Rudy Gobert, attention au décollage !

Plus agressif, mieux préparé et déterminé, Rudy Gobert est prêt à s’imposer en équipe de France. Confiant mais humble, le jeune homme a une belle carte à jouer cet été.

Rudy-Gobert-FranceINSEP, Paris 12ème, premier point presse de l’équipe de France. Les Bleus viennent de terminer l’entraînement que plusieurs journalistes ont déjà leurs enregistreurs tendus vers Rudy Gobert. Le jeune homme n’est pas l’un des cadres du groupe et il ne bénéficie pas de la même popularité que d’autres joueurs comme Nicolas Batum, Boris Diaw (absent ce matin) ou bien évidemment Tony Parker. Mais avec le forfait de dernière minute d’Alexis Ajinça, les 216 centimètres du pivot du Jazz intriguent. Point culminant de la raquette tricolore, il est conscient qu’il a une carte à jouer.

« J’ai tout à prouver et je vais essayer de gagner ma place. Logiquement, plus il y a de forfaits, plus j’aurais du temps de jeu. Mais j’avais l’intention de me montrer que ce soit avec Alexis, Kevin (Séraphin) ou même Joakim (Noah) », explique l’intéressé, déterminé. « Les forfaits ne changent pas grand-chose. Je voulais déjà prouver que je méritais de jouer. Ça va faciliter les choix du staff ça ne change pas ma mentalité, je veux prouver. »

Ceux qui verront de l’arrogance à travers ces déclarations se trompent. Rudy Gobert n’a pas l’intention de chambouler la hiérarchie au sein de l’équipe de France, il affiche simplement là son nouvel état d’esprit. Plus conquérant, plus agressif mais pas égoïste pour autant. Une attitude en accord avec les ambitions de Vincent Collet, motivé à jouer les trouble-fêtes d’une Coupe du Monde dont les Etats-Unis et l’Espagne sont annoncés comme les grands favoris.

« Je veux juste jouer et dominer. » Rudy Gobert

« Il va falloir se battre », assure Rudy Gobert avec le sourire au sujet des confrontations avec les intérieurs redoutables des deux cadors du basket mondial. « Je veux juste jouer et dominer. »

 

« Nous on vise une médaille et on va tout faire pour aller la chercher. »

Jouer et dominer… sans jamais perdre de vue l’objectif collectif, qui demeure évidemment la priorité. Mais laissons de côté les ambitions de l’équipe de France pour évoquer la situation du bonhomme. Plus de deux ans après sa dernière sélection, le 29 juin 2012 contre la Côte d’Ivoire à Toulouse, il fait son retour avec les Bleus. Une blessure l’a écarté des parquets l’été dernier et le géant avait alors renoncé à l’Eurobasket en Slovénie. C’est depuis Salt Lake City qu’il a pris soin de suivre les exploits de ses nouveaux coéquipiers estivaux. Capé à trois reprises, Gobert a inscrit 6 points le soir de sa dernière sélection. Six points, cela paraît évidemment peu. Et pour cause, l’intérieur n’est pas réputé pour ses habilités offensives. Mais il n’exclut pas pour autant de se mettre à contribution des deux côtés du terrain avec les Bleus.

« Je peux apporter plusieurs choses à cette équipe. Evidemment de la défense, de la taille et des rebonds. C’est clair que je dois protéger la raquette. Je veux être un bon passeur et un bon rebondeur. Je peux finir aussi. Après je vais devoir le prouver car je ne suis pas connu pour mes qualités de finisseur mais je pense que Vincent me fait confiance. On sait qu’il (le sélectionneur) aime bien jouer avec un grand que ça soit Alexis (Ajinça) ou Romain Duport (SIG). Je pense avoir plus de responsabilités offensives en équipe de France qu’en NBA. »

Mais avant de penser à mettre des points, il va d’abord falloir se réadapter au jeu FIBA. Formé à Saint Quentin et passé par Cholet pendant six saisons, le fils de Rudy Bourgarel, ancien international français, vient de jouer une saison complète en NBA, du côté de Salt Lake City. Il lui faudra retrouver certains repères. Ce matin, lors de l’entraînement matinal des Bleus, il avait parfois tendance à bouger légèrement sur ses poses d’écran. Nicolas Batum a ainsi eu le malheur de goûter à l’un des picks féroces de son jeune coéquipier. L’ailier des Blazers s’est ensuite tenu la cuisse pendant plusieurs secondes avant de repartir.

