Sergio Rodriguez, l’apôtre du chachisme

Longtemps décrié pour son jeu à haut risque et barré en NBA, Sergio Rodriguez s’est aujourd’hui fait une place une place de choix au Real Madrid. Gros plan sur « El Chacho ».

chacho-rodriguezDepuis plusieurs mois, presse madrilène, blogs et autres forums qui inondent la toile ibérique s’emballent pour Sergio Rodriguez, au point d’avoir donné un nom à ce phénomène : « el Chachismo ». Parti trop jeune en NBA après avoir foulé pour la première fois les parquets de l’ACB à 18 ans et porté le maillot de la sélection seulement un an plus tard, le meneur espagnol a fini par exploser en janvier dernier, au point de devenir un élément clé de la galaxie de stars du Real Madrid.

Dans son rôle d’électron libre en sortie de banc qui lui colle à la peau depuis ses premiers pas en professionnel avec l’Estudiantes Madrid, Sergio Rodriguez invente un rôle de sixième homme que le basket FIBA s’est toujours refusé de reconnaître et régale des coéquipiers assoiffés de shoots.

« Jouer avec El Chacho est très divertissant. Nous devons toujours nous tenir prêts parce qu’il est impossible de savoir à quel moment le ballon va arriver », lâchait récemment dans AS le pétard ambulant Jaycee Carroll.

Néanmoins, le Spanish Chocolate a pendant très longtemps vu son temps de jeu limité du fait de son style de jeu à haut risque. Barré à Portland derrière les avaleurs de ballon Andre Miller et Brandon Roy, contraint de jouer le garbage time à Sacramento, où Tyreke Evans et le surcoté Beno Udrih se taillaient la part du lion, Rodriguez n’a vraiment eu sa chance que dans le run & gun immonde prôné par Mike D’Antoni aux Knicks.

Achevé le rêve américain, à l’été 2010 le gamin des îles Canaries revient à Madrid, pour porter cette fois-ci les couleurs du Real d’Ettore Messina. Pas forcément un cadeau, tant la Maison Blanche, à cette époque, voyait plusieurs cadres sur-payés et en fin de cycle mener la fronde contre le tacticien italien.

Après une saison de transition à enchaîner passes et énormes bourdes, le pas encore Beardman voit les choses changer avec l’arrivée de Pablo Laso, un coach à la philosophie de jeu aux antipodes des très doctrinaires Messina et Emanuele Molin.

« Pablo m’a donné énormément de confiance ces dernières années. Je ne sais pas si je suis au sommet de ma carrière, mais en tout cas je n’ai jamais été aussi fort qu’en ce moment. Pablo m’a toujours dit que lors d’un match, les choses viendraient à moi au moment opportun. Et c’est ce qui se passe », confesse Rodriguez aujourd’hui.

Fini le jeu placé des années 90, le Real Madrid joue de façon décomplexée et sans meneur naturel. Du pain béni pour un Chacho qui n’avait jusqu’ici jamais brillé par sa gestion de balle ou son adresse au shoot.

Une dernière tare qu’il prend d’ailleurs méthodiquement le soin de combler depuis plusieurs années, en suivant les conseils de John Townsend, le « shooting doctor » des Portland Trail Blazers, puis de la légende espagnole Alberto Herreros, à l’instar de Tony Parker avec Chip Engelland ou de Dirk Nowitzki auprès de son gourou Holger Geschwindner.

« J’ai beaucoup travaillé durant toute ma vie pour rentrer ces paniers à trois points. En ce moment, mon pourcentage de réussite s’équilibre au vue de celui des années précédentes », confessait-il à Marca.

Et pour cause. A la fin de chaque entraînement, Rodriguez fait un vrai travail de sape pour améliorer son tir en s’infligeant une série de 300 shoots. De quoi expliquer les nombreux shoots extrêmement couillus, voire carrément casse gueule, pris par ce fan d’Isiah Thomas.

Nikola Mirotic a beau avoir été élu MVP de la dernière ACB et faire office de franchise player du Real, il ne peut qu’insister sur le rôle prépondérant de Rodriguez dans les victoires madrilènes.

« Il est énorme. La vérité est qu’il dirige très bien le jeu. A chaque fois il sait à qui faire la passe. Il défend très bien et heureusement qu’il continue ainsi parce qu’il nous aide beaucoup. Il démontre qu’il a beaucoup de talent et qu’il peut jouer à un grand niveau », avouait-il à Marca.

Le museau toujours relevé, le Mojo Picon pimente les matchs du Real, de par ses dribbles chaloupés, ses alley-oops à destination de Rudy Fernandez, son meilleur amigo, ou ses canastas de folie.

Ne pouvant certainement s’exprimer pleinement en Europe que dans le système mis en place par Pablo Laso, Rodriguez a choisi cet été de fermer la porte à un retour prochain en NBA, en prolongeant son contrat jusqu’en 2015.

« Nous avons une équipe jeune qui passe beaucoup de temps ensemble et qui a beaucoup de qualités. Cela peut nous donner beaucoup de titres. Je ne pense à rien d’autre qu’à jouer pour Madrid », expliquait-il à la presse madridiste en octobre dernier.

« Nous devons jouer avec l’objectif maximum de gagner toutes les compétitions. Nous devons continuer à travailler comme la saison passée en essayant de s’amuser le plus possible. »

Véritablement né le 9 février dernier, suite à la défaite en Copa del Rey contre le FC Barcelone, le Real Madrid entend désormais faire mieux que la saison passée, en raflant sa neuvième Euroleague. A Londres, Sergio Rodriguez avait su porter son équipe dans les moments difficiles sans pour autant réussir à endiguer le come-back de l’Olympiacos de Billy Spanoulis.

L’option sur le billet d’avion à destination de Milan, pour mai 2014, est déjà posée.

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Comments
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Commentaires (3)

  1. benjaminmikki

    c'est clair c'est un talent à l'état brut , l'équipe de France peut encore le remercier de sa gestion très hasardeuse à l'euro

  2. mimil

    Le titre est énorme, Vincent Pastis !
    Bravo !