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Sienne dans la tempête judiciaire

Sienne traverse actuellement une tempête judiciaire qui compromet sérieusement son avenir au plus haut niveau.

MinucciCommençons par un flashback. Fin décembre 2012, alors qu’il est président de la Mens Sana Basket, qui reste alors sur six titres de champion d’Italie d’affilée, le grisonnant Ferdinando Minucci présente sa démission et enfile le costume de general manager du club. Ce changement dans l’organigramme toscan fait suite au lancement le 17 décembre 2012 par la Guardia di Finanza* de Sienne de l’enquête «Time Out» sur les comptes du club siennois. Minucci est notamment soupçonné d’avoir monté un système de fraude fiscale à grand renfort de sociétés-écrans pour payer au noir des émoluments sur des comptes étrangers au bénéfice de nombreuses vedettes de la Mens Sana. Depuis fin 2012 l’enquête suivait son cours et personne au sein de l’état-major biancoverde n’avait vraiment été inquiété, mais la crise financière traversée par le club est venue précipiter les choses.

Minucci comme son nom l’indique

Le 8 février dernier, les présidents des clubs de Lega A réunis à Bologne, tombent d’accord sur le nom du prochain président de la LegaBasket, appelé à remplacer Valentino Renzi à partir du 1er juillet prochain : Ferdinando Minucci (lié jusqu’au 15 mars à Sienne), qui a fait de la Mens Sana Basket un grand d’Europe et a notamment été élu Euroleague Club Executive of the Year lors de la saison 2007-2008. Fin février, le board siennois siégeant en assemblée confirme que l’exercice 2013-14 s’est clôturé sur une perte de 5,4 millions d’euros et décide de placer la société sous le régime de la faillite, cherchant ainsi à créer une nouvelle structure lavée de toute dette. Cette procédure est connue en Italie sous le nom de « spin off ». Quand l’administration de la Mens Sana fait part de sa volonté à la FIP (la fédération italienne de basket), le président de la fédération, Gianni Petrucci, se cabre, estimant que si la Mens Sana n’est pas disposée à trouver un moyen de payer ses dettes, l’équipe devra purement et simplement disparaître, et ce dès la fin de la saison.

Quelques jours plus tard, via Vitorchiano à Rome, à l’extérieur du quartier général de la FIP où se joue le sort de la Mens Sana, les tifosi toscans se déchaînent lorsqu’ils aperçoivent Ferdinando Minucci qui sort du building et se mettent à le couvrir de «Ladro», «Bastardo» et autres noms d’oiseaux. Les carabinieri sont obligés de faire barrage pour permettre à l’ex roi de Sienne de monter dans sa voiture et décamper. La procédure de faillite est finalement lancée suite à une enquête pour banqueroute frauduleuse et la gestion du club passe entre les mains d’un curateur de faillite.

Le roi de l’évasion

Le 7 avril, malgré les suspicions de plus en plus fortes qui pèsent sur Minucci et sa gestion financière opaque, les présidents de Lega A confirment son élection à la présidence de la LegaBasket avec un salaire de 210.000 € (+40.000€ de bonus) à la clé. Lors de ce vote, seuls les présidents des deux Virtus (Bologne et Rome) s’opposent à l’élection de Minucci et celui-ci pense s’en sortir par cette énième pirouette mais le 16 avril, alors que Sienne est officiellement en procédure de faillite, de nouvelles perquisitions sont menées au numéro 8 de la viale Sclavo (siège de la Mens Sana) et au domicile de Minucci. Ces perquisitions débouchent le 8 mai sur l’arrestation de Minucci à Bologne dans le cadre de l’opération «Time Out» avec sa comparution quelques jours plus tard devant le juge d’enquête préliminaire du Tribunal de Sienne, Ugo Bellini. Celui qui est encore voué à devenir le futur président de la LegaBasket clame alors : «Chiariremo tutto» («Nous éclaircirons tout»). Il faut dire qu’en matière de rhétorique Minucci s’y connaît, lui qui du temps de sa splendeur prenait un malin plaisir à répondre aux journalistes : «Mais est-ce une source fiable celle qui parle des dettes de Sienne ?», «Mais est-ce une source digne de foi celle qui parle de Luca Banchi à Milan ?», « Mais est-ce une source respectable celle qui parle du départ de Daniel Hackett à Milan ?»…

17 anciens joueurs sont poursuivis pour évasion fiscale

Suite à l’interrogatoire, le juge Bellini confirme l’assignation à résidence de Minucci. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont association de malfaiteurs avec utilisation de factures pour des opérations inexistantes, d’une part, et évasion fiscale (et cela à des fins d’enrichissement personnel et pour le paiement au noir sur des comptes étrangers), d’autre part. Voici le système mis en place par Minucci : pour échapper au paiement des taxes, deux sociétés furent créées à Rimini afin de gérer les droits d’image des joueurs de Sienne de 2006 à 2012. C’est en épluchant les comptes de ces sociétés que les enquêteurs de la Guardia di Finanza ont relevé de nombreuses irrégularités : 35 millions d’euros furent ainsi payés de 2006 à 2013 par le club à la société «Essedue» pour des prestations inexistantes. Via un réseau de transfert, l’argent revenait par la suite dans les caisses de Sienne et de Minucci, qui en mettait au passage 5% dans sa poche (soit plus de 2 millions d’euros au total).

Dans la foulée, on apprend que dix-sept anciens joueurs de la Mens Sana sont poursuivis pour évasion fiscale, le montant des revenus envolés oscillant autour de 17 millions d’euros. Les joueurs concernés constituent (à de rares exceptions près) l’ossature de l’équipe qui a dominé le championnat italien de 2007 à 2013. Le montant le plus important concerne Ksystof Lavrinovic (près de 2,5 millions € non déclarés), puis viennent Rimantas Kaukenas, Shaun Stonerook, David Moss, Benjamin Eze, Nikos Zizis, Romain Sato, Bo McCalebb, Vlado Ilievski, Malik Hairston, Henry Domercant, David Andersen, Bootsy Thornton, David Hawkins, Igor Rakocevic, Milan Rakovic et Viktor Sanikidze.

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