Zeljko Obradovic : « Diamantidis, c’est le cerveau sur un terrain »

A quelques jours du Final Four Euroleague, la légende du basket européen s’est livrée.

Nos confrères d’Euro Step ont mis en ligne la version anglaise d’une interview de Zeljko Obradovic et de son adjoint Dimitris Itoudis. Initialement réalisée en grec pour le site www.contra.gr, voici, à quelques jours du Final Four, les paroles du maître et de son padawan. Attention, journaliste qui prend des risques, et interview qui dérape…

Contra.gr : Dimitris Itoudis peut-il devenir le prochain head coach du Pana ?

Obradovic : J’ai déjà répondu de nombreuses fois à cette question, et ma réponse est claire : Oui. Mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.

Contra.gr : Et vous ? Pensez-vous rester ou partir ?

Obradovic : Comment puis-je répondre à cette question ? Je ne peux pas le faire maintenant. C’est une question simple, mais qui devrait s’adresser aux propriétaires du Panathinaikos. Je ne suis pas décideur. Je me concentre sur le quotidien de l’équipe. Je dois préparer mon club pour les playoffs de A1, pour le Final Four. Ce sont mes seules priorités.

Contra.gr : En tant que gens gagnant des millions grâce au basket, comment vous sentez-vous, par rapport aux jeunes Grecs ne gagnant que 500 € par mois ?

Obradovic : Je connais la réalité, je vis ici,  et malheureusement les choses s’empirent. En 1993, un ami à moi était professeur, titulaire d’un doctorat, et gagnait 5 Deustche Marks par mois, à Belgrade. Dans le même temps, j’ai travaillé 12 mois au Partizan, sans jamais recevoir de chèque. Plusieurs membres de ma familles, ou des amis, ont traversé de telles expériences. De ce fait, je sais ce que c’est de ne pas être payé en rapport avec son investissement ou son expertise.

Itoudis : Je confirme ce que dis Zeljko, car j’étais là aussi. A l’époque, une vanne disait que quand on allait prendre un café, on nous demandait de payer directement, car le temps de finir nos tasses, l’inflation leur faisait déjà valoir le double de leur prix.

Contra.gr : Y’a-t-il un moment, dans votre vie, où votre succès vous a rendu arrogant ?

Obradovic : Depuis le début, j’essaie de rester le même. Je sais qui je suis, et je sais la chance que j’ai de faire ce que j’aime et d’être très bien payé pour ça. Tout ça n’aurait pas de valeur, si je n’avais pas de gens avec qui le partager, moralement et matériellement, succès y compris. Sans ma famille et mes amis, rien ne serait pareil.

Contra.gr : Quel est le sentiment le plus fort : L’amour pour le basket ou pour une femme ?

Obradovic : Le plus important pour moi, c’est de me sentir bien, de vivre pleinement, avec autour de moi les gens qu’il faut pour partager mes succès et mes tourments.

Contrat.gr : Votre fils, Djordje, commence à jouer. Si il n’est pas assez bon, comme le conseillerez-vous ?

Obradovic : Comme j’ai dit à ma fille avant, en faisant ce qu’il lui semble bon pour se réaliser. Le fait que mon fils joue au basket est lié à son amour pour le sport, et n’a rien à voir avec moi. C’est son choix. Quand ma fille est devenue adulte, je lui ai donné ce conseil : Fais des choix pour la suite de ta vie. Si tu as besoin de conseils, je suis là, mais ta vie t’appartient.

Contra.gr : Pouvez-vous comparer Galis et Diamantidis ?

