Preview : France – Egypte, vraiment un match piège ?

L’équipe de France prône la méfiance avant d’affronter l’Egypte, aujourd’hui, à 18h. Pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour que les Bleus nous régalent ce soir.

Pas de répit pour l’équipe de France. Après avoir disputé deux matches en deux jours, les Bleus sont à nouveau dans les starting blocks aujourd’hui, à Grenade. Ils seront opposés à l’Egypte, un adversaire plus modeste que les deux équipes affrontées précédemment par les joueurs de Vincent Collet. Vaincus par le Brésil en ouverture (63-65), Boris Diaw et ses coéquipiers ont réagi en venant à bout d’une Serbie séduisante grâce à un lancer-franc de Joffrey Lauvergne à la dernière seconde suite à un coup de sifflet litigieux. Sasha Djordjevic, le sélectionneur serbe, n’a pas manqué l’occasion de contester certaines décisions des arbitres en conférence de presse et même Lauvergne a expliqué après la rencontre qu’il y avait matière à débat. Peu importe. La France a remporté son premier succès dans la compétition en faisant preuve de combativité et d’une certaine force de caractère.

Ce qu’il s’est passé hier

Peut-on pour autant parler de succès de référence ? La question était sur toutes les lèvres lorsque les joueurs ont quitté le parquet du Palais de Sport de Grenade pour rejoindre la zone mixte.

"On a montré que l'on peut jouer même lorsque Boris est moins bien", Joffrey Lauvergne.

« On a besoin de gagner ce type de match. Aujourd’hui (NDLR : propos recueillis hier après le match) on a su forcer le destin et cela donne confiance à notre jeune équipe », expliquait Vincent Collet. « Cette victoire va nous faire énormément de bien. On a montré à tout le monde que l’on peut jouer même lorsque Boris Diaw est un petit peu moins bien », ajoutait Joffrey Lauvergne.

Une belle victoire aux forceps et une confiance accrue, tels sont les deux notions clés que l’on peut retenir de ce succès face à la Serbie. Menés de huit points en première période, les Bleus ont réagi après la pause avec un cinq de petite taille composée d’Antoine Diot, Edwin Jackson, Mickael Gelabale, Nicolas Batum et Joffrey Lauvergne. Un coaching payant de la part de Vincent Collet.

« J’ai décidé à la pause de changer le système défensif. Milos Teodosic nous promenait et j’ai demandé à mes joueurs d’être plus agressifs sur les écrans pour le forcer à lâcher la balle plus tôt. On a défendu plus dur », résumait l’entraîneur de l’EDF après coup.

francePlus mobiles, plus agressifs, les tricolores ont provoqué les pertes de balles serbes dès le retour des vestiaires. La mécanique offensive des joueurs de Sasha Djordjevic s’est enrayée dans le troisième QT et les Français en ont profité pour recoller au score. Car le « small ball » de Vincent Collet a bousculé les Serbes des deux côtés du parquet. En attaque, ses joueurs ont montré un tout autre visage que celui affiché en première période.

« Cela nous a permis de mettre davantage de mouvement, de circulation de balle et de fluidité », témoignait Boris Diaw.

Le mouvement en attaque reste l’un des talons d’Achille de cette équipe de France qui alterne entre les séquences brillantes et d’autres plus brouillonnes. Avec un seul intérieur de formation sur le parquet, les Bleus ont davantage fait circuler la gonfle. Batum, Diot et Jackson ont fixé la défense, pénétré puis ressorti la balle. On a vu des extra passes intéressantes qui ont menées à des tirs ouverts et donc des paniers faciles. Le momentum avait alors changé de camp. Les Français ont finalement pris les devants pour de bon à une seconde du buzzer sur un lancer-franc converti par Joffrey Lauvergne.

Le chiffre : 19

19, comme le nouveau record de points de Joffrey Lauvergne en équipe de France. Le pivot a pris l’habitude d’être performant au moment d’affronter la Serbie – il a évolué au Partizan Belgrade pendant près d’un an et demi – et il l’a une nouvelle fois prouvé hier.

"Je lui ai dit qu'il allait faire un gros match contre ses frères de sang", Vincent Collet.

« Je lui ai dit au repas qu’il allait pouvoir faire un gros match face à ses frères de sang. Pour l’instant, il ne les rate jamais. Espérons pour lui que cela continue. Il faut qu’il en fasse d’autre du même tonneau », expliquait Vincent Collet. « Joffrey avait à cœur de marquer ce lancer-franc face à la Serbie pour montrer qu’il avait apprécié ces années passées là-bas », plaisantait Antoine Diot.

Si Joffrey Lauvergne se fiche de son record de points, soulignant plutôt le travail d’équipe, il est évident que l’intérieur s’affirme de plus en plus au sein de ce groupe privé d’Alexis Ajinça, Ian Mahinmi, Ronny Turiaf, Joakim Noah et Kevin Seraphin. Très actif sur le terrain, le futur joueur du Khimki Moscou est capable de prendre la position au poste bas mais aussi de jouer les pick&roll et les pick&pop. Il n’est pas maladroit à mi-distance et il a pris l’habitude de débouler du poste haut pour finir près du cercle en profitant des caviars de Boris Diaw notamment. La relation entre les deux intérieurs fonctionne plutôt bien jusqu’à présent.

