Le Zalgiris Kaunas au cimetière des éléphants aux pieds d’argile ?

Au bord du dépôt de bilan, le Zalgiris Kaunas relance le débat du financement des clubs européens.

Accrochées au plafond de la somptueuse Zalgirio Arena, quatorze bannières de champion de Lituanie, cinq de champion d’URSS, une Euroligue et une Saporta vous contemplent. Mais peut-être pas pour très longtemps. Club phare d’un peuple n’ayant d’yeux que pour le basket-ball, le Zalgiris Kaunas s’approche dangereusement du précipice. Celui-là même qui a emporté ces deux dernières années la Fortitudo Bologne et la Benetton Trévise, deux (très) grands clubs du basket continental aujourd’hui disparus.

La boite de Pandore

Président et principal sponsor du club, Vladimir Romanov s’en est allé au début du mois de février, laissant derrière lui une ardoise plus longue que le bras de Roberto Dueñas. Le plus Russe des Lituaniens avait beau jouer les seigneurs devant la presse, se targuant de pouvoir faire signer quelques CV ronflants à même de satisfaire ses vassaux (Lawson, Weems, Begic, Popovic), il n’en reste pas moins que sa mégalomanie aura finalement conduit son club à sa perte.

L’interdiction de recrutement prononcées par la FIBA en octobre dernier, les différentes sorties médiatiques visant à dénoncer de prétendues subventions promises et non versées par l’Etat, ou l’appel à la généreuse contribution des fans n’étant que des signes avant-coureur des difficultés financières réelles des verts. Arrivé pour mettre de l’ordre dans les finances et jouer les VRP auprès d’investisseurs locaux, Paulius Motiejunas n’a eu qu’à effleurer le livre de comptes pour découvrir la tache monumentale à accomplir.

A l’heure actuelle, le club, si cher à Arvydas Sabonis, a plus de 7 millions d’euros d’arriérées de salaire. Pire, il ne s’agirait là que de la partie émergée de l’iceberg. Autant dire que Mad Vlad Romanov gérait aussi bien les comptes de ses clubs de football et de basket-ball, que ceux de sa propre banque. Sa tendance à virer ses hommes plus vite que Donald Trump n’arrangeant rien.

Via une subvention d’un demi-million d’euros, immédiatement reversée à des joueurs pour la plupart impayés depuis le mois d’octobre, la municipalité est venue sauver les meubles. Pas suffisant pour éponger une dette colossale, mais assez pour permettre à l’équipe d’aller grappiller quelques roubles dans la phase finale de la très lucrative VTB United League. Car après tout, il n’y a pas de petits profits. Juste de grandes conséquences…

Kinder et Fortitudo Bologne, une ville, une histoire, pas la même fin

Proche de la banqueroute, le Zalgiris n’est pas le premier « historique » du basket européen à plonger ainsi.

En 2008, le supposé surpuissant Akasvayu Girona, club catalan venu chatouiller de très près un FC Barcelona pas encore au sommet du basket ibérique, se réveillait un beau matin avec un passif de 6.5 millions d’euros. Pouvant alors compter sur les jeunes Victor Sada, Fernando San Emeterio et Marc Gasol, ainsi que sur le vétéran Darryl Middleton, la formation espagnole atteignait la même année la demi-finale de l’EuroCup, se faisant éliminer par le Dynamo Moscou. Douce ironie, deux années después, le club russe, qui lui aussi nourrissait une volonté farouche de bousculer l’ogre voisin, et bien que mis sous perfusion par la banque de Moscou, subira le même sort : relégation administrative.

Toutefois, ces deux clubs, tout comme l’AEK Athènes, qui lui a eu l’honneur de connaître deux relégations administratives successives alors même qu’il n’avait connu jusqu’ici que les joies de l’A1, sont à classer dans la catégories des « chanceux », tout comme le Kinder Bologne.

Pays phare des relégations administratives (Naples, Capo d’Orlando…), l’Italie n’a pas peur de laver son linge sale en famille. Le traumatisme vécu avec la relégation sportive du Pallacanestro Varese – la faute à un sponsor parti remplir les poches de l’ennemi milanais -, ayant fait prendre conscience d’une chose : nul n’est à l’abri de la relégation, pas même les plus grands. Revenu sur la pointe des pieds, parvenant à vivoter tant bien que mal, le club lombard rejoue enfin les premiers rôles, cette année, vingt-et-un ans plus tard. Bologne, entre crises internes, ne s’en est jamais vraiment remise. Le Zalgiris est prévenu.

Reste que les fans nourris aux exploits du grand Kinder Bologne (Gino, Danilovic, Jaric, Nesterovic, Smodis, Becirovic… oui, et Rigaudeau, aussi…) peuvent s’estimer heureux car ceux de la Fortitudo Bologne et de la Benetton Trévise n’ont pas eu la même chance. La Fortitudo étant purement et simplement radiée de la carte, tandis que Trévise subsiste désormais sans ses couleurs tel un vulgaire Limoges CSP Elite. A ceci près que le quintuple vainqueur du scudetto et double vainqueur de la Coupe Saporta se retrouve non pas en deuxième, mais en huitième division…

Quid ailleurs ?

Bercé par ses rêves de grandeur, Vladimir Romanov a mis les pieds de son club dans la tombe. A l’heure où de très nombreux clubs ont réduit la voilure, à commencer par le Panathinaikos et Montepaschi Siena, d’autres, pourtant moins dépensiers, sont eux aussi à bout de souffle.