Obradovic : Galis était un joueur qui a changé beaucoup de choses dans le basket. Un scoreur né, qui voulait toujours en mettre plus. Il était presque impossible à tenir dans un duel. Si vous décidiez de faire prise à deux, un autre joueur était ouvert, et ça changeait le match. J’ai adoré le voir jouer, il était extrêmement talentueux. Diamantidis est totalement différent, plus complet. Il défend mieux, il cherche toujours l’extra-passe, et a toujours l’équipe en tête. Il ne peut pas faire de gros cartons. Non pas qu’il n’en soit pas capable, mais parce que le jeu est différent aujourd’hui. Son caractère, c’est d’être le cerveau sur le terrain. Ça serait intéressant de pouvoir les associer. Giannakis, qui ressemblait à Diamantidis, a formé un grand duo avec Galis.

Contra.gr : Le CSKA est le favori du Final Four. Vous dites que le Pana peut prendre leur place ?

Obradovic : Nous avons beaucoup de temps pour nous préparer, nous verrons quelle sera la forme de nos adversaires, et la notre, et on en reparlera en profondeur. Nous faisons face à des problèmes tous les jours, et j’espère que nous arriverons au rendez-vous sans blessés. Nous avons l’expérience de ce genre d’évènements.

Contra.gr : Avez-vous une idée de la façon de limiter l’impact de Kirilenko ? Quelques « tours » pour lui, comme pour Navarro l’an dernier ?

Obradovic : C’est amusant de voir comme les supporteurs voient tout comme des « tours ». Si c’est aussi simple, ils peuvent venir et voir l’armoire à trophées. Nous travaillons à tous les niveaux, sans nous concentrer sur ce genre de choses. Tout ça (désignant les bannières au plafond), ce sont des « tours » ?

Contra.gr : Je comprends votre frustration. En disant « tours », je parlais de tactique, sans vous offenser (« tours », « tricks » en anglais, correspond à un mot serbe un peu moins joli…)…

Obradovic : Je ne suis pas frustré, c’est juste mon style. Vous avez le droit de demander, j’ai le droit de répondre. C’est pas la première fois qu’on me pose cette question, et je continue à défendre le travail que nous fournissons, en équipe. Je défends notre attachement au Panathinaikos pour qui nous travaillons 16 heures/jour. Pas juste parce que nous sommes professionnels, mais parce que nous le voulons. Ces simples « tours » sont le fruit d’un travail dur et sérieux, d’analyses, sans compter les heures, d’entraînements, individuels et collectifs…

Contra.gr : Vous avez déclaré ne pas vouloir serrer la main de Spanoulis si vous le croisez. Pourquoi ?

Obradovic : Pas de commentaire. Je ne le saluerai pas.

Contra.gr : Il y a de l’animosité ?

Obradovic : Il sait pourquoi. Pas besoin de s’étendre là dessus. Autre chose ?

Contra.gr : Vous attendiez des excuses de sa part ?

Obradovic : Je n’ai jamais dit ça. Je n’ai juste pas envie de faire une montagne de pas grand chose. Oublions.

Contra.gr : Dimitri, vous le saluerez ?

Itoudis : Pourquoi ? Il me saluera ? Je me demande pourquoi on parle encore de ça…

Obradovic, qui coupe : Bon, vous voulez en faire des tonnes, allez-y, mais je désapprouve.

Itoudis : Nous discutions  tranquillement, et vous ruinez ça en parlant d’une personne, voulant savoir si je la saluerai. Beaucoup de choses se sont passées cet été. Nous n’aimons pas nous épancher, surtout quand ça concerne notre travail. Nous ne faisons pas de promesses pour les reprendre. Je ne comprends pas pourquoi vous insistez comme ça. C’est Spanoulis qui vous a demandé ?

Contra.gr : Vous savez que c’est faux !