« Je pose beaucoup de questions aux arbitres par rapport aux fautes. Je ne veux pas faire de fautes trop rapidement. Je vais me réadapter et ça devrait le faire », rassure le pivot après la séance.

Rudy Gobert, un joueur en confiance

Las Vegas, Summer League, quelques jours plus tôt. Le Jazz n’a pas atteint la finale du tournoi mais Rudy Gobert a fait forte impression. Excellent avec Utah et auteur de près de 12 pts et 10 rbds de moyenne sur l’ensemble de la compétition, le Français est nommé dans le deuxième meilleur cinq de la Summer League. Une performance encourageante.

« La Summer League, ça joue quand même. Après évidemment c’était plus facile pour moi que la saison dernière mais c’est assez physique. Il y a des morts de faim qui cherchent un contrat et ce n’est pas aussi facile que ce que l’on pense », nous confie le pivot.

On pourrait penser que cette distinction individuelle et cette nouvelle faculté à marquer plus de points (il tournait à 2,3 pts en 9,6 minutes avec le Jazz pour sa première saison NBA) auraient pu mettre en confiance le jeune homme. Plusieurs spécialistes US ont noté les bonnes performances du pivot tricolore et le considèrent désormais comme un « vrai joueur NBA » susceptible de s’imposer dans la raquette du Jazz. Mais ce dernier était déjà conscient de ses capacités.

« J’étais déjà en confiance, je suis sur un bonne dynamique. Je me sens bien, je me sens en forme. La NBA m’a apporté à tous les niveaux et je trouve que j’ai vraiment progressé. Quand je suis arrivé ça allait vraiment beaucoup trop vite pour moi et maintenant je me sens beaucoup mieux je me suis habitué à la vitesse du jeu. »

Le basket FIBA est un peu plus lent avec « moins d’espaces », comme le rappelle Rudy Gobert.

« On va jouer l’Espagne, c’est pratiquement un cinq de joueurs NBA. Seules les règles vont changer. Je vais pouvoir camper un peu plus dans la raquette et ce n’est pas plus mal pour moi. C’est différent mais on affrontera les mêmes joueurs et ça reste du basket. »

Le sport est le même, les règles sont légèrement différentes mais l’homme et le joueur ont passé un cap. Même s’il ne s’agissait que du deuxième entraînement de la préparation et même si Boris Diaw ou encore Nando De Colo, Kim Tillie et Kevin Séraphin n’ont pas encore rejoint le groupe France, Rudy Gobert a fait bonne impression ce matin. Agressif et en confiance, on sent qu’il a progressé dans sa lecture du jeu et dans son exécution des pick&roll. Ce système est le plus fréquemment utilisé en NBA et le Jazz dispose de plusieurs bons manieurs de ballons comme Trey Burke, Alec Burks, Gordon Hayward ou maintenant Dante Exum. Il est donc important de pouvoir compter sur des intérieurs efficaces dans cette configuration de jeu.

« J’ai progressé sur le pick&roll, je me sens mieux sur mes jambes, je suis beaucoup plus rapide et le fait de rouler vite (vers le cercle) me permet – même si je n’ai pas le ballon à chaque fois – d’avoir des rebonds offensifs, de fixer la défense ou de ressortir à l’opposé pour des shooteurs. »

Rudy Gobert, le décollage pour cet été ?

