Rudy la belle vie

Les coaches ont sélectionné Rudy Gobert parmi les 14 remplaçants pour le All-Star Game 2020. La frustration est balayée, place à la reconnaissance.

Enfin ! On commençait à se demander si Rudy Gobert n’allait pas finir comme son coéquipier Mike Conley. C’est à dire comme un joueur important de sa génération, dont le talent est reconnu par tous, mais pas au point d’avoir droit aux honneurs d’une sélection au All-Star Game. La situation du Français paraissait encore plus injuste que celle de l’ancien meneur des Memphis Grizzlies, qui ne compte qu’une présence dans une All-Defensive Second Team en 2013 à son palmarès. Gobert est quand même double meilleur défenseur de l’année en titre et membre d’une All-NBA Second Team (2017) et d’une All-NBA Third Team (2019), photographies plutôt précises d’une période et de ses acteurs majeurs. C’est chose faite. Les coaches l’ont retenu parmi les 14 remplaçants pour le match de gala du 16 février prochain.

Voilà trois années de suite que le Tricolore estimait, à raison, mériter sa place au match des étoiles. A chaque fois, le manque d’exposition du Utah Jazz, le fait qu’il ne soit pas Américain et sa personnalité moins théâtrale que d’autres ont joué en sa défaveur. Si pour certains une non-sélection n’est pas un drame et est plutôt synonyme de vacances, ce n’était pas le cas de Rudy Gobert. On a tous en tête ses larmes devant la presse la saison dernière, au moment de commenter le choix des coaches de lui préférer d’autres « forwards » issus de l’Ouest : Anthony Davis, Karl-Anthony Towns, Nikola Jokic, LaMarcus Aldridge ou Dirk Nowitzki (retenu pour être honoré en même temps que Dwyane Wade).

Après avoir accusé le coup pendant un temps, l’intérieur des Bleus s’est remis en selle en club et en sélection. Le démarrage collectif un peu poussif du Jazz et les craintes qu’il a suscitées ont été rapidement balayées. Utah a retrouvé les hauteurs de la Conférence Ouest et c’est en grande partie grâce à l’impact de Rudy Gobert.

Sa relation technique avec Donovan Mitchell a progressé. Sa domination défensive, que ce soit en termes de protection du cercle ou directement sur l’homme s’est affirmée. Il suffit de lire les mots de Rick Carlisle, le coach des Dallas Mavericks, pour le constater.

« Rudy Gobert sera probablement encore défenseur de l’année. Il impacte le jeu de façon massive dans le secteur défensif. Ce n’est pas simplement pour ce qu’il fait autour du panier. Il est aussi très fort sur le périmètre, lorsque ça switche ».

Luka Doncic, l’un des attaquants les plus meurtriers de la ligue, avait abondé dans le sens de son coach au sortir d’une rencontre perdue par ses Mavs face au Jazz.

« Il y a deux ou trois fois où j’ai cru avoir des ouvertures pour des lay-up sans opposition. Je n’ai pas vu Rudy Gobert arriver du tout. C’est vraiment très, très dur de jouer contre lui ».

La constance avec laquelle l’ancien Choletais sert de point d’ancrage à l’une des meilleures équipes de la ligue ne pouvait pas être à nouveau ignorée. D’aucuns estiment même qu’avec 15.7 points, 14.6 rebonds, 2 contres de moyenne et une palanquée de screen assists, ces écrans dévastateurs qui offrent un boulevard à ses camarades pour marquer, Gobert devrait avoir son mot à dire dans la course au MVP. Il y a peu de chances, au vu de la concurrence cette saison, que Rudy fasse aussi bien que Joakim Noah en la matière en 2014 (il avait fini 4e du classement du MVP), mais son côté « valuable » et indispensable ne peut être remis en cause. A cette efficacité, le pivot de Salt Lake City ajoute des actions marquantes et décisives à chaque match ou presque. Son contre clutch et époustouflant en termes de réaction et de timing face à Delon Wright, toujours contre Dallas, lui a permis de faire, une fois n’est pas coutume, le buzz et de légitimer sa place au All-Star Game aux yeux des observateurs.

Les fans n’arriveront sans doute jamais à se mobiliser assez pour que Rudy Gobert soit titulaire au All-Star Game. Mais au moins, on sait que les coaches de la ligue n’ont pas tous des œillères et sont capables de lui donner le crédit qu’il mérite. Rudy n’a que 27 ans et on est prêts à parier que ce All-Star Game 2020 ne sera pas son dernier.

Cette première convocation s’accompagne, au passage, d’un bonus, prévu dans son contrat, d’un millions de dollars. Là aussi, ce n’est peut-être pas sa dernière prime de l’année, puisqu’une présence dans un cinq de l’année ou un nouveau titre de meilleur défenseur de la saison sont toujours tout à fait crédibles pour le Français.

Les stats de Rudy Gobert en 2019-2020

Season Team G Min FGM FGA FG% 3PM 3PA 3P% FTM FTA FT% OR DR Reb Ast TO Stl Blk Pts
2019-20 UTA 45 34:19 6.0 8.7 68.6 0.0 0.0 3.7 6.1 61.1 3.7 10.9 14.6 1.6 2.0 0.7 2.0 15.7

Crédit photo : Ann-Dee Lamour

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