Itoudis : Donc laissez moi parler. Vous avez posé la question, je vais répondre. Il y a des joueurs ici, posez des questions sur eux. Spanoulis joue dans une autre équipe, il n’y a aucune raison de parler de lui. Vous voulez une histoire : La voici. Cet été, il y a eu des négociations entre les deux parties, et le club a répondu à nos attentes en lui faisant une offre –généreuse- sur trois saisons. C’était une très belle offre, qui correspondait à ses talents, et à son implication future dans les succès du club. Une offre à la hauteur des attentes du club, de coach Obradovic, et de moi-même. Spanoulis était une vraie valeur ajoutée pour le club, et vice-versa. Il nous a ramené des titres, a joué de manière fantastique, et a gagné en maturité sur tous les plans, en tant que membre de la famille du Panathinaikos. Après que cette offre lui ait été faite, Zeljko et moi avons parlé à son agent. Zeljko une fois, le 21 juin. Toutes les parties ont reconnu que le deal était impressionnant, et sincèrement, je n’en attendais pas tant de la part du club. J’ai parlé à Spanoulis 5-6 fois, et son sentiment était positif. Lors de notre dernière discussion, le 21 juin, il a dit avoir besoin de trois jours de délai, puisque son frère se mariait. Je lui ai même dit de prendre 5 à 10 jours, car il s’agissait de la décision de sa carrière.  Lors de cette dernière discussion, avant mon départ pour Barcelone, Vasilis m’a dit que je serai la dernière personne à qui il parlerait avant de décider quoi que ce soit, après même avoir parlé à sa femme, sa famille et ses amis. Je lui ai dit alors que se décider rapidement serait mieux pour tous les gens impliqués. C’était le 21 juin. Vous savez quand on s’est reparlé ensuite ? Jamais…

Contra.gr : C’était pas si dur, j’ai ma réponse…

Itoudis : Vous n’auriez pas du aller sur ce terrain tout de même…

Contra.gr : Vous direz à coach Obradovic que je ne voulais pas l’importuner avec cette question…

Itoudis : Je lui dirai. Vasilis est un grand joueur. Il a apporté beaucoup au basket grec, et nous le considérons comme tel : Un valeureux adversaire. Cependant être un grand joueur n’a rien à voir avec vos relations humaines, qui sont basées sur des valeurs. Zeljko et moi défendons ces valeurs. Quand vous m’avez appelé pour caler cette interview, j’ai pris un engagement que j’ai respecté. Je n’ai pas ignoré votre appel, ou répondu des mois après. Je ne dis pas que nos valeurs sont les meilleures, mais ce sont nos valeurs. Nous avons parlé de ça 20 minutes. Pourquoi ? Vous nous demandez si on saluera Spanoulis, si il nous saluera ? Rien d’extraordinaire n’est arrivé entre nous, nous n’avons pas eu de conflit avec Spanoulis en tant que personne. Bien sur, Zeljko, en tant que coach, a connu des conflits avec lui en tant que joueur, mais rien de personnel. Pour des raisons qui lui appartiennent, il a changé d’attitude après le 21 juin.

Contra.gr : Vous êtes-vous déjà demandé à quel point les articles sur les matches étaient dénués de sens, après avoir été critiqué sur votre coaching ?

Obradovic : Ma position, c’est de toujours respecter les journalistes, quand cela concerne le Panathinaikos. Je me concentre sur mon travail, et j’écoute toujours les choses intéressantes, bonnes ou mauvaises, afin de progresser. Le reste des opinions, bonnes ou mauvaises, je m’en fiche. Les critiques ne s’arrêteront jamais, ça ne me gène pas. La critique la plus acerbe sur mon travail, c’est la mienne. Je respecte le journalisme, sauf quand les limites sont franchies.

Contra.gr : Comme j’ai fait ?

Obradovic : Non, comme d’autres l’on fait, même en live à la télé…

 

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Comments
Un peu de LNB, un peu d'Euroleague, beaucoup de bonheur...

Commentaires (4)

  1. Shaleb

    Thé Best of the Best

  2. Buk

    Sinon les Giannakopoulos continuent d'après les dernières infos de Grèce donc Zeljko devrait continuer son taf de titan chez les Greens… à confirmer mais c'est la tendance actuelle.