Là encore, on peut y voir un signe d’un nouvel état d’esprit. La « violence » ou plutôt la vivacité avec laquelle Gobert fonce vers le cercle témoigne de cette envie de s’imposer et de dominer. Fini l’image de l’intérieur penaud, le géant se veut très actif sur le parquet. Il a même pris goût à organiser le jeu, un peu à la manière de… « Joakim Noah », répond-t-il de suite.

« Le nouveau coach à Utah (Quin Snyder) me dit que je suis un très bon passeur. Ça m’a mis en confiance et c’est vrai que maintenant j’aime bien prendre la balle au poste haut. J’arrive bien à trouver les mecs qui coupent en backdoor (dans le dos de la défense) ou même faire du main-à-main et enchaîner les pick&roll. Ça amène du mouvement et ça perturbe la défense. Je peux faciliter le jeu de mes coéquipiers. »

L’absence de Tony Parker limite évidemment l’équipe de France dans de nombreux domaines (Cf. REVERSE#47) et le staff va devoir trouver des solutions pour compenser du mieux possible le forfait de l’icône du groupe. Une bonne circulation de balle, un mouvement permanent en attaque et une bonne répartition des munitions offensives sont des options en l’absence du meneur quadruple champion NBA. La progression de Rudy Gobert au poste haut (et son évolution globale) est donc une bonne nouvelle pour Vincent Collet et ses assistants. Même s’il ne veut pas se mettre en avant, le pivot a une occasion d’inscrire son nom parmi les belles révélations de la prochaine Coupe du Monde, si jamais il est sélectionné (ce qui paraît aujourd’hui fort probable).

« Ici je sais que je ne serai pas la première option offensive mais ça me va, je veux jouer et gagner les matches. »

Une place en équipe de France… puis au Jazz ?

Gagner des matches et reprendre goût à la victoire après une saison avec Utah marquée par les défaites pendant qu’il cirait le banc. Il avait d’ailleurs exprimé sa frustration sur Twitter à ce sujet. En disposant de nouvelles responsabilités avec les Bleus, Rudy Gobert va pouvoir se frotter aux meilleurs intérieurs européens avant de retrouver la NBA et ses gros gabarits. Ces compétitions internationales sont évidemment une très bonne opportunité pour progresser et engranger de la confiance. Le joueur le sait et, heureusement, sa franchise aussi.

« Les dirigeants ont une petite appréhension par rapport aux blessures mais bon j’ai une assurance. J’ai parlé au coach (Quin Snyder), il est déjà passé par le CSKA et il est plus axé européen que l’entraîneur de l’année dernière (Tyrone Corbin, désormais assistant aux Sacramento Kings). Il est très content et il va même peut-être venir en Espagne regarder des matches. Des membres du staff feront aussi le déplacement. Ils savent que ça va me permettre d’évoluer. »

 

« La franchise s’inspire beaucoup des Spurs, les dirigeants sont ouverts sur le monde et ils savent que c’est une bonne chose pour moi de jouer la Coupe du Monde. »

Avec un nouveau GM débarqué la saison dernière (un ancien des Spurs, Dennis Lindsey) et un nouveau coach, le Jazz traverse actuellement un processus de reconstruction et des places sont à pouvoir. Avec le plein de confiance, le Français peut s’imposer comme l’un des éléments moteurs de la formation de Salt Lake City. Mais pour cela, il faudra encore travailler et franchir une nouvelle étape… encore une fois mentale.

« Je dois travailler l’agressivité. Il faut que je m’affirme offensivement, je pense que je peux scorer un peu plus. Je tourne à 75% de réussite, c’est rare les mecs qui tournent à 75% aux Etats-Unis. Il faut que j’essaye de shooter un peu plus. »

L’agressivité, encore et toujours. Voilà le terme qui pourrait définir Rudy Gobert dans les semaines à venir. Le jeune pivot n’a pas beaucoup joué cette saison et il débarque en équipe de France avec les dents longues et la détermination de s’imposer pour de bon, que ce soit avec le Jazz ou avec les Bleus. Ça promet !

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