Equipe de France : Les 5 travaux de Vincent Collet

Aujourd’hui, ça fait deux mois jour pour jour que l’équipe de France de Vincent Collet est championne d’Europe. Pour fêter ça, retour sur les cinq campagnes du sélectionneur des Bleus.

Vincent-Collet-edito-171110Seulement cinq années à la tête de l’équipe de France et déjà deux médailles à son actif. Sacré champion d’Europe il y a quelques semaines, Vincent Collet nous fait une petite rétrospective de son passage en Bleu.

2009 – Championnat d’Europe en Pologne : 5ème place

« La première année, je l’ai vécue comme un rookie. Très intensément. Trop intensément. Avec le staff, on a travaillé de façon déraisonnable en préparation. On a terminé à 1h voire 2h du matin tous les jours. A la fin, on était cramé. Je pense que ça n’était pas une bonne façon de faire, même avec la meilleure volonté du monde. La dernière semaine, on était tellement cuit qu’on n’a pas été totalement lucide. Ça nous a servi de leçon. Mais sinon sportivement, on a gagné les six premiers matches et si on n’avait pas joué l’Espagne, on aurait pu avoir une médaille. Pas plus, parce que je pense qu’on était moins fort que deux autres équipes. Bon l‘Espagne c’est sûr. Mais entre les Grecs et la Serbie, ça aurait été dur. Par contre on était, je pense, meilleur que d’autres équipes qui étaient en demi-finale. »

2010 – Championnat du Monde en Turquie : 13ème place

« C’était un peu spécial parce que Tony n’était pas là. On avait dû reconstituer un secteur intérieur. On parle de cette année mais là c’était la même chose. Il y avait quelques novices : Ian Mahinmi et Alain Koffi. Première expérience pour beaucoup de joueurs. Nico, était censé prendre davantage de responsabilités. Il était encore jeune et il avait mal vécu ça. Après avoir fait une belle première campagne comme lieutenant de Tony, il n’avait pas bien endossé ce nouveau costume. Il avait fini la saison assez tôt avec Portland et il n’était pas en très grande forme. Mais malgré tout, après une préparation chaotique, on avait fait un début de campagne bien meilleur puisqu’on avait battu l’Espagne. On avait battu le Liban et le Canada et perdu honorablement contre la Lituanie. Malheureusement, on avait fait un match catastrophique contre la Nouvelle-Zélande parce qu’on voulait calculer. Cette défaite ne correspondait pas à la réalité du niveau, on avait juste été mauvais. On ne voulait pas perdre de 13 points, on voulait simplement éviter que les Grecs puissent choisir. Pas moi, certains joueurs voulaient éviter ça. Du coup, on a perdu toute notre agressivité et on s’est retrouvé dans la pire position avec la Turquie. C’était une fin en queue de poisson. Bon honnêtement, ça ne changeait rien à la donne de façon fondamentale. Je pense qu’on pouvait espérer un quart de finale et pas plus parce qu’on avait une équipe qui était moins forte. Mais on a quand même perdu un tour, on aurait dû aller en quart et finir dans les huit meilleurs. »

collet-parker2011 – Championnat d’Europe en Lituanie : Médaille d’argent

« Ça reste, pour moi, la campagne la plus aboutie de toutes. Parce qu’en termes de qualité de préparation, on avait des joueurs frais. Les Spurs avaient été éliminés au deuxième tour et Tony s’était reposé et jamais il n’a eu la capacité de travailler autant en préparation, alors qu’il était épuisé cette année quand il est arrivé. En 2011, il était frais. L’apport de Joakim Noah aussi, qui est un formidable compétiteur, et qui a amené toute sa détermination. Franchement, on a fait une campagne presque linéaire. C’est rare ça. On était monté mais malgré tout on était bon dès le début. En plus on continuait à monter. Le seul bémol, c’est que l’objectif pour lequel on était venu, à savoir la qualification pour les JO, avait été atteint et qu’on n’a pas vraiment joué la finale. Je ne l’ai jamais dit à l’époque parce qu’il ne fallait pas gâcher l’émotion, c’était déjà tellement beau d’être en finale. Mais c’est quand même un regret au fond de moi. Ça reste des expériences qui servent. Tu n’as pas le droit d’arriver en finale comme ça. Cette année-là, l’Espagne était plus forte que nous mais j’aurais aimé qu’on les titille. Alors que là ils étaient sûrs de ne pas perdre. »