« Je ne sais pas si ça marchera aussi bien à chaque match car les équipes vont s’adapter mais j’aime beaucoup jouer avec Boris car il voit tout, je prends beaucoup de plaisir à jouer avec lui. »

Limité par des fautes dans le premier match face au Brésil, Joffrey Lauvergne s’est donc parfaitement relancé.

Ce qu’il faut garder

Edwin JacksonL’apport du banc, sans hésitation. Les réservistes français ont inscrit 33 points dans le match face à la Serbie soit plus du double contre le Brésil (15 pts du banc). Une statistique qui s’explique principalement par les entrées décisives d’Edwin Jackson (12 pts) et Antoine Diot (15 pts) tous les deux bouillants dans le troisième QT.

« Edwin avait peu joué jusqu’à présent et il a mené l’insurrection avec Antoine et Joffrey. Je cherchais un joueur susceptible d’avoir un impact en sortie de banc », commentait Vincent Collet.

Le coach de l’équipe de France s’est peut-être trouvé deux remplaçants énergiques et décisifs. Mais il est encore tôt pour espérer la même contribution à chaque match de la part d’Antoine Diot et Edwin Jackson. Peu importe qui marque les points, du moment que l’apport du banc est effectif.

« Aujourd’hui c’était Edwin et moi, demain (NDLR : aujourd’hui) ce sera peut-être Thomas (Heurtel) et Evan (Fournier) », remarquait le meneur strasbourgeois

Cette équipe a un côté imprévisible, autant d’un point de vue négatif – ses passages à vide fréquents – que positif. La France a peut-être plus de ressources que ce que l’on pourrait penser.

« L’apport de chacun va nous être utile. On ne sait jamais qui va rentrer sur le terrain et ce sera notre force dans cette Coupe du monde », expliquait Boris Diaw.

Si Diaw et Batum sont les leaders désignés en attaque, plusieurs joueurs sont susceptibles de contribuer ponctuellement au scoring. De quoi décontenancer les adversaires des Bleus.

L’adversaire du jour

L’adversaire, justement, est assez inconnu du grand public. Au point où Boris Diaw pensait jouer l’Iran aujourd’hui. Ce sera donc l’Egypte, finaliste malheureux du dernier Afrobasket remporté par l’Angola. Nous avons assisté aux deux premières rencontres des joueurs d’Amr Abdoul-Kheir – deux roustes infligées par la Serbie et l’Espagne – et c’est un euphémisme que de dire que l’Egypte est un adversaire moins redoutable que le Brésil ou la Serbie, justement. La majeure partie de l’effectif évolue dans la Super League locale à l’exception de deux joueurs universitaires. Les Egyptiens pêchent dans la construction du jeu, laissent des trous béants en défense et la plupart de leurs phases offensives se concluent par des tirs lointains parfois (souvent) téléphonés. Malgré tout, la prudence est de mise du côté français.

"Il n'y jamais de match facile avec l'équipe de France" Vincent Collet.

« Il n’y a jamais de match facile avec l’équipe de France », expliquait Vincent Collet à un reporter égyptien. « Aux Jeux Olympiques, nous avons battus l’Argentine et la Lituanie et nous avons ensuite souffert face à la Tunisie. »

 

Même son de cloche chez Joffrey Lauvergne : « Sans se mentir, on sait qu’il est plus difficile de se motiver pour jouer l’Egypte ou l’Iran que le Brésil ou la Serbie. Donc à nous de rester professionnels. C’est aussi en étant sérieux face à de plus petites équipes qu’on pourra montrer à quel point on veut aller loin dans cette compétition. »

On imagine tout de même mal l’Egypte venir à bout de la France. Cette rencontre arrive à point nommé pour faire tourner l’effectif et s’appliquer à bien respecter les consignes du staff. Plus que le résultat, c’est la manière qui sera analysée à la loupe.

Le joueur à suivre

Fournier-Edf-BIG-950Difficile de vraiment tirer un joueur égyptien du lot mais on attire tout de même votre attention sur l’arrière Ibrahim Elgammal, gâchette de l’effectif. Il tournait à 9 points par match lors de l’Afrobasket et il a dépassé la barre des dix pions hier soir face à l’Espagne. En revanche, cette rencontre peut-être l’occasion idéale pour relancer Evan Fournier. Le nouveau joueur d’Orlando a manqué ses deux rendez-vous face au Brésil et la Serbie. Vincent Collet lui a fait confiance en première période face à la Serbie avant de se passer de ses services après la pause. Fournier n’a pas encore marqué le moindre panier dans cette Coupe du Monde et une rencontre à priori plus abordable pourrait lui permettre de reprendre confiance.

La déclaration du coach

« Nous avons une nouvelle génération de joueurs, cela faisait 20 ans que nous n’avions pas participé à un championnat du monde. La dernière fois que l’Egypte avait participé à une telle compétition, j’étais encore joueur. » Amr Abdoul-Kheir.

Effectivement, les Egyptiens n’avaient plus disputé une compétition internationale depuis 1994.

Ce que l’on veut voir

Une équipe de France séduisante, évidemment. Comme nous l’avons noté plus haut, on espère que les Bleus sauront gommer les petites erreurs habituelles comme les sauts d’inattention amenant à des pertes de balles futiles, etc. On veut voir du beau jeu, une défense agressive sur les porteurs de balle, des tirs ouverts et du spectacle. Histoire de faire le plein de confiance avant d’aborder une rencontre qui s’annonce déjà explosive face à l’Espagne mercredi.

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