Vainqueur de l’EuroCup avec Rimas Kurtinaitis à sa tête, le Lietuvos Rytas, bien que considérablement rajeuni, est entré en période de vache maigre. Le Partizan Belgrade, déjà à la rupture en fin de saison dernière, ne va pas forcément mieux. En cas de non qualification pour l’Euroligue – ce qui n’est vraiment pas à exclure –, le club serbe devra se séparer de ses meilleurs jeunes pour survivre. Triste mésaventure pour des blancs et noirs qui, il y a encore trois ans, vendaient leurs meilleurs jeunes pour conserver leur rang de trublion.

Passés sous silence les cas de Besiktas, Khimki ou même Bilbao – en grande délicatesse en début de saison -, il apparaît que la crise n’épargne pas les plus grands. A commencer par le Maccabi Tel Aviv qui, très vite, a compris qu’il ne pouvait pas suivre la course à la mort que se livraient Barcelone, Moscou et cie.

Abandonnés les Chuck Eidson, Jeremy Pargo ou autres Richard Hendrix, le Club Nation investit sur la durée et, compte tenu des standards pratiqués dans le Top 8 européen, pour pas cher. Sur le point de prolonger son bail, Devin Smith, avec ses 800 000 euros, deviendra le joueur le mieux payé du club. Une moitié de Spanoulis, un quart à peine d’Erazem Lorbek.

Rigueur, contrats longue durée, l’Allemagne se pose là. Moquée au début des années 2000, la Bundesliga a appris de l’échec des 99ers de Cologne pour se structurer et dépasser la Pro A plus vite que Frank Nolte et Sami Gerçan au volant d’une BMW dans Alerte Cobra. Bamberg (Brose), Berlin (Alba), Munich (Audi), Ulm (Radiopharm), tous se sont structurés et battissent désormais dans la durée. Une progression fulgurante et des méthodes de drague auprès d’investisseurs locaux qui ne sont pas sans rappeler l’avènement du rugby en France.

De fait, rien d’étonnant à ce que Jordi Bertomeu leur ait offert une wild card l’an passé, rien d’étonnant non plus lorsqu’on apprend que les grands pontes de la BBL trouvent des oreilles de plus en plus attentives auprès du board de l’Euroleague lorsque le thème du fair-play financier arrive sur la table.

Pendant ce temps là, en France, nos clubs se tirent dans les pattes, se demandent s’ils faut jouer ou non la Coupe d’Europe à fond et ne se concentrent pas sur les vrais problèmes : pourquoi si peu de sponsors privés ? Pourquoi Le Havre, dont l’effectif coûte le prix de trois joueurs de l’ASVEL, parvient année après année à se maintenir, et à rester si longtemps en course pour les playoffs ? Pourquoi Strasbourg accusait déjà un déficit en janvier ? Pourquoi si peu de coachs étrangers ? Pourquoi si peu de nos coachs à l’étranger ? Pourquoi sommes-nous les seuls à ne pas jouer le dimanche ? Derrière l’exagération de ses propos, dans lesquels il laissait entendre un racket de collectivités publiques, Claude Bergeaud n’a-t-il pas pointé du doigt le vrai problème ?

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Comments
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Commentaires (12)

  1. sluc-54

    très interessant !!

  2. GW

    Pour moi les problèmes français cités en fin d'article sont déconnectés du reste de l'Europe et en grande partie due à la règle JFL qui n'est pas applicable aussi tot dans le processus de développement des clubs et les objectifs de formation des jeunes

    Pourquoi Le Havre, dont l’effectif coûte le prix de trois joueurs de l’ASVEL, parvient année après année à se maintenir, et à rester si longtemps en course pour les playoffs ?

    -> Avec la règle JFL, 3 joueurs US de bon niveau sont déterminants sur les résultats de la saison. A l'inverse, un mauvais recrutement ou des blessures et c'est le dégringolade. Effet pervers du au manque de bons joueurs français. En Pro B, Boulogne arrive a contourner cette règle avec des joueurs pretés et faire la nique aux gros budgets. Sauf que c'est inapplicable en pro A, vu qu'il n'y a assez de français bons marchés (loi de l'offre et la demande, contrat court) et que les jeunes n'ont pas le niveau pour être performants si jeunes !

    Pourquoi Strasbourg accusait déjà un déficit en janvier ?

    -> Parce que le niveau de la Pro A est tellement homogène qu'il faut souvent vivre au dessus de ses moyens pour avoir une chance d'être champion.

    Nancy et Cholet avaient des meilleurs équipes l'année du titre que l'année de l'Euroleague. Effet gueule de bois.

    Pourquoi si peu de coachs étrangers ?

    -> A cause de la règle JFL, c'est impossible de coacher à l'européenne avec si peu de ricains. Les français sont hors de prix donc soient les coachs n'ont pas de banc (Limoges), soit ils n'ont pas d'invidualités (Roanne).

    Pourquoi si peu de nos coachs à l’étranger ?

    Notre basket est déconnecté du reste de l'Europe. Et la règle JFL amplifie le phénomène !

  3. moneyinthebank

    si il n'y a pas de coatches français à l'étranger c'est juste une question de niveau

    pourquoi venir en france pour un coach étranger le niveau de la proA est faible et ils ont plus l'habitude de driver des joueurs de basket que des athlètes sans QI basket , gianakis à du mal, l'ami luka commence juste à s'en sortir

    est ce que l'image du basket français mérite des sponsors privés ?

    qu'est ce qu 'elle dégage l'image du Bf c'est ça la question (bravo au PL pour les costards c'est classe)

    si WAITI y a investi c'est leur créneau et là on est loin de afflelou ou spanguéro( non je déconne) de vrai sponsors avec des moyens mais c'est trop tard ils sont tous au rugby

  4. Zadig

    A mon avis Vincent Ricard, pour ses dernières lignes, a dû forcer sur la marque d'apéritif éponyme…

  5. Qiou

    Très bon article, merci.

  6. JJ

    Merci beaucoup, super article en effet.