2012 – Jeux Olympiques de Londres : 6ème place

« Souvenir merveilleux parce que c’est les Jeux Olympiques. L’entrée dans le stade olympique, assister à la finale du 100 m, le partage avec les autres athlètes, la vie en commun avec les autres délégations. Ce sont des souvenirs inoubliables. Le tournoi en lui-même, je pense qu’on l’a réussi par rapport à la manière dont on s’est préparé. La préparation a été un cauchemar. Un cauchemar de coaches. Nicolas Batum n’a pas fait un seul entraînement collectif. Tony était très handicapé avec son œil. Il a fait le maximum mais il était obligé de changer cinq fois de lunettes pendant le match. Le truc qu’on ne peut pas imaginer à la base. Tu vas aux Jeux, ce pourquoi tu t’es battu, ton rêve et tu sais que tu n’as pas tous tes atouts. Et Malgré tout, la chance de jouer les Américains en premier, de prendre une trempe, fait réagir le groupe. Derrière, on a une réaction d’orgueil qui fait qu’on se qualifie dans la meilleure position et on peut espérer faire un podium. Mais derrière ça, il y a la catastrophe du match Brésil-Espagne qui nous précipite dans les bras des Espagnols. Malgré tout, par rapport à l’année d’avant, plus du tout dans la même mentalité. On les a joués, on voulait leur faire payer ce qu’ils ont fait. On fait ce match énorme pour moi. De tous ceux que j’ai coachés, c’est un des meilleurs qu’on ait fait. On paie juste le manque de préparation de Tony et Nico. A la fin, ils sont crevés. Tony manque un lay-up, ce qui ne lui arrive jamais. Nico est carbonisé. Donc je suis sorti de là avec un gros regret parce qu’on est passé à côté de quelque chose de très grand. Quand on voit ce que les filles ont fait en allant en finale, on avait la possibilité de faire la même chose. Ça c’est dur à vivre mais bon, c’est une leçon du sport. »

équipe de France Diaw Pietrus2013 – Championnat d’Europe en Slovénie : Médaille d’or

« On sort des Jeux, tout le monde est motivé et dit qu’on peut faire quelque chose. Mais finalement c’est toujours la même chose. Avec les défections en cascade, le secteur intérieur sinistré. Un moment de blues. Mai, juin, tous les jours je me demande ce qui va me tomber sur la tête. Mais on se reconstruit et quand je démarre la compét, je suis quand même à fond. Le plus dur, c’est d’arriver à convaincre les cadres. Pas tous. Boris lui est aussi relativement positif. Tony, au début de la campagne, il n’y croit pas trop. On sent qu’il est fatigué. Mais il n’a pas encore vu les jeunes s’exprimer. Les dix premiers jours, il n’est pas là. Il ne sait pas comment Alexis a progressé. 15 jours après son arrivée, il me dit ‘‘Alexis, je ne le reconnais pas. T’avais raison, c’est incroyable’’. Donc ça lui redonne la pêche. Pour nous, c’est obligatoire. Ce que je lui avais dit le premier jour c’est ‘‘Ecoute, laisse la chance à ce groupe-là, on peut faire quelque chose à la condition que toi tu y sois’’. Il s’est programmé. C’est un champion, il se connaît, il sait quel est son état physique. Il est quand même bien moins en forme qu’en 2011. Il a rattrapé sur le tard, il avait mal au genou, il a fallu qu’il gère tout ça. Mais par contre, il sait comment ça se passe un Euro, il a appris, il le sait et on en parle. Moi je vends ma soupe et je lui dis qu’il faut quand même gagner les matches avant. On est regardé depuis le début, on est observé, c’est du domaine public l’équipe de France. Quand je le vois jouer contre la Serbie, je sais très bien que ça ne va pas être le même trois jours après pour le quart de finale. Donc on garde cette confiance pour soi et pour le groupe. A aucun moment on dit que si on perd un match, c’est cuit. De toute façon, le rendez-vous du quart, il faut l’optimiser et il faut qu’on soit là. Cette année, on n’a pas du tout été dominateur. Par contre, on n’a jamais été aussi réaliste. On a fait ce qu’il fallait au bon moment. A l’exception de la première mi-temps contre l’Espagne. Après, le matin de la finale, j’ai dit à mes assistants ‘‘On n’a encore pas fait un gros match. Il y en a toujours un dans un Euro donc ça va être pour ce soir’’. Et on a fait notre meilleur match en finale. On met 50 points à la mi-temps avec 4 de Tony Parker. C’est incroyable. On en parlait souvent avec lui. Je lui disais en rigolant que je rêvais d’être champion d’Europe avec lui qui marquait 10 points en finale. Et à la fin, sur le côté, il me dit ‘‘T’as vu, je n’ai marqué que 12 pts’’. Et on a gagné. Ce n’est pas la meilleure campagne, mais c’est quand même la meilleure. La finalité de notre sport, c’est de gagner. Il n’y a rien qui remplace ça. »

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