, elles partagent la balle mais pour de mauvaises raisons. Il faut savoir prendre des risques, prendre ses responsabilités. Mais il y a des moments pour prendre ces risques et des moments pour partager le ballon.

Sur l’intégration des nouveaux…

Je ne souhaitais pas avoir autant de joueurs américains au départ. Mais les conditions du marché, les conditions par rapport aux filles, c’est quelque chose qui change, il y a moins de joueurs américains. A Bourges par exemple, j’ai eu peu de joueuses américaines. Quelque part si on regarde l’équipe, on peut voir une équipe française et une équipe américaine. Mais une équipe, c’est une équipe, ce sont des gens qui travaillent ensemble pour un projet commun. Le but d’un entraîneur, c’est de construire ça, ce projet là. Quand il y a comme ça un groupe américain et un groupe français, les gens se rassemblent, culturellement ils sont formatés pour ça, ils ont la même langue…

Moi je ne veux pas avoir une équipe d’un côté et une équipe de l’autre, je veux avoir une équipe qui travaille ensemble. Tout le travail pour moi, ça va être de construire ça. Là on est au début et comme disait le prof de gym, nous sommes dans l’évaluation de diagnostic. Lors du premier match que nous allons avoir, je vais regarder. Moi j’observe. Il y a des choses qui me conviennent, d’autres qui me conviennent moins et on va en parler. Par exemple à l’entraînement, ils ont tellement envie de bien faire qu’ils sont assez négatifs, contre eux-mêmes ou contre leurs partenaires quand ce sont les jeunes qui font des erreurs. Je pense que ça n’aide pas. Généralement, les joueurs qui sont sur le terrain essayent de donner le meilleur, faire de leur mieux. Mais ce n’est pas parce qu’ils font du mieux que c’est bien. Et donc quand ils ne réussissent pas, leur mettre la pression parce qu’ils ne font pas ce qu’il faut, ça ne les rend pas meilleurs. Ça peut en rendre certains meilleurs, mais généralement ça ne marche pas comme ça. L’idée pour le moment, c’est de penser un peu plus positif pour soi-même. On a le droit de rater des tirs, faire des erreurs…

Pour nos partenaires, il faut les encourager, les aider et leur redonner confiance s’ils sont en manque de confiance. C’est comme ça que nous allons réussir à créer une équipe efficace et cohésive.

Sur le fait qu’Edwin Jackson, franco-américain, puisse faire le lien…

Le métissage est quelque chose de compliqué. On n’est ni l’un, ni l’autre. On est au milieu. Ca rend les choses complexes. Edwin peut effectivement faire le lien mais il peut être amené à se rapprocher aussi un peu plus des Américains. Donc à nous de discuter de ça et de travailler. On a parrainé tous les joueurs américains avec des joueurs français pour construire la cohésion et c’est quelque chose qui me tiens à coeur. Il faut construire le relationnel. Tout le monde doit apprendre à connaître et comprendre les autres pour mieux fonctionner ensemble. Il peut être quelqu’un d’important dans ce registre là.

Sur le fait que tous les joueurs français semblent impliqué dans cette tâche…

Visiblement la saison dernière a laissé des traces. Pour en avoir discuté avec certains joueurs, ils disaient que le comportement sur et en dehors du terrain était différent. C’est-à-dire que tout se passait bien en dehors. Mais c’était quelque part Dr Jekyll et Mr Hyde. Ca a été difficile à vivre pour pas mal de joueurs puisqu’ils en ont parlé. Encore une fois, mon message est qu’on est là pour travailler ensemble et que la cohésion d’équipe dans le sport collectif est quelque chose de fondamental pour moi. C’est un travail qui est à ma charge et c’est à moi de développer des outils pour rendre cette équipe cohésive. !il ne faut pas confondre aller boire un coup après les entraînements ou les matchs et travailler ensemble. Ce sont deux choses différentes. Il faut apprendre à se connaître, à accepter nos différences parce que de toute façons nous ne nous en sortirons pas si nous ne faisons pas les efforts communs.

Et malheureusement notre environnement – les journalistes pour ne pas oublier de vous citer, la presse en général, les dirigeants, les partenaires, tout ce monde qui gravite autour du monde sportif – oublie ça parfois pour de multiples raisons. On est un sport de statistiques, on regarde les statistiques, on individualise les performances. Et tout ce qui fait l’efficacité de l’équipe, tout ce qui n’est pas palpable, qui se lit entre les lignes on ne le valorise pas assez. Les joueurs, ça les arrangent aussi, ils sont responsables de ça. « J’ai fait un bon match », « J’ai fait ci, j’ai fait ça ». Sauf que si on ne te passe pas la balle mon gars, tu ne pourras pas faire un bon match et tu n’auras pas de bons ballons si on ne te fait pas de bons écrans… Ca ne pourra pas fonctionner. Pour moi il n’y a pas de grande performance sans cohésion. Mais cohésion ne veut pas dire s’embrasser matin, midi et soir.

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Comments

Commentaires (15)

  1. AND11

    L'ASVEL comparable à la cuvette des chiottes après mon passage

  2. AND11

    "Quelque part si on regarde l’équipe, on peut voir une équipe française et une équipe américaine"

    Tiens, l'entraineur de l'ASVEL qui répète ce que disent certains et qui se font détruire pour ça…

  3. moumounigan

    YeS! L'ASVEL va peut être se retirer les doigts du cul maintenant!!!!!

  4. thedude

    Franchement, je trouve qu'il dit des choses intéressante, et qu'il a une bonne analyse sur le sujet. APrès faut voir comment ca fonctionne mais j'adhere à sa philosophie au niveau de l'équipe et de sa cohésion

  5. number4

    En tout cas voilà un coach qu'a pas l'air con. J'aime bien son discours. On verra ce que ça donnera.

  6. el gaucho

    C'est un discours qui tranche vis à vis des platitudes convenues qu'on entend continuellement…

    Andy, c'est aussi aux supporters bas du front qu'il s'adresse… Essaie d'en prendre de la graine…

  7. Gamin92

    "judo-chrétienne"

    Clin d'oeil aux mondiaux qui se déroulent actuellement à Bercy ?? Ipon !

  8. williamovic

    Il est sage ce Pierre Vincent. J'ai foi en lui. Si il arrive à souder le groupe, ça se maintien et l'année prochaine ça envoie du lourd.

  9. Matt

    Je pense quand même que l'Asvel a une autre ambition que le maintien…